I. Op. cî7., III
REVUE DE FILOLOGIE FRANÇAISE
Au nord-est de Clermont, le têtard est appelé ranâ (703 : Pontgibaud), rènb (Chanat). On reconnaît rana, devenu généralement rena en Basse- Au vergue sous l'influence du verbe renar = grogner. Depuis longtens, dans la majeure partie delà région, le mot a cessé de signifier « grenouille ». Il désigne en général (Les Martres, Vinzelles, Issoire, etc.) un animal aquatique assez imprécis, que je n'ai jamais pu me faire montrer, mais qui doit être la salamandre aquatique ou le triton ; M. Michalias note deus sens : « rainette » et « salamandre aquatique ». De cette dernière acception à « têtard », l'écart n'était pas fort grand.
Étant donnée la complexité des matériaus, il n'est pas facile de reconstituer les couches successives dans leur histoire et leur étendue. Nous croyons cependant pouvoir établir quelques faits généraus, si l'on remarque : 1° que les métafores très localisées sont nécessairement récentes : 2° que les variantes de testa, avec suffixe ou adjectif,*accusent, par leur situation géografique, une ancienne aire homogène qui s'est désagrégée. Nous laisserons à part le Bourbonnais, qui ne peut s'expliquer historiquement en l'absence d'une carte des régions plus septentrionales ; de même que nous avons dû négliger quelques formes isolées di^V Atlas, impossibles à analiser sans la connaissance du patois des communes environnantes {tœlœ, 905 ; ta, 702, est peut-être l'apocope de teta ; pwâslet, 802, paraît un diminutif de paissel, bien que le sens n^y prête guère).
Je pense que notre région a d'abord connu uniformément chabot = poisson tichabassola, {-ossola) = têtard, comme la majeure partie du Midi. Puis chabot a passé au sens « têtard», sauf dans quelques îlots où le diminutif, sans soutien, devait donner prise plus tard aus étimologies populaires ou aus remplaçants. Comme résidus, j'ai déjà cité la busçlo de Bulhon ; j'estime aussi que chabassola doit être sous-
jacent sous massola, qui aura remplacé un terme presque homofone, usé et obscur, et sans doute déjà déformé. Les padela voisines du puy Saint-Romain pourraient bien s'être substituées aussi à ce mot féminin : mais ceci n'est qu'une simple hipotèse.
L'aire chabot = têtard s'est ensuite scindée par la formation d'une aire testot, qui s'est développée — nous avons dit pourquoi — sur le mot antérieur. L'homogénéité primitive de l'aire testot est certaine, comme le témoignent les survivances actuelles de même suffixe éparses dans des patois éloignés à tendances conservatrices (Bagnols, Mirefleurs, Sugères). C'est sur la souche testot qu'ont bourgeonné tous les représentants de la famille testa ; testot, de création limanienne, s'est donc étendu sur toute la vallée de l'Allier, de Moriat à Vichy, et, en largeur, de la zone de Thiers à celle du Mont-Dore. La première variante fut testant (conservé dans deus petites villes : Issoire, Rochefort ; la ville est souvent plus arcaïsante que la campagne) ' ; il semble que Sauviat accuse un suffixe -él, car testao a la même finale que torgo, âiiyqo. D'autres petites aires régionales se forment : testa grossa dans les Monts- Dore ; testa neira (t. negra), qui devait réunir Moriat à la Sauvetat par le Lembron et l'ouest d'Issoire ; testa seul, dans la région des Martres, Vic-le-Comte, Billom. Enfin le têtard français a broché sur le tout.
testot avait coupé l'aire chabot. Car c'est sûrement chabot, inexpressif et isolé dans la langue, qui a appelé shako (à une époque récente) par étimologie populaire à Châteaudu-Cher (nous sommes dans la région où c + a >> ^). Au sud, chabot a dû se maintenir longtens sur le terrain résistant du Cantal et surtout de la Haute-Loire, où les
I . Les margauOmirgolh aut) doivent reposer sur un ancien testaut.
éo
testo d'a:(è et a:(è bubu apparaissent à l'évidence comme des alluvions modernes.
Voici le relevé des formes que j'ai recueillies :
tsâhô (Saint-Jean-Saint-Gervais) ;
husolà (Bulhon) ;
testé (Bagnols), tetô (Mirefleurs), téitù (Sugères) ; tétau (Issoire), tîtœu (Rochefort) ; tétao (Sauviat) ; tétb (Billom, Vic-le-Comte, le Cendre), teto (Corent, Sallèdes), tïto (Les Martres) ; tétb nirb (La Sauvetat), testa nyigrâ (Moriat) ; testa grosâ (entendu à Merlines ; Mont-Dore), tétâ grôm (Singles), tétâ grâsâ (Montaigut-le-Blanc), grçsà tétb (Cun- Ihat) ; tètô d îflb (Bulhon); tètb à ànê (Coudes), =: d à^t (Usson) ; testar (Montaigut-le-Blanc), tètar (Beauregardl'Evêque), tita (Malintrat, Saint-Remy-sur-DuroUe).
mâsolâ (Vinzelles, Serpoil [commune de Saint-Jean-en- Val]), mâsovâ (EstQÏl), mâ^çvâ (Aubiat [commune d'Auzat]).
mârgaû (Vantalon [commune de Saint-Jean-du-ValJ, Saint-Etienne-sur-Usson), mârgb (Le Fayet-Ronnayes).
gurgulyu (Ambert, Doranges), gîirguyù (Beurières), gârgâlyu (Grandrif, Saillant).
s%flè (Orcet).
^arZ;J(Saint-Floret); bârbârâtâ (Vodable).
£akô (Château-du-Cher).
rêno (Chanat).
IL Insectes.