‹ Essais de littérature anglaiseChapitre 63 sur 122 · LE VRAI MACBETH. — FORMATION DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

LE VRAI MACBETH. — FORMATION DE LA LÉGENDE

Peu importe pour comprendre le Macbeth de Shakespeare ce que fut le vrai Macbeth, puisque le poète n'a connu que celui de la légende. Mais il est intéressant de voir comment l'illusion du génie transforme l'histoire sans appel. Elle pourra dire tout ce qu'elle voudra, la pauvre histoire, tant qu'il y aura une littérature européenne, tant que la tradition du génie vivra, Macbeth restera, de par Shakespeare, un des types sinistres de l'humanité, une des figures du groupe maudit dont Caïn fut la première.

Dans les chroniques les plus anciennes, presque contemporaines des événements, Macbeth est arrivé au trône par le meurtre, à la façon du moyen âge, mais non par la trahison ; ce n'est pas un assassin qui égorge un parent et un hôte sous son toit, c'est un ennemi qui fait périr son rival dans la lutte ; devenu roi, il se montre digne du trône, et son règne

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est pour TÉcosse une ère d'ordre et de prospérité.

Le roi d'Ecosse, Malcolm (1004-1034), avait altéré l'ancienne loi de succession qui, à la mort du roi, transférait le pouvoir au membre le plus âgé ou le plus capable de la famille royale, et il avait établi la loi d'hérédité directe. Il avait deux filles, dont l'une épousa Crinan, abbé lai de Dunkeld, l'autre le Norvégien Sigurd, comte des îles Orkney. Elles eurent chacune un fils ; la première, Duncan, qui succéda à son grand-père sur le trône d'Ecosse ; l'autre , Thorfinn, qui succéda à son père dans le comté des îles Orkney, mais réclama à Duncan la moitié du royaume, au nom des droits de sa mère. La guerre éclata entre les deux cousins. Tandis que Thorfinn était engagé avec ses Norvégiens dans une expédition contre les Anglais, Duncan s'avança dans le nord de l'Ecosse jusqu'au district de Moray ; mais là, il fut attaqué près d'Elgin par un allié de Thorfinn, Macbeth, maormor1 semi-indépendant de Moray, et il fut battu et tué à Bothgovanan2 en l'an 1040.

1. « Grand May or, » grand maire ou grand bailli. Le district de Moray ou Moravia comprenait le bassin du Firth de Moray : Elgin, Nairn, le nord d'Inverness et l'est de Ross. Le roi d'Écosse ne régnait réellement que sur le pays qui s'étend du Firth of Fortb jusqu'à la Spey : Fife, Perth, Forfar, Kincardine, Aberdeen, Banff.

2. « Bothgovanan signifie « la boutique du forgeron »; « sous ce mot se cache peut-être quelque vieille traditioD « oubliée sur les circonstances réelles du meurtre de Duncan.

Macbeth, outre l'ambition, avait des motifs de vengeance à double titre, d'abord pour lui-même, puis pour sa femme. Il était fils de Finleg, maormor de Ross, qui avait été vaincu et tué par Malcolm, le grand-père de Duncan, en 1020. Sa femme Gruoch, veuve du maormor de Moray, Gilcomgain, avait trois vendettas contre la race de Malcolm : son premier mari avait été brûlé dans son château ; son frère unique avait été assassiné ; enfin, son grand-père, Kenneth IV, roi d'Écosse, avait été détrôné et tué dans la bataille de Monivaird par Malcolm : mais, en mourant, il avait transmis ses droits à sa petite-fille. Macbeth, par sa femme, pouvait donc légitimement prétendre au trône d'Ecosse, et nul lien, ni de parenté, ni d'honneur, ne l'attachait à Duncan.

Macbeth, une fois Duncan mort, se fît aisément reconnaître roi d'Ecosse. Les fils de Duncan s'enfuirent, l'un en Angleterre, l'autre aux Hébrides. Macbeth régna en paix dix-huit ans, avec vigueur et succès, dur aux nobles remuants1, mais protecteur du peuple et de l'Eglise, et ses offrandes allèrent jusqu'à Rome chercher les pauvres 2.

« L'image d'un roi abandonné, d'un fugitif aux abois, passe « devant les yeux, — le moulin de Beaton, la mort de Jac- « ques III. » (Robertson, Scotland under lier early Kings» cité dans l'édition Clark et Wright.)

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