‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 39 sur 97 · T. Il, p. 293 et · texte numérisé non relu

T. Il, p. 293 et

LE MYSTICISME ET L' ALCHIMIE AU XVl« SIÈCLE 159

puissance n'est épargnée, pas plus la religion que la science, pas plus l'Église que l'autorité civile. Accusé d'impiété par la faculté de théologie de Louvain, après avoir préalablement encouru les censures de la Sorbonne, Agrippa est traduit devant le conseil privé des Pays-Bas et sommé de se défendre ou de se rétracter. Nous possédons, sous le titre d'Apologie S la réponse que fit Agrippa à cette sommalion. Ce n'est qu'un développement et une aggravation de toutes les propositions qui lui sont reprochées, avec force injures à l'adresse de ses accusateurs, mais aussi avec cette excuse que son livre n'est qu'un jeu d'esprit, un exercice de rhétorique {decîamatio) que des ignorants ou des esprits prévenus pouvaient seuls prendre au sérieux. Cela était bon à dire, mais est loin d'être exact, car nous verrons bientôt que le livre De t incertitude et de la vanité des sciences est une œuvre très réfléchie. D'ailleurs, en ce moment même, Agrippa se refuse à en retirer une assertion.de la plus haute gravité, celle qui a peut-être le plus irrité les théologiens de Louvain et de Paris : il a appelé Luther un hérétique invaincu (hœreticus invictus), il persiste à le qualifier ainsi. « J'ai pu dire, écrit-il, que Luther n'avait pas été vaincu. Plût à Dieu que j'eusse menti! Plût à Dieu que non seulement il ne fût pas jusqu'à présent invaincu, mais qu'il ne fût pas vainqueur, lui le véritable vainqueur des hérétiques 2 ! »

Ce qui a lieu de nous surprendre et nous montre quel était alors l'état des esprits au sein même, que disonsnous? dans les plus hautes régions de l'Église, c'est que ces choses et d'autres encore plus fortes qu'on pourrait citer s'écrivaient, sinon dans les appartements du cardinal Campegi, légat du pape à Bruxelles, du moins dans la chambre de son majordome et avec le concours de son secrétaire. Un autre prince de l'Église, le cardinal Lamarck,

1. Apologia adversus calumnias propter declamalionem, etc., dans le lome II de ses œuvres.

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