‹ Essais de littérature anglaiseChapitre 4 sur 122 · FAITS CONNUS DE LA VIE DE SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

FAITS CONNUS DE LA VIE DE SHAKESPEARE

Quelques traditions incertaines et tardives, quelques allusions dans les contemporains, quelques dates dans des registres de paroisses : voilà tout ce que l'on a pu recueillir sur la vie du plus grand des poètes modernes1.

William Shakespeare 2 naquit dans les premiers jours de mai 1564, dans le comté de Warwick, à Stratford sur Avon. Son père, John Shakespeare,

1. « Ail that isknown, with any degree of certainty, concerning Shakespeare is that he was born at Stratford-upon- Avon, married, and had children there; went to London, where he comme nced actor, and wrote poems and plays ; returned to Stratford, made his will, died, and was buried. » (Steevens).

2. L'orthographe véritable est Shakspere ; c'est ainsi que le poète signait. La prononciation semble avoir été Shaksper. Mais il faut lui laisser le nom sous lequel il vit aujourd'hui.

était un des gros personnages de la petite ville ; c'était un riche fermier, plusieurs fois honore des fonctions publiques, dégustateur juré de la ville, constable, alderman, enfin haut bailli. Sa fortune remontait au temps du roi Henri VII, qui, après son usurpation, avait récompensé en biens confisqués le dévouement du grand-père de Shakespeare.

Il avait épousé en 1557 Mary Arclen, riche héritière, qui appartenait à la plus ancienne gentry du comté, petite-fille d'un valet de chambre de Henri VII. Il en eut six enfants dont les deux premiers moururent en bas âge : le troisième fut William.

Il y avait à Stratford une grammar school, quelque chose comme nos lycées ; William y apprit sans doute le latin1 et peut-être quelques bribes de grec. « Il savait, nous dit son confrère Ben Jonson, peu de latin, encore moins de grec. » Le témoignage est suspect2, venant du plus érudit, sinon du plus pédant des poètes du siècle. On voit dans ses pièces et ses poèmes descriptifs qu'il retint de ses études classiques le goût et le sentiment de l'antiquité, qu'il étudia plus tard par l'intermédiaire de tra-

1. Il semble mettre en scène ses souvenirs personnels d'écolier dans la leçon de latin du pauvre petit William, dans les Joyeuses Commères (IV, 1.)

2. D'autant plus qu'il s'agit de rehausser par cette ignorance le génie naturel de Shakespeare:

And though thou hadst small Latin and less Greek...

SHAKESPEARE

ductions anglaises i. Ce n'était pas un sckolar, mais encore moins un illettré.

Plus tard, probablement à Londres, il recueillit quelques bribes de français, — il en a laissé quelques preuves regrettables dans Henri V, — et peutêtre d'italien et d'espagnol. Une école où il apprit autant qu'à la grammar school, c'est la campagne du Warwickshire, le jardin de l'Angleterre. Shakespeare est le poète dramatique du siècle dont l'œuvre offre au plus haut degré, sinon le sentiment de la nature au sens moderne du mot — sentiment complexe, fort mal nommé, et où il y a au moins aiitant de réflexion et de retour sur l'homme que d'impressions instinctives — du moins l'amour de la nature même, de la campagne, de sa fraîcheur et de ses beautés.

L'on aimait le théâtre à Stratford : en 1573, la troupe clu comte de Leicester vient y jouer; en 1574, c'est la troupe du comte de Warwick et celle du comte de Worcester ; le fils du riche fermier était sans doute aux meilleures places. Il put voir jouer à Goventry, à quatre ou cinq lieues de Stratford, les derniers mystères du moyen âge qui s'y étaient joués pendant des siècles2.

\ . 11 emploie souvent les mots d'origine latine dans leur sens étymologique; il dit : the continents of rivers, au sens de containing banks; quantity, au sens de value (Dowden, 1. 1. p. 15); cf. continent impediments [Macbeth, IV, 3, 66).

2. Il ridiculise le jeu des acteurs de mystères dans Hamlet (III, 2), et en homme qui lésa vus.

Mais les mauvais jours venaient : en 1579, l'ancien alderman ne peut payer ses taxes ; six ans plus tard il est saisi pour dettes, mais on ne trouve rien à saisir; en 1587, il est en prison pour dettes. L'enfant dut quitter l'école : une tradition douteuse le fait quelque temps apprenti boucher ; une autre, clerc dans un office d'attorney; une autre, maître d'école dans la campagne; à dix-neuf ans on le trouve marié à Anne Hathaway, âgée de huit ans de plus que lui (nov. 1582). Il a une fille, Suzanne, en 1583, et, en 1585, deux jumeaux, Hamnet et Judith. Ici on perd sa trace : on ne le retrouve qu'à sept ans de là, en 1592, à Londres, et déjà célèbre. Le besoin, joint au goût du théâtre, l'avait sans doute décidé à aller chercher fortune sur la grande scène de Londres auprès de ces comédiens qu'il avait applaudis à Stratford, et auprès de ses pays, les Burbage.

Son départ, si Ton en croit la légende1, n'était d'ailleurs pas tout à fait volontaire. En compagnie de quelques amis à tête légère, il aurait pris la liberté d'aller en chasse, sans demander la permission du propriétaire, sur les terres de sir Thomas Lucy, de Gharlecote, près Stratford, membre du Parlement, qui venait précisément de présenter un bill pour la protection du gibier. Shakespeare, pour- û suivi et condamné, s'en serait vengé par une satire

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