I. Faune populaire
9é ftEVÙÊ DE FlLdLOÔÎE tRÂKÇAÎSË
kâkîvan^ kàk(vJ)èr . . . occupe la Lotraine, la Franche-Comté et la majeure partie de la Suisse romande; il devait jadis tenir toute la Bourgogne et une partie de la Champagne, où il a été récemment dépossédé par hanneton ' ; il règne encore sur la majeure partie du Nivernais, du Bourbonnais, la Saône-et-Loire ; des formes plus ou moins altérées se retrouvent sporadiquement dans la région- savoyarde (966) % dans le Rhône l'Isère, la Drôme et
l'Ardèche (827, 837, 920) \
La basse Limagne était le prolongement naturel de cette vaste zone, qui a été coupée par les importations ou formations néologiques du Forez, et qui devait même s'étendre beaucoup plus loin : M. Costille, instituteur à Royat, m'a certifié en 191 5 l'existence de kàkàlyo, hanneton, dans la région immédiatement à l'ouest des Monts Dore, où je ne l'ai pas trouvé, et M. le D"^ Queyrat a signalé kekhid à M. Antoine Thomas comme creusois, sans pouvoir spécifier la localité. C'est incontestablement un mot de l'Est', qui a gagné le Plateau Central, et qui, avant hanneton, a descendu la vallée du Rhône où il s'est altéré en coucouèro^ coucouro : sous cette forme. Mistral l'enregistre comme désignant la variété blanchâtre du hanneton, dont nous reparlerons. Les formes que j'ai relevées dans la basse Limagne sont : kàkàyd à Bulhon (comme à Thiers, 806 de V Atlas); kôkàyd à Saint-Remy-sur- Durolle et Beauregard-l'Evêque ; kôkàyd à Charbonnières les- Vieilles ; kèkàlâ à Randan, Saint-Denis-Combarnazat,
I . C'est sous l'influence de l'ancien Icùkiuèr que Ijaunclon a été altéré en lcentô{\ 10, etc) dans l'Aube et le nord de la Haute-Marne.
2. La Diclionnain' Savoyard de Constantin et Désormaux donne caucwére, ver blanc, pour la région d'Annecy .
3 . Jaubert enregistrait auicoirc et cancoucllc, hanneton, qui semblent disparus aujourd'hui dans le Berry.
ESSAIS I)K (il'xXiKAI IK I.INCiUlS'lIOUK 97
Thuret, Aigueperse, Conibronde (et kèkàiti); lychido à Mezel, tyèkolo à Lussat, Irèkàlù à Montferrand ; — en résumé, les deus tipes cancalha et cancala, avec variante â-è-ô pour la nasale, et forte altération de l'initiale à Montferrand. V Atlas a relevé kàkèlo à 809 (Ambert), où Michalias, le félibre ambertois, ne connaissait que « meunier ».
Ce mot a été fort altéré, comme le témoignent, outre les variantes auvergnates, de nombreuses formes de ï Atlas (par ex. kwèkway 74, karhuey 52, knkwânê 972, etc.). Pour son étimologie et son origine, je me rallie à l'ingénieuse hipotèse de Nizier du Puitspelu, qui, dans le Supplément de son Dictionnaire étimologique du patois lyonnais, le rattache au genevois quinquerne, vielle (par extension : rabâcheuse), lequel descent en droite ligne de l'ancien français guiterne, altéré déjà dans l'ancienne langue en guinterm\ puis qninterne \ L'ancien forézien et lyonnais a cancorna, hanneton (et radoteuse, à Lyon), visiblement influencé par « corne ». En s'étendant vers le nord, le mot a perdu ou ' amuï son r (tipe kàkwau, influence de « cancanner ») et plus souvent a laissé tomber son // (tipe kàkwer). Les formes les plus altérées sont celles d'Auvergne, visiblement influencées par « quincaille », et celles des Vosges où la finale -n'èr a passé à -luèl. La métafore « vielle = hanneton » est très expressive pour désigner un insecte qui bourdonne ; on comprent qu'elle ait eu du succès, et qu'elle ait en partie - submergé au nord l'ancienne aire « hanneton » — jusqu'au jour
1 . Godefroy cite un exemple de i^uifiierne (Bonivard, Ad. et Jev. des lLiiio\,éd. 1858) et de quintcnie (Clef d'amour, p. 98, Tross.). Aucun exemple, pas plus que chez Lacurne, du prétendu « vieus français ùincoile» cité par Mistral, et qui paraît n'être qu'une hipotèse au moins téméraire.
2. Notamment en Lorraine et en Champagne. (Cf. l'exemple, cité plus haut, du Psaulier de Met^.)
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OÙ elle n'a plus été comprise, à la suite de ses déformations et de la disparition du mot au sens propre. Cest donc une formation franco-provençale, spécialement V lyonnaise-genevoise, qui avait reflué jadis en Auvergne avec beaucoup d'autres mots lyonnais % et qui, aujourd'hui, est presque eff"acée dans son ancien foyer de rayonnement. — La forme creusoise kekerlo est précieuse, car elle est moins défigurée et plus voisine du tipe originaire que les variantes auvergnates.
