MACBETH EN FRANGE
Macbeth parut dès 1746 dans la traduction partielle de Shakespeare par Delaplace, en 1778 dans la traduction complète de Letourneur.
Il y avait alors, en dehors du monde des philosophes et des gens de lettres de profession, un homme d'une originalité de caractère rare, et qui n'était point de son siècle. Chrétien en pleine encyclopédie, républicain sous Bonaparte, rompant avec le siècle par sa vie et par ses mœurs, rude et sincère, n'ayant d'autre loi que sa conscience et la vérité, Ducis était digne de comprendre Shakespeare; il crut le comprendre, ne reconnaissant « d'autre poétique que celle de la nature ».Mais il est plus facile de s'affranchir de son siècle par le caractère que par l'esprit: dès qu'il montait sur la scène, il redevenait homme du xviii6. Ayant entrepris d'adapter Macbeth à la scène française (1784), il s'appliqua d abord « à faire dis-
paraître l'impression toujours révoltante de l'horreur, qui eût certainement fait tomber l'ouvrage » : puis « il tâcha d'amener l'âme de son spectateur jusqu'aux derniers degrés cle la terreur tragique, en y mêlant avec art ce qui pouvait la faire supporter ». Cet art consistait à remplacer l'apparition des sorcières par un songe classique, à supprimer Banquo et MacdufF, à faire de Macbeth un excellent homme, qui, à la fin de la pièce, abdique en faveur de Malcolm et se dénonce lui-même, et enfin, plus shakespearien que Shakespeare, à faire punir lady Macbeth (Frédégonde) par elle-même : elle se lève de nuit, dans la scène de somnambulisme, pour tuer Malcolm et poignarde son propre fils. Toute la forte charpente du drame original croule : plus de caractères ; plus rien de ces emportements de passion qui mènent la pièce et expliquent tout: rien n'est plus motivé et l'on se meut dans un monde pâle et de convention. Cependant ce n'est pas impunément qu'on lit Shakespeare: il en reste toujours quelque chose. Çà et là, quelques mots, quelques traits, quelques reflets pâles des grands éclairs, emportaient le spectateur bien loin dans des régions insoupçonnées i. Le petit