XLIV
Qneutton de la synthèse totale en égarai a fÊTEMHJE
L'étendue n'est pas moins essentielle aux relations du monde que le nombre: il n'est pas un phénomène dont nous soyons dispensés de localiser la représentation, non comme occupant toujours quelque étendue où ses parties propres soient situées, mais comme inséparable de certaines autres pour lesquelles des rapports de position sont donnés. Ainsi le monde, quant à ses phénomènes composants, est sujet de la catégorie d'étendue.
Cette catégorie détermine le monde comme tout autre objet qu'elle s'assujettit. Quand nous avons considéré des phénomènes simplement sommés, nous avons reconnu qu'ils formaient un nombre, parce que nous ne pouvions sans contradiction nous représenter de sommation actuelle que déterminée, c'est-à-dire numérique. Or, la sommation suivant une loi d'étendue ne diffère pas en cela d'une sommation simple : les rap-
ports de position intervenants donnent des étendues dont le nombre est déterminé par celui des phénomènes directement soumis à cette loi, et toutes cet étendues réunies composent une étendue totale qui est celle du monde»
En effet, si tous les phénomènes de l'expérience possible, dan s l'espace, (sont liés par des rapports actuels et positifs d'étendue, il faut que le monde ait aussi une étendue que ces mêmes rapports déterminent par la simple loi de la sommation. Au contraire, vouloir que les phénomènes ne fussent pas tous liés de la sorte, ce serait admettre dans le monde plusieurs mondes qui n'auraient pas entre eux de relation de position: hypothèse qu'on ne peut se représenter.
Une autre sorte de détermination, qui appartient à tous les phénomènes de l'expérience quant à l'étendue, nous fait défaut dès que nous parlons du monde t il ne nous est pas permis de poser retendue de ce dernier comme limitée par une étendue plus vaste. Mais il n'j a point contradiction à ce qu'une loi générale de la représentation dépasse les phénomènes effectifs Distinguons entre les phénomènes qui sont et les phénomènes logiquement possibles: les premiers sont épuisés pour nous de cela seul que nous considérons le nombre total des phénomènes ; poser les autres, ce n'est rien foire de plus que poser la représentation en général, et cet espace où la représentation en général est donnée n'est que la loi générale de l'espace.
Ici l'on a coutume d'insister. On dit, on répèle qu'au delà de toute étendue une autre étendue nous est re-
présentée inévitablement, et que toute étendue, c'est* à?dire limitée, suppose une étendue enveloppante qui la limite»
C'est ce qui est inévitable, en effet, mais c'est ce qui s'explique. Ne faut-il pas que la représentation d'une loi embrasse tous les phénomènes subordonnés? La représentation d'une étendue en général est la loi d'un ordre de représentations, comme Test aussi celle de la grandeur en général inséparable de l'étendue. Sachons renoncer à ériger ces lois en choses en soi; tout s'éolaircira si nous les traitons, selon notre méthode, en fonctions régulatrices des représentations que donne l'expérience, toutes et toujours relatives les unes aux autres. Ceci posé, que devrons-nous entendre par une étendue enveloppante ? L'une de ces deux choses: ou une étendue plus grande qu'une autre, toutes deux étant données, et alors notre hypothèse nous interdit de poser une étendue qui enveloppe celle du monde; ou une étendue indéterminée, mais celle-ci n'est qu'un déguisement de la; représentation générale d'étendue. Et pourtant l'objection porterait encore si l'étendue déterminée que nous attribuons au monde était proprement une étendue bornée, puisque tout limité sup* pose un limitant. Mais n'oublions pas que la détermination dont il s'agit est intérieure ou, pour forger ici des mots scolastiques, a parte intus> tandis que la détermination externe, a parte foris, qui seule justifierait la dénomination d'étendue bornée, est précisément' celle que nous repoussons* D'ailleurs il est facile de s'assurer de ce résultat en
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recourant à l'idée de mesure. Le monde n'est point mesurable à l'aide d'une unité donnée hors de lui, hors des phénomènes qu'il enveloppe ; en ce sens il n'est donc pas borné ; mais une étendue empruntée aux rapports de ses phénomènes intérieurs peut le mesurer : le mètre, par exemple, ou toute autre unité prise dans la nature ; et il est déterminé en ce sens. Il est déterminé, et toutefois nous le rendrions indéfiniment grand ou petit (si nous pouvions nous proposer effectivement d'opérer cette mesure) selon qu'à volonté nous choisirions pour unité telle étendue ou telle autre parmi celles que l'expérience nous soumet. La difficulté qui m'arrête maintenant paraîtrait bien faible si l'on pouvait ne pas oublier toujours que la grandeur est un rapport, et qu'il n'existe, absolument parlant, rien de grand ou de petit , de peu ni de très étendu.
La difficulté véritable est toute autre, et la science n'y peut passer outre. Je veux parler de l'inaccessibilitéde la mesure du monde à nos spéculations et de l'impossibilité de rendre raison de la fonction universelle sous le rapport de l'étendue. La mesure du monde n'est point donnée à priori, puisque les lois générales de la représentation de l'étendue et du nombre ne la renferment point, et nous verrons que les autres catégories ne nous instruisent pas davantage. Tout ce que nous savons, c'est qu'elle est, parce que, ici comme ailleurs, à des rapports posés nous ne pouvons sans contradiction refuser l'être ensemble ou le rapport total ; mais ce quelle est, nous l'ignorons. A posteriori, ensuite, une détermination quelconque . de cette me-
sure impliquerait l'existence d'une loi supérieure à la loi des lois, ce qui est absurde.
Et maintenant comment se proposerait-on d'assigner la raison d'une fonction à la fois inconnue et première , c'est-à-dire d'une part inabordable, de l'autre antérieure et supérieure à toute raison? A celui qui pose un monde fini d'étendue et composé d'un nombre déterminé de mètres par exemple, on adresse l'objection : Pourquoi pas un mètre de plus, pourquoi pas un mètre de moins ? Sans doute elle est valable, et je demeure sans réponse alors que je suis tenu d'en faire une, si je prétends connaître le monde, en posséder le comment. Mais dès que j'admets ce monde fini pour obéir aux lois de la représentation et éviter une contradiction manifeste, dès que je reconnais que la relation suprême et totale est située hors du domaine de la connaissance, le cas est tout contraire : l'absurdité ne consiste plus à manquer de réponse, elle consisterait à croire n'en pas manquer.
En un mot, je ne suis non plus obligé de savoir pourquoi le monde a telle étendue, que j'ignore, et pourquoi les phénomènes donnés en nombre déterminé soutiennent certains rapports de position, et non d'autres, que de savoir pourquoi ces phénomènes sont et pourquoi des phénomènes. Au-dessus de la connaissance est la donnée première de la connaissance, que la connaissance reçoit et n'embrasse pas.