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Faune populaire. V

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repris au français) . Mais kutsu est réputé grossier ; d'autre p.irt l'enquêteur a demandé « porc » : deus raisons pour que le sujet ait souvent donné le mot voisin du français. Et voilà encore un enseignement précieus sur la mentalité des paysans, pour qui sait interpréter Y Atlas, exécuté avec une si scrupuleuse probité scientifique \ C'est pour la même raison qu'en certains points (8 10-13 -2 1-24) nous n'avons que « porc », alors que caion — jugé grossier comme cochon, son équivalent exact — doit coexister.

Ce n'est pas seulement la superposition des aires et la parenté formelle caia-caion, coche-cochon, qui nous montre le besoin d'attacher l'idée de reproduction à la truie. Cette idée a été exprimée avec plus de précision par quelques patois : le point 801 dit la m^r troyo, 802 la mèr triui ; puselo (porcella), qui désigne la truie à 746, a été spécifié « truie mère » — par opposition au représentant de troja — à 729; de même mmro, truie à 741, « truie mère » à 733. Je relève dans la Faune populaire (V, 217) mérande, mère Michel, grand niée. Aus Martres-de-Veyre, la hotso est la truie qui a des petits, et la troyo (mot qui tenta disparaître) 'désigne simplement la femelle du porc. A Ambert^ M. Michalias m'a précisé que pwerteo désigne plus spécialement le porc femelle de tout âge, et hàyd (de même que troyo) la truie mère. — A Vinzelles kôtsà est devenu très arcaïque : trcéd^â a regngné son terrain en lui reprenant son sens. A Vodable, kàtsa et trœd^â coexistent. Au Mont- Dore^ trèd:(o est conservé au milieu d'une zone où kçlso l'a fait disparaître.

I . On ne peut donc rien conclure historiquement, pour l'Auvergne, du fait qu'on trouve encore por fres dans les menus de Notre-Damedes-Chases (fin xve siècle) et porc encore au xyiip siècle dans les poésies de Joseph Pastourel éditées à Riom en 1733 (Cf. L'ancienne Auvergne el le Velay, t. II, pp. 49 et sqs.).

ESSAIS DE GÉOGRAFIE LINGUISTiaUE 3 I

Quelle est l'étimologic de ces deus couples? Rappelons d'abord qu'historiquement le nom du petit apparaît avant celui de la mère. En français le plus ancien exemple de cochon est de 1339 (Godefroy, Supplément^ celui àç. coche est dans Villon (L^ franc archer de Bagnolel); caion est signalé seul dans Godefroy (Alector, Nicot) (Les deus ont le sens « jeune porc »). Est-ce un double hasard ? C'est peu probable. Je croirais volontiers que, contrairement à l'opinion courante, le nom de la mère a été refait sur celui du petit, précisément pour exprimer l'idée qu'il s'agit d'une truie qui fait des cochons, des calons. — Géografiquement caia-calon est une création de la région lyonnaise ; cochecochon^ de la région parisienne. La segonde a eu naturellement' une plus grande force d'expansion que la première : elle s'est heurtée en Bourgogne à l'aire assez résistante cala-calon, qu'elle a dû refouler, et a débordé à l'ouest sur le Massif Central.

Nizier du Puitspelu a proposé pour calon un celtique cagl = fange, que la fonétique suffit à faire rejeter de piano. La présence de / mouillée dans une forme cévenole qu'il cite (calion) ne me paraît pas concluante pour étayer un /v primitif : au xvi^ siècle, 1'/ mouillée était conservée à Lyon ; il s'agit dans les Cévennes d'une forme analogique (on avait conscience, dans cette région, à notre époque, que le ly correspondait en général au v rhodanien) ^ M. Meyer- Lùbke ne propose pas dliipotèse. Je crois que décidément il faut revenir au cacare de M. Cornu en supposant, bien entendu, une forme empruntéeau provençal, rû'cT^7(>/c^/vj),

1. Il est aussi dans le Ballet forciien de 1605 (E- ^ <^y, Le dialecte de Saint-Étîeune au XV sikte, p. 345).

2. Même observation pour l'étimologie de caia par calha (oiseau) avancée par Mistral, sans compter que le rapport sémantique est un peu lointain.

^ Cf. le glossaire de Nizier du Puitspelu, v. caion.

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qui aurait remonté le Rhône comme tant d'autres termes. Ce caga a d'ailleurs sûrement gagné le nord : kâgà existe à Vinzelles (et environs) avec l'acception originaire. Je trouve aussi kâya, au sens « uriner », dans le Glossaire de M. Michalias. Enfin je signale quelques dérivations sémantiques analogues : chiot, jeune chien (d'un usage courant^ même chez des écrivains contemporains) ; yàsâ (du fr. « chiasse »), dernier né (Vinzelles et environs); cago-nis, cacau, « dernier né » (Mistral) ; le bas-langage, l'argot des faubourgs emploie concurremment « chier » et « pisser » au sens de « mettre au monde » [un enfant].

