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L'agnelle

dans la Basse Auvergne.

Le Puy-de-Dôme se trouve sur la zone de jonction de deus aires très vastes : au sud agnela est différent du masculin, tandis qu'au nord le féminin a disparu et qu'on trouve le même mot pour les deus sens.

La fonétique n'est pas étrangère à ce résultat. Au sud, agnel, conservant (ou même vocalisant) son / final, appèle nécessairement le féminin agneJa ; au contraire, dès que la consonne finale du masculin (ou son résidu vocalique) disparaît— ce qui se produit sur les confins de la Haute-Loire et de la Loire — agnela ne tarde pas à être ébranlé ; encore quelques lieues vers le nord et le nord-est, et le féminin a vécu : le rapport entre les deus genres du suffixe -ellu devient moins étroit, est perçu moins nettement.

Au nord, on n'a pas éprouvé le besoin de donner un succédané au mot disparu. La langue peut se passer d'un terme spécial pour désigner l'agneau femelle, dans des contrées où l'élevage des brebis n'est pas pratiqué sur une grande échelle. Aus points relevés dans V Atlas, je joins ^y v^' (Bulhon), ^?//3'rto (Sauviat), ânyi (Grandrif), ^fy vi'' (Saillant).

I. On:ianyé aus points 705, 805-12-1 5-17. Mais dans le sud du Puy-de-Dôme, il y a encore des finales en -ci (Chalus, Moriat...) comme dans une partie de la Haute-Loire. Il est bien évident que dans cette région 17 finale s'est conservée pendant plus longtens que dans Içs patois situés au nord.

REVUE DE FILOLOGIE FRANÇAISE

Sur les confins des deus zones, — comme le fait se produit toujours — il y a eu flottement, et de nouvelles désignations se sont fait jour.

On trouve d'abord agneJa conservé sporadiquement : Pontgibaud, Monton (Atlas jo}, 805), Saint-Étienne-sur-Usson, Ambert (M. Michalias ; M. Edmond a relevé ^zy}-^') ' .

Parfois, au lieu de porter le nom du jeune mâle comme plus au nord, l'agnelle a la même appellation que la brebis adulte (avec l'adjectif « jeune », « petite »). Remarquons ici que nous sommes sur les confins de l'aire ovelha > oelha = brebis, et de l'aire /^J^f = brebis. Dans les deus domaines, sur les lisières de la zone agnela qui coupe la limite précédente, on trouve le même fait : l'agnelle est Vî^ilydà Beauregard, hd{wên ivjlyâ 2i.hsoire ; de l'autre côté, Doranges et Saint- Alyre la nomment fido comme l'adulte.

Oelha n'a pas pénétré, sous une acception quelconque, dans l'aire feda = brebis. Mais feda, en revanche, s'est infiltrée dans l'aire voisine, où elle a pris le sens « agnelle » dans une zone assez vaste et presque complètement homogène : Vinzelles et environs, Vodable, Coudes, Vic-le- Comte, La Sauvetat, Aydat, Murols. Il peut paraître surprenant que le nom de l'adulte soit devenu celui de la jeune femelle, contrairement à ce qui a lieu par ailleurs. En fait, les choses n'ont pu se passer ainsi. On ne saurait avoir affaire, dans cette zone, à un mot préexistant ayant changé de sens, mais à un terme venu de la région voisine — nous avons vu que feda gagne sur ovelha — et qui, n'ayant pu déloger le terme indigène (ovelha), a pris, à côté, la place vacante que laissait agnela tombée en désuétude. La filiation sémantique est la suivante : brebis (qui fait des petits) >> brebis encore jeune >> jeune brebis.

I , Les points que j'ai relevés plus au sud dans l'aire homogène a^^ncla sont Le Mont-Dore, Bessc, Madriat, Moriat (Puy-de-Dôme), Léotoing, Auzon, Vieille-Brioude (Haute-Loire).

ESSAIS DH G HOC, R A FIE LINGUISTIClUE 4I

Remarquons que tous ces patois ont cherché à préciser l'idée de « femelle », qui paraît indifférente à ceus du nord. Une autre notion doit apparaître naturellement : celle de la jeunesse de l'animal. C'est le cas pour les patois suivants qui nous ont conservé ainsi *annotica, agnelle d'un an, en appliquant le mot, comme agnela et ses autres succédanés, aus agnelles de dis-uit mois, voire de deus ans. Les formes que j'ai recueillies, comme celle de Y Allas (804, a^tyiidio)^ postulent toutes un tipe *anutja au lieu du classique aîiotja : nyiidid (Latour), nyHd:{d (Les Martres-de- Veyre), (Malin trat), ;/Vé';(i!> (Sallèdes).

Enfin àGerzat babéno est originairement un terme enfantinqui affleure au point 816 au sens « brebis » (sous 1 : forme bœbina).

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