En ce qui concerne la basse Auvergne, cancalha arrivant du Nord-Est i a rencontré hertau, formation ' venue antérieurement du Sud-Ouest, et l'a disloqué. Sur la lisière de ces deus aires se sont développées des créations régionales et locales.
La plus ancienne a été ultérieurement morcelée par d'autres poussées ; mais ses débris actuels permettent de supputer son étendue primitive. C'est l'aire du « ronfle » ou « ronfleur ». Le substantif verbal nifè couvre l'extrême nord-ouest : Chambon, Eontanières (communication de M. A. Thomas); les variantes rufu (702) et rufl (601) ont été relevées dans la même région par l'Atlas. D'autres vestiges de la même aire se retrouvent à Châteauneuf-les- B'ains et à Saint-Georges-sur-Allier (n//<*), et, plus au sud, sur un petit territoire un peu plus étendu sous la double forme rnfè (Parentignat) et rnfâihi à Orsonnette, Auzat, Lamontgie, Bansat, Vinzelles, Chargnat.
Au sud-est, la même idée a donné lieu à une création analogue, du tipe brcm:(^l{n), substantif verbal de bron:^inar'^ hrôjènà qui signifie « bruire » dans toute la région : j'ai relevé hrôjù à Saint-Etienne-su r-Usson, où il est en voie
I . J'ai cité le fr. régional Jarmuse au début'de l'étude du lézard ; de même le fr. régional auvergnat fayard (patois fan') \ on a vu aussi que le tipe cavala, jument, est venu de Lyon.
KSSAIS DE GÉOGRAl'It: LINGUISTIQUl-
de disparition, et à Doranges; brôjè à Ariane et aus environs (Beurrières, Tomvic, etc.).
Le morcellement lexical s'est surtout accentué dans la Limagne moyenne, sur la décomposition des aires primitives. La disparition de beriau a peut-être été hâtée, sinon provoquée, par une rencontre homonimique de la finale avec taô > lau ; mais le fait reste douteus, car en bien des patois la diftongue issue de l'hiatus aô ne fusionne pas avec l'ancienne diftongue an ; d'autre part, nous verrons bientôt que km = hanneton est relativement récent aus Martres-de-Veyre Toutefois il est remarquable que la petite aire « taon » = hanneton (les Martres, Mirefleurs) se trouve précisément à proximité du dernier résidu de hertaii (Authezat). Dans cette aire et au delà (Cournon, etc.) le taon est confondu sémantiquement avec la mouche.
Une raison spéciale n'est d'ailleurs pas nécessaire pour expliquer comment le hanneton a été désigné par un autre nom d'insecte. Sans doute fliut-il que berlaii ait «été d'abord dans un état d'infériorité, soit par télescopage homonimique, soit tout simplement parce que la rencontre de plusieurs mots sur un territoire donné — en l'espèce beitau affronté par quencala, puis, on va le voir, par le parisien hanneton — flivorise l'éclosion de tipes nouveaus plus expressifs. Ceci posé, il est tout simple que les patois aient eu recours à des succédanés, à des noms d'insectes plus ou moins voisins. Le paysan n'y regarde pas de si près, et les multiples substituts du hanneton nous montreront qu'il est inutile de chercher midi à quatorze heures pour expliquer les permutations fréquentes entre les noms d'animaus.
I . Enfin le hanneton est appelé « taon » dans bien d'autres régions. (Cf. Atlas, 779, 851, 853, 876, etc.)
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Voilà d'abord la cétoine dorée, appelée « sourde » dans toute la région : surdâ devient le hanneton à îssoire et au Broc. — Voici, trois fois sous deus formes différentes, la cigale ' : Uêgolô à Joze, £èbà (m.) à Aubière, €ègàlâ à Saint- Martin-des-Plains. La cigale s'appelait jadis febd f. (dérivé €éba), forme que j'ai relevée notamment aus Martres, acception métaforique de ceba, ognon, qui, au sens primitif, a disparu très anciennement devant inhô ; de nos jours, le français « cigale » a été patoisé et a fait peu à peu disparaître cèbô. Cet Insecte étant rare dans la région — on ne le voit que par certains étés très chauds, et seulement près de l'Allier — le mot correspont chez les paysans à un concept assez vague Çsèbd est devenu « sauterelle » à Cournon); il était, par suite, tout désigné pour servir de substitut à un terme défaillant. — J'en dirai autant de l'escarbot, dont le nom (èstsavani, étsarbÔ) désigne le hanneton à Singles et au point 714. Le véritable scarabée (genre ateuchus) n'existe pas en Auvergne ; il n'y a que le géotrupe, qui a le surnom imagé de mud^-itrô (fouilleétron) ; les représentants indigènes de la racine scarabaeiis sont devenus à peu près introuvables (itsârâvau, géotrupe, à Saillant).
Tout en étant très commun, le bourdon (comme le frêlon vis-à-vis de la guêpe) ne paraît pas assez individualisé aus yeus du paysan- auvergnat par rapport à l'abeille pour mériter une appellation spéciale. Son viens nom de bèrgaii, relevé par Y Atlas en de nombreus points, surtout dans la région limousine, a disparu presque partout en Auvergne. Plus ou moins altéré, parfois pourvu d'un suffixe, le terme a été gardé, pour désigner le hanneton, par Châteaugay Çburgô ^) et, dans une autre région, par