DC MS C<D M=—1,5 BC M; 12 CSD NE AU B C-M=—4 C D-M
Ici encore, la première comparaison n’aura pas donné de résultat, mais la seconde nous aura montré que D est intermédiaire entre C et M. Nous joindrons donc ce résultat au précédent, et nous aurons :
B M C M | | ZX | € D BD" EDR | | | Net D C M C DATE D B CN | M C CLEOM | No e B D
Car la série pourra s’infléchir dans tous les sens, tant qu’elle n’aura pas été fixée par quelque constatation qui aura obligé à mettre l’un des manuscrits en tête. Notre méthode, en effet, se contente de faire connaître les relations des manuscrits visà-vis les uns des autres à l’aide des intermédiaires ; elle n'indique pas dans quel sens les séries doivent être disposées : il faut demander cette partie du classement à d’autres opérations de la critique. Par exemple, nous rencontrons dans un manuscrit ainsi classé une leçon qui ne peut s’expliquer que par la déformation d’une leçon rencontrée dans un autre des manuscrits : c’est là une raison de disposer la série de telle sorte que le second manuscrit passe avant le premier, ou encore, tel manuscrit situé à l’une des extrémités de la série l’emporte sur les autres par son âge et la valeur de ses leçons, c’est un motif plus que suffisant pour disposer la série de telle sorte que ce manuscrit figure en tête. S'il était au milieu, il serait au contraire tout indiqué de plier la figure de façon à lui donner encore la première place.
Nous avons maintenant réussi, je suppose, à classer les 15, 20 ou 30 manuscrits qui forment la tradition d’un texte : nous sommes en face du résultat d'ensemble. Ce résultat, ou Schéma, présente la forme d’un arbre renversé: la partie inférieure est la plus développée et les ramifications montent en diminuant sans cesse jusqu’à arriver à l’exemplaire ou aux exemplaires les plus voisins de l’archétype. Nous avons ainsi une, ou deux, ou trois familles et plus.
Avons-nous trouvé que tous les manuscrits conservés dérivent les uns des autres, en d’autres termes que nous n’avons qu’une seule famille? Le cas est simple et, très souvent, désespéré. Toute la tradition du texte est à peu près inutile pour sa reconstitution; le plus ancien manuscrit l’emportera le plus souvent ‘sur tous les autres, car il sera d’ordinaire le plus voisin de l’archétype, s’il n’est l’archétype lui-même. En même temps, les fautes qu’il contient, ou bien seront invisibles, ou bien ne pourront être corrigées que par la voie de la critique interne ou d’original. C’est le cas de beaucoup d’œuvres de la littérature classique.
L'arbre généalogique se divise-t-1l en deux grands rameaux ou familles? Le cas est meilleur, mais souvent bien embarrassant. Sauf l'hypothèse rarement réalisée de la même faute s’introduisant simultanément et séparément dans les deux familles, nous sommes à peu près toujours sûrs d’avoir la leçon de l’archétype, soit à droite, soit à gauche; mais de quel côté exactement se trouve-t-elle?Il est souvent fort difficile de le dire. Néanmoins ce cas est, semble-t-il, celui que beaucoup d’éditeurs préfèrent, parce qu’il leur laisse une plus grande liberté dans le choix des leçons.
Reste la division des témoins manuscrits en trois familles ou plus. Lorsque ce cas se produit, et c’est celui de la Vulgate pour l’Octateuque, la reconstitution de l’archétype devient en général chose aisée. Il sera, en effet, à peu près inouï que les trois premiers copistes aient fait séparément la même faute au même endroit, et il sera très rare aussi que cela soit arrivé pour deux des copistes à la fois; d'ordinaire l’erreur sera le fait
d’un seul et l'accord des deux autres donnera la leçon de l’archétype.
Cet archétype aura presque toujours quelque faute, parfois même beaucoup de fautes : on les corrigera au moyen des ressources de la critique d’original, lorsqu'elles seront certaines, mais dans les cas douteux le mieux sera évidemment de conserver la leçon de l’archétype, car, nous l'avons dit plus haut, nous ne possédons pas de meilleur témoin de l'original que lui: il en représente la copie la plus ancienne et, dans la généralité des cas, notre connaissance de la langue et des sources de l’auteur n’est pas telle que nos déductions doivent lui être préférées.
Le lecteur me permettra de revenir maintenant aux objections de M. Rand. Je vais traduire quelques passages de l'exposition que mon critique fait de la méthode dont on vient de lire les principes.
