‹ Essais de LogiqueChapitre 5 sur 20 · DE l'utilité · texte numérisé non relu

DE l'utilité

n'a pas mérité, que je sache, l'abandon et l'oubli. Peut-être les amis de la philosophie me sauront -ils quelque gré d'avoir entrepris cette œuvre difficile. Puissé-je n'être pas jugé trop inférieur à la tâche que je me suis imposée !

Il y a quelques années déjà , un savant professeur, membre de l'Institut, a interprété dans une enceinte voisine les Analytiques d'Aristote que , grâce à lui , nous pouvons aujourd'hui lire en français. Mais lorsque ce courageux et unique exemple nous a été donné , il y avait trois siècles que la logique n'avait pas eu à Paris les honneurs de l'enseignement public. Reléguée depuis trois cents ans dans l'intérieur des collèges , et là même réduite à des proportions de plus en plus étroites , elle a eu successivement à lutter contre le mépris, la haine, le dégoût, l'indifférence.

'Notre siècle lui - même , tout en reconnaissant te caractère sérieux et élevé de cette étude , Ta traitée jusqu'ici en science morte. On la respecte en général , mais de loin ; on l'admire dans le passé , on en fait l'histoire , suivant le goût dominant de notre époque , mais on ne la cultive pas elle-même ; on s'attache à ce qu'elle a été , sans paraître songer à ce qu'elle pourrait être. Sans être d'humeur chagrine, on peut dire que notre génération , chaque jour plus insouciante des choses de l'esprit , s'adonne chaque jour davantage à la pratique et à la vie matérielle ; il ne nous suffit plus de savoir qu'une chose est noble et belle; nous -demandons avant tout si elle est utile et à quoi elle sert. Or, il faut bien l'avouer , entre toutes les sciences qui composent le domaine si vaste de la philosophie, il n'en est pas une peut-être qui ait une plus grande

réputation crinutilité que la logique. De là cette injurieuse ignorance où Ton se complaît à son égard. Le grand nombre, qui né sait de quoi il s'agit, en est encore à répéter des plaisanteries , spirituelles jadis , mais qui ont beaucoup vieilli , et qui sont aujourd'hui sans objet; néanmoins les fameux mots Barbara, Cdarmty etc., sont- encore en possession d'égayer la foule des personnes qui savent lire, et qui sont en général de l'avis du bourgeois gentilhomme , disant à son maître de philosophie : « Ces mots - là sont trop rébarbatifs. » D'autres, plus équitables, consentent à reconnaître que la discipline logique a pu exercer à une autre époque une bienfaisante influence , que par elle l'Université de Paris a été longtemps la capitale de l'Europe philosophique , qu'elle a entretenu la vie au moyen âge , qu'elle a formé l'esprit nouveau , et que notre langue même lui doit en grande partie Sa clarté et sa précision ; mai§ , à leurs yeux , c'est une étude qui a fait son temps et qu'il est puéril de vouloir restaurer aujourd'hui. Enfin , l'on rencontre dans le monde quelques hommes éclairés , qui ont enteïidu dire et qui redisent volontiers que la logique est une science certaine , qu'elle a des parties comparables à la plus solide et à la plus subtile géométrie ; ceux-là considèrent la logique comme la science philosophique la plus autorisée; ils l'estiment sur parqle et ne demanderaient pas mieux que de la croire bonne à quelque chose.

