‹ Essais de critique idéalisteChapitre 4 sur 10 · LIVRE POSTHUME · texte numérisé non relu

LIVRE POSTHUME

montre ce que devient le génie du poète quand il a trouvé sa sphère propre et qu'il s'y déploie librement. La vigueur, Toriginalité, la belle couleur de ce morceau ne tiennent pas seulement à la virilité d'un esprit plus mûr, à la justesse, à l'élévation supérieure de ses points de vue ; elles tiennent aussi beaucoup au genre de poésie plus approprié à sa vocation, dans lequel il se meut sans entrave et sans guide, comme le souverain créateur des régions qu'il va parcourir.

Lamartine n'est pas un poète dramatique, il est quelque chose de plus.

La nature d'esprit, les qualités d'âme nécessaires pour imaginer ud ensemble de poèmes comme les Visions excluent le génie du théâtre ; l'épopée telle qu'on la concevait jadis, celle d'Homère et de Virgile, du Tasse et du Camoëns, l'épopée historique et guerrière suppose des intelligences jllus vastes que la tragédie. Le génie épique a besoin de plus d'espace pour déployer ses larges ailes. Que sera-ce donc quand le poète passe du domaine de l'histoire à celui des conceptions religieuses, et des faits politiques à ceux de la cosmogonie morale ; alors que le poème se dé roule, non pas seulement à travers 'une partie de notre globe, mais dans les régions infinies que parcourent les âmes et dans le sein même de l'éternel?

Lamartine» ce poète des nobles amours, que l'on a voulu confiner dans l'étroit vallon de l'élégie, et dont on essaye de faire un mélancolique entre Millevoye et Musset; Lamartine est par-dessus tout un poète

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religieux, un philosophe, un raagè de la nature, le poète de l'universel et du divin. Pas une âme, que je sache, dans toutes les littératures, n'a eu, plus profondément que la sienne, le sentiment, l'intuition de rinâni , pas un poète n'a réussi comme lui à nous faire voir l'invisible, à nous faire toucher l'immensité, à nous enivrer de l'omniprésence de Dieu.

Dante a fait l'épopée de la théologie scholastique, du patriotisme italien, des haines et des perfidies florentines, et, enfin, de ce césarisme qui, depuis tant de siècles, est le rêve de l'Italie après avoir été la honte de l'humanité. On ne saurait admirer avec trop de passion, étudieravec trop de patience l'incomparable style de Dante ; chacun de ses vers est un bas-relief d'airain. On a écrit des milliers de volumes à son éloge et l'on n'a rien dit de trop ; mais nous oserons affirmer que, malgré le sujet de son poème, la sincérité de sa foi catholique, son profond savoir en théologie, Dante est un poète aussi peu religieux que tous les autres poètes italiens. C'est, avant tout, comme la plupart des grands hommes de son pays, un politique : son épopée de la théologie chrétienne est l'épopée de la colère. Malgré les splendeurs de son Paradis^ c'est à juste titre que son Enfer seul est resté populaire. Le théologien catholique est dominé chez lui par le politique florentin, le poète religieux par l'homme de parti. Après nous avoir montré l'enfer comme là base du monde moral, sa haine le pousse en dehors de toute justice et de tout sens commun dans la peinture de Satan, de celui

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