La chanson d'Amiens, II
Blow, blow, thou wintcr wind, Thou art not so unkind
SHAKESPEARE
ouvre, avec un sourire où il y a une larme, la période sombre de Shakespeare, la période d'angoisse.
Acte II (1601-1608). Le monde n'a pas tenu ses promesses. Un voile sombre plane désormais sur les créations du poète : Jules César, Hamlet, Mesure pour mesure, Troïlus, Othello, Le Roi Lear, Mâcbeth, Antoine, Coriolan, Timon. Le bien existe, mais c'est le mal qui triomphe : trois ivrognes maîtres du monde et Brutus mourant désespéré1; les Desdémona périssant sous les Iago et les Gordélia sous les Goneril2; des vertus vides et incertaines qui croulent au premier choc de la passion, le patriotisme s'évaporant à la première piqûre de la vanité, et des austérités puritaines au fond desquelles dort l'enfer3; l'amour trompeur comme le reste et devenu une école du mépris; — fragilité, ton nom est femme4! — Dans les six ou sept années de cette période, Shakespeare lance sur la scène une ménagerie de bêtes fauves ou de monstres splendides, tels que nulle imagination humaine n'en avait en trevus avant lui, Iago et Edmond, Angelo et Mac- As man's ingratitude ; Thy tooth is nol so keen, etc.