Quant à l'origine de coche-cochon, M. Meyer-Lûbke ' propose une onomatopée (cri pour appeler les porcs). C'est encore l'hipotèse la plus plausible. Si on l'admet, il ne serait pas impossible que cochon (d'où coche) ait été à Forigine un terme enfantin. Je rapproche, pour la brebis, les termes auvergnats enfantins bùrô, -oto (Vic-le-Comte), hèlé, -étâ (Vinzelles et environs) qu'on voit affleurer ailleurs dans le patois des adultes ^ Si l'on ajoute que Mistral cite « coch! cochof, cri pour appeler les porcs dans les Alpes », l'étimologie paraîtra assez ^vraisemblable. Faut-il en déduire que le knt€yù du point 971 (Hautes-Alpes) s'est formé indépendamment de l'aire française? Ce n'est pas certain, car le mot peut fort bien avoir été importé directement par-dessus l'aire intermédiaire caion : il y a bien des exemples analogues.

Relevons quelques autres formes de V Atlas en dehors des quatre tipes précédents.

kaiiyô (Creuse) — dont j'ai figuré la zone approxima-

1. Konianiscljes etymoloariscljes Wcerlerbud), AlA'y ^^^^ supposer hott: et non hoc.

2, Cf. Rolland, Faune populaire, V. 116-117 (herd, etc.).

ESSAIS DK céOGRAME IJNGUlSIiaUE

tive ' — fait penser d'abord à un cagna (chienne), forme méridionale, avec sens despécifié ou péjoratif : on sait le succès qu'a eu ce mot occitanien (ou italien) dans les argots, avec valeur métaforique ^. Mais après comparaison avec d'autres formes similaires, il semble au contraire que l'action de cagna s'est exercée (par étimologie populaire) sur une forme primitive gogna, d'origine inconnue, qu'on trouve attestée en divers endroits. Mistral (au mot goiirriri) cite le masculin gounh, gorret, en Bordelais ; gogno, truie, est donné, précisément pour la Creuse, par Rolland (op. cit., V, 2ié) d'après F. Vincent ; gagne est relaté aussi en ancien genevois, avec la même acception ^ : le mot a passé ensuite à divers sens métaforiques (crapule...) en Savoie (^Dict. Savoyar4, gogne) et en argot. Enfin les formes valdôtaine gona (966) et fribourgeoise guna (60, 70) appartiennent visiblement' à la même racine, avec une simple variante de finale (-a au lieu de -ia). Quant au dérivé, il est beaucoup plus répandu dans le Massif Central : V Allas le relève de la Creuse à la Dordogne et au Cantal; Mistral le mentionne comme bas-limousin et rouergat, en joignant la forme gasconne ^/zoîm (abréviation de gognonn'^). Presque partout il se présente sous la ïomiQ gagnoiin, sous l'influence de la même association d'idées qui a donné naissance à l'ancien français gaaignon (wallon : waaignon^, dogue.

bifa (819) est une « traduction » de kciya (qui est identique aujourd'hui au radical de « cailler ») : bifq signi-

1. M. A. Thomas m'a signalé le mot à Saint- Yrieix-la-Montagne.

2. Cf. L. Sainéan, L Argot ancien, 224 (Remarquer le sens « cheval », relevé dans un patois normand), kanya existe avec divers sens dérivés dans les patois et argots de la Savoie et du Jura.

3. Cf. L. Sainéan, L Argot ancien, p. 218. Le genevois est cité d'après J. Humbert (1842).

4. Godefroy (y° gaignon, in fine) s\2;i\Aq gagnoii — jeune porc, à Clermont-Fcrrand.

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fie cailler, lait caillé (cf. Dictionnaire Savoyard). Exemple assez rare en patois de dérivation sinonimique ^ — té-eipno (714, Cantal) est le féminin de téeu, tésu, primitivement « jeune porc » {sic carte « porc » 724, 781, 782), puis « porc », sens qu'il possède dans une région assez vaste entre le Cantal et le Gers (cf. la carte « porc ») : on a reconnu taissô, à l'origine nom du blaireau, auquel le jeune porc a été comparé ^ . — gorra, mot bien connu, se trouve sur un point de la Haute- Vienne, comme sans doute aussi à la base de garèl (102). — gay, gèy (21, 23, Jura) paraît un débris ancien de l'aire kaya (qui devait, nous l'avons dit, monter plus au nord) : le terme, refoulé et isolé dans un îlot, s'est raccroché au mot « gai » qui l'a provisoirement sauvé 5 ; — mauro (741, Tarn-et-Garonne) est un surnom dû à la couleur brune. — J'étudie par ailleurs (dans la Roniania) le surnom du tipe gode appliqué ici à la truie (933, 968-9), ailleurs à la brebis, au jars, etc.

Le mot français truie se retrouve — seul jOu concurremment avec une autre forme — aus points 802, 902, 908, 933, 950-

Voici, classées par tipes, les formes que j'ai recueillies dans la Basse-Auvergne : kàyâ, Saint-Ilpize, Vieille-Brioude, Auzon (Haute-Loire) ; kàyd : Ambert, Saillant (Puy-de- Dôme). — troyd : Saint-Hilaire (Haute-Loire) ; Grandrif, Ambert, Sauviat, Beauregard-l'Évèque, Lussat, Les Martres-de-Veyre ; trçyd : Bulhon, Usson, Saint-Etiennesur-Usson (R.-de-D.) ; trçd:(â : Saint-Jean-Saint-Gervais ;

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