‹ Essais de littérature anglaiseChapitre 92 sur 122 · Ibid., 111, xcin-xcviH · texte numérisé non relu

Ibid., 111, xcin-xcviH

LORD BYRON

Cette année de 1816 fut marquée par une activité extraordinaire : la souffrance et la lutte avaient produit leur effet usuel, exaltant le génie quand elles ne le brisent pas. Pour la force de l'expression et de la pensée, il y a loin des deux premiers chants de Childe Harold au troisième; c'est l'œuvre d'un homme mûr et non plus d'un enfant précoce. Toutes les œuvres écrites dans cette période marquent le même caractère de profonde exaltation et de puissance d'expression : le Rêve, autobiographie idéale qu'il arrosa de larmes en l'écrivant; les Ténèbres, la plus puissante vision de la catastrophe finale qu'aucune poésie ait encore produite ; enfin Manfred, le Faust byronien, conçu dans les glaciers de la Yungfrau et sous l'écume des torrents.

Mais l'Italie et son ciel l'attiraient par delà les Alpes. Il passa les monts et de Milan se dirigea par Vérone à Venise, où il s'établit à la fin de 1816 (novembre). Son séjour en Italie ouvre une nouvelle période dans sa vie et dans son style. En guerre déclarée avec son pays et avec la morale anglicane qui l'a chassé, il va s'abandonner de jour en jour plus profondément, et comme par système, au charme de la licence italienne, qui ne répond d'ailleurs que trop à la pente de sa nature. L'année 1817 marque la transition ; il liquide les comptes du premier Byron et de sa misanthropie hautaine et triste avec le dernier acte de Manfred et avec le dernier chant de Childe Harold, né d'une excursion dans

l'Italie centrale (Venise, Ferrare l, Florence, Rome] : en octobre 1817, Beppo inaugure une nouvelle période, et en 1818, il ouvre avec le premier chant de Don Juan sa guerre à outrance contre le cant, contre les lois, contre les mœurs, contre la religion, contre l'hypocrisie et contre la vertu.

Dès cet instant il va promener son héros. à travers toute l'Europe, comme il avait promené Childe Harold, et il ne l'abandonnera qu'à la mort. Il avait promené Childe Harold à travers les ruines des empires et la désolation de sa pensée; 41 promène Don Juan dans la ruine de toutes les croyances humaines et dans l'ironie triomphante de son mépris : René a fait place à Candide. « Je suis plus fait pour la satire que pour la poésie», disait Byron; il est plus vrai de dire que la nature de poésie qui était en lui est de celles qui sont sœurs de la satire : la tristesse sombre de l'âme mécontente du monde et d'elle-même se retourne aisément, aussitôt qu'elle sort d'elle, en ironie ardente, et le sarcasme est la revanche du sanglot. La verve satirique de sa première jeunesse va dès lors déborder à flots jusqu'au bout, interrompue par instants par des reprises de l'ancien accès.

Au printemps de 1819, au milieu des plaisirs vulgaires où il était plongé à Venise, un attachement plus élevé, le seul réel qu'il ait connu dans sa vie,

1 . 11 va à Ferrare visiter le cachot du Tasse et en rapporte la Lamentation du Tnssr (avril 1817).

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vint le relever à ses propres yeux. Lancé par la comtesse de Guiccioli dans le mouvement révolutionnaire de l'Italie, il eut pour la première fois un but à sa vie. Dans la Prophétie du Dante1, il est le prophète de la liberté italienne en même temps que le chantre plaintif de sa propre destinée. Il aborde le théâtre alors, avec persévérance, mais sans succès : poète personnel avant tout, ne connaissant que son âme, il est incapable de peindre d'autre caractère que lui-même, impuissant par suite à rendre des chocs de passions et d'âmes, ce qui est le tout du génie dramatique2. Ses héros, Marino Faliero, Sardanapale, Foscari, Arnold3, n'intéressent que quand ils parlent pour lui. Aussi son chef-d'œuvre dramatique est Caïn, féerie mystique où il ne met en scène que les pensées de révolte, de doute et d'angoisse qui sont le fond de sa philosophie.

Compromis dans l'insurrection malheureuse de la Romagne (1821), il n'échappe que par son titre de

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