‹ Essais de géographie linguistiqueChapitre 45 sur 67 · Romanisclh's elytnologiscJjes IVarterbuch, v" bruchus · texte numérisé non relu

Romanisclh's elytnologiscJjes IVarterbuch, v" bruchus

3. J'ai eu la curiosité de savoir comment le mot avait été traduit

n'est possible : le hanneton ne vit pas clans l'herbe et ne mange pas le foin.

Le baron Walkenaer' a émis l'hipotèse que la spondyJe d'Aristote et de Pline — « insecte inconnu », disent les dictionnaires, — et qu'il ne faut pas confondre avec le spondylus, mollusque, était le ver blanc, larve du hanneton : fût-il prouvé, le fait ne nous intéresserait pas, car en aucun pays le peuple n'a jamais établi de relations entre le ver blanc et le hanneton, pas plus qu'entre le papillon et la chenille, jusqu'à l'époque toute récente où l'école s'est efforcée de le lui apprendre. Par contre la frase suivante du vieil entomologiste mérite d'être relevée : « On ignore si les Latins donnaient à cet insecte adulte un nom particulier, ou s'ils le désignaient parles noms généraus de scarabaeus, de cantharis, si souvent employés par eus pour désigner toutes sortes de coléoptères. »

C'est cette dernière hipotèse qui doit être admise. Et l'histoire naturelle vient en donner l'explication ^ A l'époque romaine, le hanneton vulgaire {meloloritha viilgaris) était un insecte peu commun dans le monde latin : c'est pour cette raison qu'il n'avait pas reçu de désignation spéciale, pas plus que les centaines de genres de coléoptères que l'entomologiste moderne différencie

dans les psautiers provençaus et catalans signalés dans la Romauia (XVII, 353, et XIX, 527 et suiv.). Dans le premier A/^?/., fr. 2434), hruchustsi traduit par emora, chenille (e vcnc lagosta e eniga. . .) ; dans le segond (/(/., esp. 5), le mot latin a été simplement démarqué (e vench la Jeguostra e bruscha). A rapprocher du premier exemple le tait que bruchus, qui n'a vécu qu'en Italie, y a passé au sens de « chenille » (bnico), peut-être sous l'influence d'enica .

1. D.ins ses Recherches stir les insectes nuisibles à la vigne connus des anciens et des modernes, partie, Paris, 1836.

2. Je tiens à remercier ici un savant entomologiste du Muséum, ' M. Kùnckel d'Herculaïs, qui m'a fourni d'utiles renseignements.

REVUE DE FILOLOGIE FRANÇAISE

et analise, mais que le peuple n'éprouve pas le besoin de distinguer dans son langage.

« La grande multiplication du hanneton vulgaire, m'écrit M. Kûnckel d'Herculaïs, est le résultat du défrichement des immenses forêts qui couvraient la Gaule. » En effet, si le hanneton adulte se nourrit de feuilles d'arbres, sa larve vit dans un terrain meuble et ne se plaît pas à l'intérieur des forêts, mais dans les clairières et surtout sur leurs lisières. Le défrichement de la Gaule septentrionale et centrale, commencé à l'époque romaine et effectué en grande partie sous les Mérovingiens % devait forcément favoriser la multiplication de cet insecte. Il se pourrait aussi que ce coléoptère fût venu de l'est, de Germanie, à cette époque.

Mais le hanneton vulgaire n'a jamais pénétré en abondance dans la région méditerranéenne, dont les essences d'arbres (pins, oliviers, etc.) ne convenaient pas à sa nourriture ^. • A l'heure actuelle, s'il est très répandu dans toute l'Europe centrale et occidentale — Autriche, Allemagne, Suisse, Italie du Nord, France centrale et septentrionale, Angleterre, — il est rare en Espagne, en bas Languedoc et en Provence, dans l'Italie du centre et du sud ; on le trouve dans les Balkans, mais peu ou point en Grèce. Cette répartition n'a dû guère se modifier depuis le moyen âge.

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