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Substituts lexicologiques de vespa

Avant de faire appel à la forme de Paris — spécialement dans la moitié méridionale de la France — on a remédié à l'infériorité de vespa >► vespra en créant des substituts régionaus.

Le procédé le plus simple a consisté à donner à la guêpe le nom d'un insecte voisin. Rien de surprenant, si Ton songe que le paysan n'observe guère la structure des insectes et confond volontiers des tipes fort différents. Dans des substitutions de ce genre^ — nous en verrons d'autres exemples — le patois a toujours recours à un nom au moins aussi général, ou représentant une espèce au moins aussi commune. Ainsi le frelon (espèce du genre guêpe) sera souvent appelé guêpe, mais la guêpe ne sera jamais appelée frelon ^ ; Tabeille ou la guêpe, tout comme le taon, pourra

1. Suhlata causa, tollitur effectus, disaient les anciens logiciens.

2. Ceci n'est pas contredit par le fait que nous lisons au point 36 : grévolô, gépr. Le sujet a simplement donné à M . Edmont le nom des deus espèces de guêpes distinguées par le patoisant : la guêpe-frelon et la guêpe ordinaire .

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prendre le nom de mouche, mais l'inverse n'a pas lieu, parce que la mouche est, de beaucoup, plus abondante que les autres insectes. Les noms spéciaux tendent à être éliminés pour des animaus de ce genre, qui intéressent médiocrement le patoisant.

Le bourdon a passé son nom à la guêpe au point 396 Qnirdo). Même fénomène à 702, avec un autre vocable : burgodo. La hurgauda (ou burgau) désigne en effet le bourdon dans une région qui va des environs de Blaye à ceus de Lapalisse (voir V Atlas, carte « bourdon »). Dans une partie de la Creuse, le mot a passé au sens « frelon » (d'après M. A. Thomas).

Mais c'est surtout l'abeille — himénoptère à aiguillon, de taille voisine — qui devait spécialement servir de succédané. Nous avons tracé l'aire d'abeille = guêpe, dans la basse Auvergne : elle forme un croissant anguleux, qui tient du compas, et qui serre l'aire vespa entre ses branches : la tête est située dans la région de Clermont ; la branche orientale passe par Billom, Cunlhat, Ambert pour s'arrêter au sud-est de cette localité ; la branche occidentale remonte la vallée de l'Allier, entre « guêpe » (ouest!) et vespa (est) pour aller au moins jusqu'à Brioude. Je suppose qu'elle rejoignait naguère le point 813 : peut-être même le rejoint-elle encore si, ce que je n'ai pas vérifié, le gespâ de 812 est un îlot comme celui d'Arvant, ou un néologisme comme celui du point 807.

Comment expliquer la bizarre configuration de cette zone ? Je m'étais d'abord demandé si la confusion guêpeabeille s'était produite là, et là seulement, où on ne faisait pas d'apiculture. Mais un examen attentif (confirmé par les observations de feu Michalias) m'a prouvé que vespa était conservé dans des localités où on n'élevait pas d'abeilles, et que « abeille », en revanche, désignait les deus insectes

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dans des communes où il y a des ruches. L'examen de la carte, joint aus considérations développées plus haut, suggèrent une explication plus probable : l'aire « abeille », qui représente un premier morcellement de l'aire vespa, s'est développée sur un pourtour qui avait dû être affecté par l'accident vespa > vespra. Il en reste une preuve, c'est le résidu vespro, qu'on trouve sur la périférie, dans le patois arcaïque de Léotoing.

Il est intéressant de remarquer que, dans cette zone, « abeille » elle-même a éprouvé des substitutions lexicologiques : « guêpe » devenu « abeille » les a subies également, ce qui tent à faire supposer que la confusion est antérieure à ces changements, donc assez ancienne. Ainsi à Issoire et aus environs (Le Broc, Vodable...), le nom de l'abeille a été refait d'après le nom de l'essaim : buriiyu a créé b%irnyà qui s'applique nussi à la guêpe. Même remarque pour l'est de Clermont (Malintrat, Gerzat), où abeille et guêpe se disent bènyè^ formation analogue d'après le tipe *BENNiA ou *benniola = corbeille > ruche (cf. Meyer-Lùbke^ op. cit., 1036).

