Scène ri. — Lady Macbeth entre dans la chambre
que Macbeth vient de quitter. Elle a enivré les deux chambellans du roi, ils dorment d'un sommeil de mort; elle a tiré leur poignard, car c'est avec ce poignard que Macbeth doit frapper pour que le soupçon du crime retombe sur eux. Elle aurait fait le coup elle-même, n'était que Duncan endormi ressemblait à son père. Macbeth crie de l'intérieur : « Qui est là? » Elle frémit. « Hélas! Ils se seront réveillés. Tout est perdu. » Non. Macbeth reparaît, tremblant, égaré, mais du sang sur la main. Ils s'étaient bien réveillés, l'un riant dans son sommeil, l'autre criant Au meurtre/ Ils ont dit leurs prières, l'un « Que Dieu nous bénisse! » l'autre « Amen! » et se sont rendormis. Et lui, Macbeth, il voulait répéter cet Amen : pourquoi donc n'a-t-il pu? Pourquoi lui est-il resté enfoncé dans la gorge? Il avait pourtant bien besoin de bénédiction. Il entendait une voix qui criait : « Macbeth a égorgé le sommeil, plus de sommeil! Glamis ne dormira plus; Cawdor, Macbeth ne dormira plus. »
Il a rapporté les poignards, il faut les reporter là-bas et barbouiller de sang les deux chambellans. Il n'ose pas ; il ne peut supporter l'idée de ce qu'il a fait : comment, le spectacle ? Elle ira pour lui.
On frappe, il tressaille. Comment se fait-il donc à présent que le moindre bruit le fait pâlir? Il regarde ses mains : oh ! tout l'Océan passerait dessus sans les laver, elles teindraient d'incarnat les vagues infinies des mers.
MACBETH
Lady Macbeth revient, elle atout arrangé. Allons! un peu d'eau ! une goutte d'eau nous lavera de tout cela. On frappe encore ; qu'il mette sa robe de nuit pour n'être pas surpris. Mais il reste perdu dans ses pensées : « Oh ! si ces coups pouvaient réveiller Duncan ! »
Scène ni. — Le portier, à demi endormi, va ouvrir, en radotant des folies. C'est le thane de Fife, Macduff, qui a reçu l'ordre de se présenter de bonne heure chez le roi, pour affaire. Macbeth le reçoit et le conduit à la porte du roi. Tout à coup Macduff reparaît : horreur ! meurtre et trahison ! Sonnez le tocsin ! Réveillez-vous, Banquo, Donalbain, Malcolm !
Tous accourent, lady Macbeth elle-même. Macbeth et Lennox se précipitent dans la chambre du roi, Macbeth revient accablé. lia vécu trop d'une heure, il n'y a plus rien pour lui dans la vie. Mais dans l'emportement de la colère il a tué les deux chambellans du roi, barbouillés d'un sang qui prouve leur crime ; il regrette sa précipitation, mais il est trop tard. Lady Macbeth s'évanouit.
Les deux fils du roi, Malcolm et Donalbain, sont demeurés silencieux. Il ne leur reste qu'à s'enfuir : ils sentent le meurtre qui les guette, caché dans le trou des murs; il y a des poignards dans le sourire des hommes. Pour diviser le danger, ils s'enfuient, Donalbain en Irlande, l'aîné, Malcolm, en Angleterre.
Scène iv. — Devant le château. Rosse et un ermite causent des événements qui viennent de se passer. Troubles dans le ciel et sur terre ; orages et prodiges. Macduff sort du château : Duncan, paraît-il, a été assassiné par deux de ses serviteurs, subornés par ses fils qui se sont enfuis. Macbeth est déjà proclamé roi et il est parti à Scone pour se faire sacrer. Rosse s'y rend pour assister à la fête; Macduff ne veut pas en être : il rentre à Fife : puisse le nouveau règne ne pas faire regretter l'ancien !
Acte III. Scène i. — A Forres, la capitale, dans le palais. Banquo seul. — Glamis, Gawdor, roi : les sorcières ont dit vrai, et il est à craindre que Macbeth n'y ait aidé. Mais, vraies pour Macbeth, leurs prophéties seraient-elles fausses pour lui, Banquo? Une lignée royale sortirait-elle donc de lui un jour?
