A<BD=0 A<GK=O ABE=O"A=F
la présence du zéro place À dans une position isolée et tend à montrer que les autres manuscrits accouplés avec lui n’ont pas de rapport l’un avec l’autre (the presence of the zero puts A in an isolated position and tends to show that the other manuscripts paired with it are not connected one with the other)... Si nous avons la chance de trouver ces quatre formules dans une tradition quelconque du texte (If we are lucky enough to find these four formulae in any text-tradition), nous pouvons avoir l’assurance que tous les autres manuscrits dérivent de À...» Ceci dépasse vraiment la limite concédée à la fantaisie des critiques ; j'écris: «le zéro figure dans ces quatre exemples en face de l’archétype À placé dans la position isolée », on transpose: « la présence du zéro place À dans une position isolée. » J'ajoute : «c’est-à-dire que, dans chaque cas, les deux autres termes B D, B E etc..., n’ont de rapport entre eux que par son intermédiaire »; on interprète: «les autres manuscrits accouplés avec lui n’ont pas de rapport l’un avec l’autre. » Devant de telles déformations, il n’y a qu’à tirer l’échelle. M. Rand peut dire à son aise qu’il faut trouver les quatre formules de plus haut pour être sûr d’avoir découvert un archétype, puis expliquer à ses lecteurs, qu'après avoir trouvé l’archétype, il faut encore faire des comparaisons de manuscrits (au hasard» pour délimiter les familles, je ne le suivrai pas davantage sur ce terrain. Après avoir arrangé ma méthode à sa façon il a cru pouvoir, dans une note de l’une des dernières pages de son article, écrire qu’elle est remarquable par son absence de « bon sens »; il n’imagine pas, j'en suis sûr, à quel point je partage là dessus sa manière de voir.
Il ny a pas que des critiques négatives dans l’article de M. Rand; il y a aussi quelques leçons de critique positive et de classement de manuscrits. C’est ainsi qu'après avoir présenté ma méthode avec la désinvolture que je viens de relever, cet écrivain entreprend l'éloge de la méthode qui s’appuie sur les fautes communes et, pour en montrer l'excellence, il applique à quoi? Au texte dont j'ai inventé de toutes pièces la tradition de 22 manuscrits ! Naturellement les résultats sont merveilleux,
et pour cause. Mon texte est, en effet, un texte « mort » dans la tradition duquel les variantes se perpétuent, de plus nous avons tous les anneaux de la chaîne et, pour comble de bonheur, ceuxci sont rangés dans l’ordre alphabétique! Mon but, en l’inventant, n’a pas été de démontrer la facilité de ma méthode, mais son fonctionnement et, lorsque j’applique cette méthode, ce n’est pas à ces quelques phrases que je m’attaque, mais aux manuscrits de la Vulgate eux-mêmes. M. Rand, au lieu de se livrer à ce petit jeu enfantin, aurait fait œuvre plus utile en essayant sur eux la bonne «old-fashioned » méthode ; il eût vite constaté qu’elle est complètement impuissante à donner un résultat et eût compris sans doute pourquoi j'en ai proposé une autre.
Mais si M. Rand n’a pas tenté un classement des manuscrits de la Vulgate, j'entends un classement méthodique, il ne s’est. pas privé de nous dire comment il entendait le développement d’une famille de manuscrits et a consacré aux théodulfiens une quinzaine de pages où il expose certaine théorie qui expliquerait, de la manière la plus satisfaisante, les rapports de ces manuscrits entre eux et, naturellement, prouverait que la classification que j’en ai donnée n’a aucune valeur. C’est une leçon de professeur qui vaut la peine qu’on l’écoute. Pour la bien goûter, il faut savoir que, comme je l’ai démontré dans mon Mémoire (1), les variantes que l’on trouve dans les manuscrits de la Vulgate sont généralement représentées dans l’une ou dans l’autre des grandes familles du texte qui sont l’Alcuinienne (Alc.), la Théodulfienne (Theod.) et l'Espagnole (Tolet.). J'en ai fait le relevé pour mes 91 groupes de variantes caractéristiques et voici le début de ce relevé, que je tire de la page 350 de mon Mémoire :