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Le hanneton en ancien français et en ancien provençal

Dans la France du nord, le nom du hanneton apparaît

1. Cf. les noms de lieus en -ville en Beauce dans l'ancienne forêt des Carnutes, en -court dans la région lorraine, etc.

2 . De même dans l'extrême nord (Russie du Nord, Finlande), où il n'y a guère que des conifères.

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dès ic XI'' siècle dans le Couronnement de Louis (1058), et revient à diverses reprises dans les textes sous une forme qui était depuis longtemps fixée, avec le radical germanique han-, coq, qu'on ne retrouve dans aucun autre mot français ou roman (preuve de l'antiquité de la formation), et le double suffixe et-on. Le Supplément de Godefroy cite divers exemples, empruntés à un glossaire du XII*' siècle (ms. de Tours), aus sermons de Maurice de Sully, au Psautier de Metz (qui a traduit, civ, 33, bruchus par « bruant ou hainetun »), au Journal d'un bourgeois de Paris (1445). Ajoutons que le tribunal ecclésiastique de Lausanne, en 1479, avait condamné les mans (vers blancs) au bannissement et rappelons surtout qu'au moyen âge, dans le nord de la France, les enlumineurs de manuscrits ont reproduit le hanneton, dans les encadrements de leurs miniatures, avec la plus grande fidélité et une perfection qui font l'admiration des entomologistes contemporains.

Si nous passons maintenant dans le midi de la France, nous nous trouvons en présence de faits tout différents. Demandez à un provençaliste comment se disait hanneton dans l'ancienne langue d'oc : tout ce qu'il pourra vous répondre, c'est qu'il ne devait y avoir que des termes régionaus qui, pour la plupart, ne nous sont pas attestés dans les textes. Il est certain que l'insecte était beaucoup moins répandu dans le midi que dans le nord de la France : dans le foyer intellectuel du pays, la Provence, il était, comme il est encore, presque absent.

Aussi n'est-ce pas un hasard si bertau, le seul nom autentique du hanneton en ancien provençal^ apparaît d'abord chez deus troubadours du midi occidental :

1 . D'après Maurice Girard, Les mètatiiorphoscs des insectes (Paris, 1884), p. 81.

REVUE DE FILOLOGIE FRANÇAISE

Marcabru, de Guyenne, et Guiraut de Borneil, d'Excideuil en Limousin ; on en trouve un autre chez Rambaud de Vaqueiras. Ces exemples ont été réunis par M. O. Schultz dans une intéressante étude, à laquelle je renvoie * : le sens de hanneton n'est pas partout assuré,, mais il est très vraisemblable, en dehors d'un des trois exemples de Marcabru où bertau est employé adjectivement avec la signification « malheureus ». M. Schultz a judicieusement rattaché le mot au nom de personne Bertiuàld, étimologie enregistrée par M. Meyer-Lûbke dans son Dictionnaire étimologique (^10^ y); il a montré que la disparition de la dentale finale n'était pas sans exemple au sud de la Gaule, pour des noms de cette nature. Il s'est demandé si le nom commun s'appliquait d'abord à un homme ou à un animal. La première hipotèse, — appuyée sur bertau, malheureus (ou pauvre hère), en provençal, et sur les « petits rois bertaux » en firançais ^ — semble bien la plus vraisemblable. M. Suchier ^ y a joint des exemples français et provençaus de bertau{d), étourdi, qui rendent fort clair le passage à « hanneton » (il explique en outre par « fou téméraire » (?) le bertau de Guiraut de Borneil, qui n'est pas très clair). Bertau aurait donc été à l'origine un surnom, — l'étourdi, le fou, — tiré d'un nom propre (cf. « un jacque ») et spécialisé peu à peu pour désigner le hanneton.

Il est curieus, en tout cas, qu'en provençal comme en français ce ^oit.à un mot d'origine germanique qu'on ait fait appel pour la première appellation connue du hanneton.

1. Zcilschrijl fur roniiiuische Philologie, XVIIl (1894), p. 136-7.

2. Mémoires de Nevers, II, 41, d'après Lacume de Sainte-Palaye.

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