Macbeth, la reine et sa suite entrent. Compliments du roi et de la reine à Banquo. Grand festin ce soir ; il en sera l'ornement. Mais Banquo doit s'absenter, il ne sera de retour que tard ; Macbeth s'informe avec intérêt de l'heure et si son fils l'accompagne. Banquo se retire. Macbeth ordonne de faire entrer les hommes qu'il attend.
Macbeth songe : régner n'est rien, mais régner en sûreté. Banquo est brave, de nature royale ; c'est le seul homme que Macbeth craigne, son génie tremble devant le sien. C'est à la race de Banquo que les
MACBETH
sorcières ont promis le trône ; à lui, Macbeth, rien qu'une couronne sans fruits, un sceptre stérile. C'est donc pour la postérité de Banquo qu'il a souillé son âme, empoisonné sa paix, livré au démon le joyau éternel de son âme! pour faire des rois de la progéniture de Banquo !
Les gens qu'il a fait appeler entrent. Ce sont deux soldats de Banquo qui ont manqué leur fortune et prêts à tout pour se venger ou pour s'avancer. Il leur persuade que c'est Banquo qui est la cause de leurs échecs : sont-ils des chrétiens à prier pour qui les perd, ou sont-ils des hommes ? Ils se mettent aux ordres de Macbeth, il leur indique leur tâche.
Scène n. — Lady Macbeth a atteint son but, elle est reine ; pourquoi donc Macbeth reste-t-il soucieux et morne? A quoi bon obtenir son vœu, si le contentement ne suit? Autant vaut le sort de la victime si le crime ne cède qu'une joie incertaine. Qu'il oublie l'irréparable : ce qui est fait est fait.
Elle le croit plongé dans la vision du passé : c'est le spectre de l'avenir qui le tient éveillé. « Plutôt le cadre de l'univers éclater que de continuer à manger le pain de la peur et passer ses nuits dans l'horreur des rêves qui les ébranlent ! Banquo vit, et son fils Fleance ; mais ils ne sont pas invulnérables : avant que la chauve-souris revienne frapper de son vol nocturne le mur des couvents, une chose terrible
sera accomplie. Qu'elle n'essaye pas de pénétrer le secret : elle n'aura qu'à applaudir, sans les inquiétudes du crime. »
Scène m. — Banquo et Fleance reviennent ; près du palais, trois meurtriers les assaillent: Banquo meurt, Fleance échappe.
Scène iv. — Au palais de Macbeth : banquet ; lady Macbeth préside ; Macbeth va prendre place au milieu de ses thanes. Un des meurtriers paraît à la porte : Banquo est mort; Macbeth éclate de joie ; mais Fleance est échappé : le voilà de nouveau emprisonné dans la peur et l'angoisse. La reine le rappelle à ses devoirs d'hôte: il se remet et, se dirigeant vers sa place, salue ses nobles : «Pourquoi Banquo n'est-il pas là? La fête est incomplète sans lui. » A l'instant, un spectre sanglant, invisible pour tous, sauf Macbeth, marche à son siège. « Tu ne peux pas dire que c'est moi qui l'ai fait, s'écrie Macbeth, hors de lui. Si le charnier nous rend ses morts, il faudra donc prendre le ventre des vautours pour sépulcre. Autrefois, quand on vous brisait le crâne d'un homme, il mourait et c'était fini ; à présent, voilà qu'ils reviennent, avec vingt blessures au front, vous chasser de vos sièges. » Le spectre disparaît, la reine excuse le roi à ses hôtes : il est sujet à des accès ; ne pas y prêter attention. Lui-même revient à lui, s'excuse, boit à la santé de tous ses hôtes, en
MACBETH
particulier de Banquo, le cher absent qu'on regrette. Banquo évoqué reparaît : «Arrière, ombre horrible ! Oh ! comment pouvez-vous regarder ces choses sans que le rubis de vos lèvres en pâlisse ? » La reine congédie en hâte les invités consternés. Elle reste seule avec lui. La pensée de Macbeth s'enfonce de plus en plus en avant dans les calculs de sa terreur. Il ira le lendemain, de bonne heure, consulter les sorcières. Le sang appelle le sang. Macduff n'a-t-il pas refusé de se rendre à l'invitation du roi? Il faudra que tout cède : il est trop avant dans le crime pour reculer ; revenir sur ses pas serait aussi long que traverser le torrent. Des choses étranges germent dans sa tête, qui doivent passer à l'acte sur l'instant. Leurs peurs sont des peurs de novices : ils sont encore jeunes dans le crime.
