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La brebis

Répartition de berbice, ovicula, feta dans la Gaule romane.

Trois grandes aires (en laissant de côté quelques créations locales postérieures) se partagent la Gaule romane pour « brebis » : berbice, ovicula et feta. A l'heure actuelle, les représentants du premier tipe occupent tout le nord jusqu'aus environs d'une ligne qui serait tirée approximativement du sud du Morbihan au sud du Doubs ; au sud, OVICULA à l'ouest et feta à l'est sont séparés par une limite qui se dirige d'abord au sud-ouest (des environs de Mâcon au nord du Lot) puis tourne vers le sud pour atteindre les Pyrénées entre l'Ariège et l'Aude.

Ces limites ont varié bien entendu au cours de l'histoire. Depuis le moyen âge, herbis (brebis) s'est beaucoup étendu ; feda (^fea) a quelque peu reculé au nord (cf. VWotfwèyôt au nord du Doubs, 54), mais a gagné du terrain au sud ; au contraire oeille, ovelha s'est replié sur toute la ligne, mais surtout dans le nord.

Au moyen âge, berbis paraît plus spécial aus régions de l'Artois, au pays wallon, à la Lorraine et à la Champagne du Nord — en face d'oeille, oaillc, qui prédomine dans rile-de-France (Soissonnais compris) jusqu'à Amiens et

I. Voir les exemples de Godcfroy, et dans P. Mever, Recueil iVanciens textes, p. 323, 353,356, 363-

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en Normandie La Fontaine (de Château-Thierry) emploie encore ouaille, qui existait donc toujours au xvii^ siècle, au sens « brebis », dans les campagnes de l'Ile-de-France. Au sud de Paris, le mot a résisté plus longtens : Godefroy signale ouille dans les patois de l'Yonne, où l'Atlas ne relève plus que berbi.

En provençal, ovelha devait s'étendre un peu plus à l'est qu'à l'heure actuelle. Raynouard Ta relevé dans Guillaume de Tudela, Augier, Bernard de Rovenac, la Vie de Saint Romain, la traduction de la Règle de Saint-Benoît ; — en regard, il note feda dans Raymond d'Avignon, La nobla leycT^on, Philomena. Enfin berbit:( se trouve chez Guiraut de Borneilh. L'existence d'un îlot limousin de berbice au milieu de l'aire ovicula est attestée encore dans Mistral, où berbis est signalé comme terme de prédication ^.

L'existence, au moyen âge, de berbit^ dans deus régions aussi éloignées que l'extrême nord de la France et le Limousin, avec les mêmes accidents fonétiques et morfologiques ^ et le même sens de « brebis » (vervecem signifiant « mouton» en latin^) prouve à l'évidence l'existence antérieure d'une aire commune berbice = brebis, qui s'étendait au moins depuis le Limousin jusqu'au pays wallon. Cette aire a été coupée postérieurement par ovicula, qui a passé du sens « jeune brebis » au sens « brebis » sur un vaste ter-

1 . Voir dans Godefroy des exemples de Wace, de Garnier de Pont- . Saint-Maxence, de la Clef d'amour (Amiens, xiiic siècle), etc.

2. Au point 6o6, br 'cbi (à côté de wêlyo) est une importation récente du français, comme aus points 400, loi, 303, etc.

3. Il y a eu 3 fénomènes: 1° remplacement de la finale -ËCE par le suffixe -îCE plus fréquent ; 20 passage fonétique de *vervice à *verbice (cf. coRVUS> *coRBUS, etc . ) ; 3° assimilation du v initial au /^suivant (cf. it. berbena).

4. C'est un lapsus qui a fait dire « bélier » au Dictionnaire Général (yo brebis).

ritoire comprenant la péninsule ibérique, le sud-ouest, Touest et le centre de la Gaule (l'îlot limousin excepté).

Reste à expliquer comment vervecem > *berbice a passé du sens « mouton » à l'acception « brebis ». Il faut remarquer que pour cet animal le nom de la femelle ou du mâle châtré sert en même tens à désigner le nom de l'espèce (ceci variant suivant les tens et les lieus, mais le nom du bélier restant toujours à l'écart et bien individualisé) : on dit ainsi « un troupeau de brebis » ou « un troupeau de moutons )), en englobant les béliers, les moutons proprement dits, les femelles et les agneaus. Dans certains patois (ainsi à Saint-Alyre, arrondissement d'Ambert),/^ifo arrive à désigner à la fois la brebis et le mouton chez les personnes qui ne s'occupent pas spécialement d'élevage.

Voici donc comment on peut concevoir les faits. Vervecem (>> *berbice) a été importé en Gaule avec le sens (c mouton », mais il n'a pu déloger le terme indigène *MULTONE, et il a dû battre peu à peu en retraite en se réfugiant dans le sens collectif du nom de l'espèce. C'est l'acception qu'il a encore dans la Loi salique : Si quis... bimum vervecem (var. berbiceni) furaverit. Vient un moment où le latin d'Occident cherche à éliminer ove (conservé en Orient : romain oaie\ qui présentait ici une fâcheuse similitude avec ovu depuis que, dans ce dernier mot, le v avait été rétabli et que l'o était devenu ouvert ; l'assourdissement des voyelles atones, qui se préparait, tendait à produire l'homonimie complète. Berbice se trouva tout prêt pour prendre sa place dans la Gaule du nord et de l'ouest. Mais cette nouvelle désignation ne fut pas jugée partout satisfaisante : au sud-est, dans une vaste région s'étendant du Jura et du bas Rhône au Frioul \ on éprouva le besoin

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