Il arrive que le paysan ajoute quelque précision, surtout si on lui fait remarquer que la guêpe n'est pas l'abeille. Ainsi, pour « guêpe », on m'a dit àCunlhat « hèlyâ dè t£à (abeille de champs), à Vodable Imrnyâ d:{onâ (abeille jaune) , à Madriat, veut-on spécifier, on dit : ce sont les « mauvaises », celles qui ne font pas le miel ; ailleurs les sauvages » (cf. hone wespe dans Marie de France).

En ce qui concerne spécialement le tipe abelha = guêpe, voici les patois où je l'ai recueilli : bëyd (La Roche- Blanche, Mezel, Orcet [concurremment avec dyèpè]), beyo (Cournon, Billom, Vic-le-Comte), bèlyb (Les Martres-de- Veyre, Saint-Georges, Sallèdes, Ambert, Beurrières, , Tomvic), bèlyâ (Cunlhat, Chalus, Moriat), bœlyâ (La Sau-

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vetat, Fiat, Parentignat, Saint-Floret, Nonette, Madriat), bélyâ (Brioude), btdyâ (Ludesse, Auzat).

Abeille — guêpe se retrouve également en deus points du sud-est (86 1 et 882), qui devaient se rejoindre par le nord, car il est probable que la petite zone vçspyo, représentée sur VAtlas par les Saintes-Mariés de Camargue (871), est isolée depuis assez longtemps des vespo de l'est et de l'ouest, comme l'atteste l'altération de sa finale Les aires « abeille » de Provence et d'Auvergne n'en formaient-elles qu'une autrefois ? C'est beaucoup plus douteus : le fénomène a pu se produire indépendamment dans deus contrées différentes. Il est certain toutefois que « guêpe » a rogné non seulement vespa, mais aussi plus d'une des aires secondaires formées sur ses flancs.

Ainsi l'aire taon = guêpe a été coupée dans la vallée du Rhône par l'invasion de guêpe : car c'est non seulement le même mot, mais la même forme ton(^a) (fém. de taon) qu'on retrouve d'une part au nord du Forez (819, 905, 803), de l'autre dans l'Isère (829). Cette zone devait être beaucoup plus vaste et devait être contigué aus bèlya du Puy-de-Dôme, voire aus anciens vespa du Velay ^. De même la variante adjacente savâ (altération de tabanu au lieu de *tabone), qui n'existe plus qu'au point 921, devait avoir un domaine bien plus étendu, et rejoindre les vespa, aujourd'hui disloquées, de la Savoie et de la Provence orientale.

La mouche a remplacé la guêpe, sporadiquement, sur quelques points. C'est le grand passe-partout auquel on a recours, faute de mieus, pour suppléer aus noms défail-

1. Cette altération, due au dérivé vespyé (guêpier J, se retrouve plus au nord (gepya^ -ye à 920, 931, 942...)-

2. Le mot « guêpe » manque malheureusement chez M. E. Vey {Le dialecte de Saitit-Ètienne au XVIl^ siècle), comme dans les anciens textes de la Basse- Auvergne.

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htnts de tous les diptères ou himénoptères ailés. Aussi ne doit-on pas s'étonner si on le trouve çà et là dans toutes les régions, parfois avec des précisons : « inoucheguêpe » ou « mouche à guêpe » (232, 209, 307), / awiyô mu€ agiyo (mouche à l'aiguillon, mouche-aiguillon, 165, et au N. et au S. de 188, dans Bruneau,o/?. cil., p. 460), muskè k agilyè (682 : mouche qui pique) ; tantôt seul (376). Il y a, on le voit, quelque flottement: on n'a pas trouvé l'épitète qui s'impose, comme celle qui a fait le succès de « mouche à miel ».

Signalons enfin quelques formations locales et métaforiques : d'après l'aiguillon, jîj^7«^ (74 fissar = piquer), ou d'après la couleur, ôbrot (89 : ambrotte, dérivé de « arnbre » ; cf. amhrette, centaurée jaune, dans le Dictionnaire général).

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