‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 40 sur 97 · T. II, p · texte numérisé non relu

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Ifil

évêque de Liège, ne se montre pas moins favorable à Agrippa et nous verrons tout à l'heure un troisième prélat, Tarchevêque-électeur de Cologne, Hermann de Wiede, lui donner asile dans ses États. Il est vrai que celui-là finit par embrasser ouvertement la cause de la Réforme.

Tout en se défendant, avec la modération qu'on vient de voir, contre les théologiens de Louvain, Agrippa poursuit avec la même habileté auprès de la nouvelle gouvernante des Pays-Bas la revendication de ses droits méconnus, le payement de ses honoraires. Le mémoire qu'il lui adresse à cet effet surpasse en jactance et en audace tout ce que lous connaissons de lui. Il se dit issu d une illustre famille qui a été pendant plusieurs générations au service de la maison d'Autriche. Il aurait été lui-même, dès son enfance, attaché à la personne de l'empereur Maximilien et lui aurait été, dans les conseils et dans les camps, dans la diplomatie et dans la guerre, de la plus grande utilité. Il rappelle sa dignité de chevalier, acquise au milieu des champs de lataille, son triple doctorat, sa renommée dans la philoso* phie, son éloquence dans les lettres, qu'il se vante de pouvoir exercer dans huit langues. Il n'oublie pas son titre de médecin de la cour de France, auquel il ajoute des fonctions imaginaires auprès des plus grands personnages de FEurope. C'est beaucoup qu'un homme de cette importance, réclamant ce qui lui est dû, s'abaisse jusqu'à la prière; mais aux prières succèdent les menaces. « Quand je voudrai me venger, dit-il, je saurai trouver un bras assez puissant pour m'y aider. Les moyens de nuire ne me manquent pas. »

A cette étrange supplique se trouve jointe, pour le secrétaire de Marie, une lettre non moins extraordinaire où la passion, secondée par une pénétration naturelle, s'élève chez Agrippa jusqu'au don de prédire l'avenir. « La patience du peuple, dit-il, aura une fin; ses flots, soulevés par la sédition, s'élèveront contre ces hommes, la liberté sera conquise parles armes, et les coupables acquitteront la peine de leur atroce tyrannie... Ce ne sont pas là de simples conjectures, ce sont des prédictions, des oracles précis que l'art

LE MYSTICISME ET L' ALCHIMIE AU XVl« SIÈCLE 161

me révèle et que j'affirme à la perdition de tous ces méchants *. »

Quand Agrippa laissait échapper de sa plume ces malédictions et ces menaces, il était à Bonn, sous la protection de l'archevêque-électeur de Cologne, et, en quittant la cour de Brabant, il lui adressait la même injure qu'à la ville de Metz. Il l'appelait la marâtre de toutes les bonnes lettres et de toutes les vertus. C'était une phrase à laquelle il tenait peut-être moins par conviction que par amour-propre de rhéteur. Mais pourquoi Agrippa s'était-il réfugié chez l'archevêque-électeur? Était-ce pour échapper à la persécution religieuse ou à la colère de l'empereur? En aucune manière: mais pour se soustraire aux poursuites de ses créanciers, toujours acharnés contre lui et décidés à le faire enfermer une seconde fois. On ne peut même s'empêcher de faire la remarque que la manière dont il a quitté Matines n'est pas tout à fait correcte au point de vue de la probité ; car, à peine arrivé au lieu de sa destination, il se fit envoyer, non seulement ses enfants et ses serviteurs, mais sa bibliothèque et son mobilier.

Mis hors des atteintes de ses créanciers, il est de nouveau exposé à celles de ses adversaires naturels. Les théologiens de Cologne ne lui veulent pas plus de bien que ceux de Flandre, mais ce n'est pas pour son livre De Vincertitude et de la vanité des sciences qu'il est mis en cause, c'est pour son Traité de la Philosophie occulte, dont il faisait imprimer la deuxième et la troisième partie. Assurément il y a là pour les défenseurs de l'orthodoxie catholique plus d'un grave sujet d'accusation. Comment Agrippa se défend-il? Comme il s'est défendu devant le conseil privé de Matines, c'est-à-dire en attaquant ses adversaires. Il montre dans les invectives qu'il leur adresse d'autant plus de violence qu'il se sait soutenu d'en haut. Comme ses dénonciateurs sont pour la plupart des moines, il profite de l'occasion pour peindre sous les traits les plus satiriques, on peut dire les plus

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