‹ Essais de littérature et de moraleChapitre 9 sur 23 · FABRE D'ÉGLANTINE · texte numérisé non relu

FABRE D'ÉGLANTINE

Le Mariage de Figaro est, au théâtre, le seul ouvrage original de la fin du xYiii** siècle; c'est là que l'esprit du temps est empreint d'une manière ineffiiçable. Aussi, après le Mariage de Figaro, l'histoire du théâtre semble languissante. Cependant, quand on suit cette histoire dans ses détails, il y a quelque inlérêf à voir l'opinion du temps éclater dans les pièces les plus faibles : c'est parfois un vers accueilli par les bravos du parterre, parfois une allusion, la moindre circonstance enfin; mais partout se sent une impatience, une ardeur de mutinerie, un dégoût de tout ce qui est ancien, qui trahit l'approche de la révolution. L'inquiétude du parterre annonce l'inquiéiude du peuple.

Déjà, au milieu de ses maximes philosophiques, la tragédie mêlait des sentences républicaines, et celles-là n'étaient pas les moins applaudies. Ce n'est pas que la Franco, à celte époque, eût le moindre pressentiment qu'elle serait un jour une république; mais l'inquiétude des esprits s'était tournée vers la

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politique, cl le parterre, sans trop se rendre compte (le ses vœux, applaudissait les maximes républicaines. Ainsi on joua, à celte époque, une Antigone : c'est la traduction de l'ouvrage de Sophocle. Antigone, en dépit de la loi qui défendait d'enterrer Polynice, lui donne la sépulture etmeurt victime de son dévouement. C'est un sujet tout grec et qui n'offrait guère prise aux allusions du parterre. Quelques vers cependant furent applaudis avec une sorte de maliî;nité enthousiaste. Hémon, fils de Créon. allaquela loi qui défend d'inhumer Polynice; il reproche à Créon l'ordre qu'il a donné. Son père lui répond ;

Les grands l'ont approuvé : pourrait-il vous déplaire ? Vous avez vu le peuple obéir et se taire.

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