Pour faire voir le jeu de la comparaison des manuscrits par trois, j'ai constitué de toutes pièces, dans mon Mémoire (pp. 213 et suivantes,) une tradition de 22 manuscrits pour un texte très court emprunté à la Passio S. Anastasiae. Avant de raisonner sur cet exemple tout théorique, j'ai dû indiquer le procédé le plus simple pour recueillir matériellement la statistique des accords. Prenons, ai-je dit, trois manuscrits quelconques, soit F K O; nous pourrions inscrire les constatations que nous faisons sur leurs accords comme ceci, puis comme cela, mais ces deux manières seraient trop longues; mieux vaut les inscrire comme ceci :
F < KO = variantes 2, 10, 24, 25, 30 ete... — 10 fois.
C’est ainsi, ai-je expliqué, que nous noterons d'ordinaire nos résultats; cependant pour les démonstrations qui vont suivre, afin de simplifier, nous nous contenterons de les indiquer de cette manière abrégée :
F<eK O = 10 fois F' SK eOTEMLE F KO
Rien n’est plus clair, semble-t-il : je donne là non le résultat d’une démonstration quelconque sur les rapports de trois manuscrits, mais simplement l’indication du procédé à suivre pour recueillir des résultats. Lisons maintenant l'exposé de M. Rand : « Dom Quentin, écrit-il, se met en route avec son texte, avec les variantes incluses dans un apparatus critique et avec rien de plus; il part à la recherche des classes de manuscrits. D’après sa méthode (In accordance with his method), il choisit trois manuscrits au hasard (he selects three manuscripts at random): F, K, et O, et étudie leurs accords et leurs désaccords. Ces détails; soit dit en passant, prennent un certain temps à recueillir, car il y a 54 variantes, avec 21 manuscrits dans chaque cas. Le résultat est :
ler À pas
Here 0) 14 F KE 0 5
Qu'est-ce que cela peut bien signifier? Pour moi cela ne signifie rien, à moins que je ne sache si les 10 coïncidences de K O sont des erreurs ou des leçons incorrectes etc... »
M. Rand a tout à fait raison: cela ne signifie absolument rien, mais, comme on vient de le voir, je n’ai moi-même donné aucun sens à ces chiffres. Je suis sûr aussi de n’avoir écrit nulle part que pour faire la comparaison des manuscrits d’un texte donné il fallait prendre ceux-ci au hasard. Loin de l’avoir fait, j'ai montré le parti que l’on doit tirer de certaines variantes à témoins rares, pour trouver les manuscrits à rapprocher les uns des autres en familles, et j’ai donné une méthode de comparaison des manuscrits par deux qui fait connaître exactement les VOISInages, et par suite, ouvre la voie aux comparaisons utiles par trois manuscrits. Malheureusement je crains fort que les variantes «à témoins rares» n'aient pas retenu l'attention de M. Rand et je m'explique par là qu’il ait pu répéter, après d’autres, que j'aurais classé les manuscrits de l’Octateuque uniquement sur 91 variantes, ce qui est une pure calomnie. Pour ce qui est du tableau des concordances des manuscrits
entre eux, M. Rand s’y est arrêté un instant, pour exprimer l’idée que ce tableau était impressionnant comme un Carmen figuratum : il y eût eu avantage, je crois, à dépasser l’extérieur et à examiner ce que ce tableau sigmifiait.
M. Rand expose ensuite à ses lecteurs : « Dom Quentin explique que notre recherche doit avoir pour but de découvrir une série de trois, dans laquelle un des membres n’est jamais trouvé en désaccord avec une lecon commune aux deux autres. » Je traduis bien : «a series of three in which one of the members is never found in disagreement with a common reading of the other two.» C’est de nouveau autre chose que ce que j'ai écrit. Ma recherche, en effet, est dirigée vers une série de trois dans laquelle deux des membres ne sont jamais d'accord contre le troisième. Quel intérêt ce renversement des formules peut-il avoir pour M. Rand? Je l’ignore. Il se peut qu’en prenant les formules par le côté désaccord plutôt que par le côté accord on trouve des résultats intéressants, mais ma méthode s’appuie sur la statistique des accords; qui prend sur lui de lexposer à des tiers doit, — c’est simplement justice, — présenter les formules du coté accord et non à l’envers. Ou bien, si l’on veut considérer l’autre aspect, il ne faut pas dire : « Dom Quentin explique ceci ou cela... », alors que J’explique tout autre chose.
Le critique américain continue : «(La formule sera À < B C =0. C’est ce zéro à la chasse duquel doit se mettre patiemment le critique. Combien de temps cela durera-t-1l avec la méthode qui consiste à choisir n'importe quelle série de trois manuscrits au hasard? Il est difficile de le prophétiser… » Où donc puis-je bien avoir laissé échapper la phrase qui permet à M. Rand de répéter: «the method of choosing any three manuseripts at random »? Et il poursuit : « Lorsque nous sommes arrivés à trouver le zéro, diverses significations peuvent lui être attribuées. Tout d’abord s’il apparaît fréquemment dans les comparaisons d’un manuscrit avec différents groupes de deux, ce manuscrit est probablement l’archétype. Ainsi, si nous avons :