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XXX, 115 à 118, et XLIV

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connexion avec la répartition d'un autre tipe, beleta = fourmi, que nous allons d'abord liquider.

beleta = fourmi occupe une petite région homogène de patois arcaïsants, sur les confins du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et de la Loire. V Atlas a relevé le mot aus points 8i6 (Loire) et 817' (Haute-Loire). Je l'ai trouvé, pour ma part, à la Chaise-Dieu, et dans la pointe sud-est du Puy-de-Dôme, sous la forme bêlêtâ, bèlèto (Le Fayet- Ronnayes, Doranges, Ariane, Beurrières, Tomvic, Saillant, Saint-Romain). Mais je l'ai découvert — fait beaucoup plus intéressant — dans deus îlots assez éloignés, Tun à Moissat, l'autre à Mirefleurs, en pleine aire mwidè (une des dérivations, que nous allons voir, de *amaito).

Le changement de sens, qui a fait appeler « belette » la fourmi, a-t-il pu se produire spontanément et indépendamment ici et là ? Nous ne le croyons point, car s'il est une métafore qui ne s'imposait pas, c'est assurément celle-là : tandis que l'animal que nous appelons en français belette est réellement un animal gracieus et a été dénommé « la jolie » dans diverses langues ou patois ^, nous ne trouvons rien de tel pour la fourmi, qui est au contraire regardée par le paysan comme une « sale bête ». Le fait a pu se produire sur un point pour des raisons particulières, mais il ne peut être qu'exceptionnel. Ces motifs d'ordre psicologiques, joints à l'examen de la carte, nous permettent d'assurer l'existence d'une aire ancienne beaucoup plus vaste, qui joignait Moissat et Mirefleurs à la zone de la Chaise-Dieu et d'Ariane ; beleta devait recouvrir toute l'aire mwidè au sud

1. Comme « guêpe », « fourmi 0 manque malheureusement dans les anciens textes forézieus analisés par M. Vcy, et dans ceus de la Basse-Auvergne.

2, Notamment en ancien anglais, en danois, en bavarois et en rouergat, d'après le Dictionnaire général.

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de Moissat : nous en aurons la confirmation en étudiant le tipe suivant.

Il est possible que beleta s'étendît aussi plus loin du côté du Forez : mais nous manquons de documents. Au sud, le tipe horrola (burçla S2^,burulo 826) doit être une formation récente qui s'est superposée, soit à beletaj soit à formic. Le sens est clair : c'est, avec un autre suffixe, la même racine que bourret (voir notre étude antérieure sur « taureau ») : la fourmi a été surnommée la « brune », ce qui s'explique fort bien.

Comment s'est créée l'aire beleta ? Elle doit être ancienne, si l'on songe qu'elle est antérieure à la pénétration de mwidt dans la région entre Allier et Dore. Pour quelle cause ce mot assez médiocre a-t-il pu supplanter formica, qui semble bien constitué pour la résistance ? Il fallait que ce mot eût subi un accident local. Faut-il admettre que, dans cette contrée, formica ait subi la contamination de for- MOSA, ce qui expliquerait le remplacement par un dérivé de BELLUS à l'époque où, dans la langue, bellus se substitua à FORMOSUsPOn pourrait voir un résidu de ce formosa > *FORMiSA dans le nom de la fourmilière, précisément sur les limites de l'aire beleta^ : frumi^yra au point 814,/f/rmiseri au point 808. Aucune de ces formes ne peut s'expliquer ni traditionnellement par formicaria, ni par Tinfluence du français fourmilière.

Il est à remarquer que la décomposition de la partie occidentale de Taire beleta = « fourmi » a laissé des résidus en dehors des deus îlots de Mirefleurs et de Moissat. Le mot, se trouvant disponible par la substitution de ma:{{e)de >> mwidê, a pu prendre d'autres significations, — ce qui prouve qu'il conservait encore le souvenir de son

I. Dans l'aire beîeta, la fourmilière est toujours désignée par heUteira.

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origine sémantique. Si Ton se reporte à la carte « lézard gris» que nous avons donnée, on verra que beîeta = lézard gris occupe précisément les environs de Mirefleurs. Au sudest, à Saint-Jean-en-Val, béléta désigne la belette blanche, par opposition à mûtyàlâ, belette brune ; mais ici l'influence du français est possible, voire probable. Il faut mettre à part le bêlé^ bélêtâ — 2LiQu\, aïeule, de Vinzelles et environs : car il s'agit ici d'une création directe et indépendante, d'après bel.

Le tipe germanique nous retiendra plus longtens. Notons d'abord qu'il règne sur un territoire beaucoup plus vaste que nous ne le croyions en 1901, puisqu'il englobe, outre les régions que nous avions citées alors, tout l'Allier, la majeure partie de la Loire, le Rhône entier et le sud-ouest de Saône-et-Loire.

Dans une note ajoutée à mon article, Gaston Paris avait émis quelques doutes sur la possibilité d'une racine germanique. J'avais postulé, en effet, un tipe *amaiz-, et mon regretté maître objectait, non sans raison, qu'on ne voyait pas comment une forme de l'ancien haut-allemand, après avoir subi la Lautverschiebung (/ se serait introduite à

cette époque tardive dans le centre de la France et pas ailleurs. Je crois que M. Meyer-Lubke a mis tout le monde d'accord en proposant' un prototipe AMAiTjA,qui convient à merveille pour rendre raison de nos formes romanes. Je suppose, jusqu'à preuve contraire, que la linguistique germanique l'autorise; pour nous, nous n'avons plus rien à objecter.

Tous les exemples que nous possédons de la Creuse, du Cantal, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme (à l'exception

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