Scène v*. — La bruyère : les trois sorcières et Hécate leur maîtresse. Hécate les tance d'avoir trafiqué sans son aveu des choses de mystère avec Macbeth. Il va venir demain ; préparez tout.
Scène vi. - — A Forres. Lennox et un lord, représentant l'opinion publique, causent des événements, d'abord à mots couverts, puis ouvertement.
Gomme Macbeth a pleuré Duncan, Duncan mort! avec quelle rage furieuse il a déchiré les deux
\ . Scène interpolée. Voir pages 129 et suivantes.
meurtriers ! S'il saisissait Malcolm et Donalbain, il leur apprendrait ce que c'est qu'un parricide. De même à Fleance, qui doit être le meurtrier de Banquo, puisqu'il s'est enfui. Pauvre Banquo ! Aussi pourquoi sortir si tard ?
Macduff est disgracié pour avoir refusé de paraître au banquet du roi. Il s'enfuit auprès du roi d'Angleterre, où s'est déjà réfugié Malcolm. Puisse de là venir bientôt la délivrance pour ce pays qui souffre sous une main maudite !
Acte IV. Scène i. — Les trois sorcières, dans une caverne. Elles préparent le chaudron magique d'où doivent s'élever les apparitions. Macbeth entre, les conjure de lui révéler l'avenir. Elles répondent par trois apparitions. D'abord une tête armée (celle de Macbeth) : « Macbeth, défie-toi de Macduff. » — « Tu es l'écho même de ma peur, » s'écrie Macbeth. Puis un enfant sanglant (Macduff) : « Macbeth, ne crains personne : nul ne peut te nuire qui est né de femme.» — « Allons, Macduff pourra vivre ! Mais non, il faut qu'il meure, pour forcer la fidélité du destin, et pour que Macbeth puisse dire à la peur qu'elle ment, et dormir en dépit du tonnerre. » — Troisième apparition : un enfant couronné, un arbre à la main (Malcolm) : « Ne crains rien ! Tu ne seras jamais vaincu, jusqu'au jour où le bois de Birnam marchera contre la colline de Dunsinane. » Macbeth tressaille de joie: qui pourra enrôler la forêt ? Si les
MACBETH
victimes ne se révoltent pas avant ce moment-là dans la tombe, il pourra vivre le bail de la nature. Reste un dernier souci qui l'inquiète : la race de Banquo doit-elle régner ? L'ombre de Banquo passe devant lui, puis huit ombres de rois, le dernier un miroir à la main où une file de rois se prolonge à l'infini. C'est clone vrai! Ils régneront ! Maudite soit cette heure à jamais !
Qu'est-ce, ce galop de chevaux? Des messagers annonçant que Macduff s'est enfui en Angleterre. — Macduff en fuite ! Le temps a prévenu la main de Macbeth. Dès cette heure, il faut que l'action marche de front avec la pensée et que le nouveau-né du cœur soit le nouveau-né de la main. Surprendre le château de Macduff, saisir Fife , tout égorger, femme, enfants, tout ce qui touche à Macduff.
Scène n. — Fife, au château de Macduff. Lady Macduff, abandonnée, apprend la fuite de son mari; elle s'emporte contre lui, l'insulte avec amertume, plaint son petit enfant, qui l'interroge et, dans son innocence, joue avec la douleur de sa mère. Les meurtriers viennent : où est Macduff ? L'épouse se réveille dans les faiblesses de la femme : «En nul lieu si profane, j'espère, où tel que toi puisse le rencontrer..» — « C'est un traître ! » crie un des assassins. — « Tu mens ! » crie l'enfant : l'homme égorge l'enfant, qui meurt en criant : « Sauve-toi, ma mère ! »