Mais comment le public croirait-il à l'utilité d'une étude que les philosophes eux-mêmes renoncent presque tous à défendre ? Que dis-je ? ils semblent en ignorer l'objet et le domaine; au moins ne sont -ils pas d'accord

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sur ce point fondamental. Les uns, historiens de la logique plutôt que logiciens , et trop enclins à suivre l'opinion d^i vulgaire ou même de quelque grand philosophe étranger, confondent la logique avec la scholastique , qui est un de ses abus , et prétendent , en plein xix^ siècle , ramener cette science à je ne sais quelle algèbre stérile et futile , qu'ils se croient obligés d'appeler, d'après un certain jargon , science des lois formelles du raisonnement ou de la pensée. Les autres, fidèles à la tradition constante de la philosophie depuis Aristote jusqu'à Descartes , et depuis Descartes jusqu'à nos jours , persistent à définir la logique comme la définissait Port -Royal: «L'art de bien conduire sa « raison dans la connoissance des choses , tant pour «s'instruire soi-même que pour en instruire les autres.» Pour ces derniers, la logique n'est pas occupée à décrire 'la pensée, mais à la diriger; elle ne cherche pas comment on pense , mais comment on doit penser. Pour qui la comprend ainsi , son utilité ne saurait être un instant douteuse ; elle est aussi manifeste à ce second point de vue qu'elle l'était peu dans la première hypothèse. Pour ma part, je le déclare hautement, si la logique se bornait à renfermer dans des expressions générales et dans des formules sèches et abstraites les lois prétendues formelles de la pensée , ce travail me paraîtrait curieux , mais de nul profit , et je n'oserais y inviter personne. Mais bien loin de consentir à dégrader ainsi l'art de penser en n'y voyant qu'une misérable mnémonique , je * crois que la logique est une science du premier ordre, qui , après avoir mesuré les forces , déterminé les conditions et fixé les limites de l'esprit humain , lui prescrit des règles de conduite

et lui enseigne la méthode qu'il- doit suivre. Ayant une telle conviction , je n'hésite pas à soutenir que cette étude est une des plus utiles que Ton puisse faire. C'est sur ce point que j'appellerai aujourd'hui votre attention, Messieurs , sans me dissimuler les inconvénients d'un tel sujet qui , par un fâcheux privilège , semble tenir à la fois du paradoxe et du lieu commun.

J'essaierai d'abord de montrer en général l'utilité de la logique; je rechercherai ensuite de quelle manière cette science doit être entendue et traitée pour porter .tous ses fruits.

La logique, ai-je dit, est l'art de penser ou de connaître. Cet art est-il possible? Telle est la première question qui se présente , et qui n'a rien de surprenant de nos jours , mais qui , en vérité , est nouvelle et inouïe en philosophie. Jusqu'ici tous les philosophes avaient toujours pensé qu'il existe une science* qui possède le secret de toutes les autres et qui leur sert à toutes d'instrument. Il est vrai qu'ils lui ont donné des noms différents : Socrate et Platon l'appelaient dialectique ; pour Aristote , c'était l'analytique ; avec les stoïciens , le nom de logique a prévalu. Je ne parle pas de la canonique des épicuriens. Au moyen âge, la logique était appelée l'organe de la science. Chez les philosophes modernes , la question de la méthode , étudiée pour elle-même , a été souvent détachée de la logique , dont elle est cependant une partie essentielle , si même elle n'est pas la logique tout entière ; mais dans les temps modernes comme dans l'antiquité, après

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comme avant le Discours de la méthode , toute grande école de philosophie a sa dialectique , sa méthode , son art de penser. 11 est vrai encore que la logique s'est toujours mesurée à ceux" qui la cultivaient : aux esprits paresseux , aux épicuriens anciens et modernes , il a suffi d'un petit nombre de préceptes simples et d'une application facile , tandis que les fortes générations , les penseurs vigoureux se sont toujours imposé de longs exercices et une mâle discipline. Mais (ju'ils l'aient faite sérieuse ou frivole , tous les philosophes jusqu'ici attachaient à la logique une égale importance. Si une telle étude n'est d'aucune utilité, expliquez -moi donc, je vous prie , cette longue suite de libres penseurs appliqués à une recherche sans profit. Il n'est guère dans la nature de l'homme de poursuivre avec une telle persévérance ce qu'il croit ne devoir jamais rencontrer. Si l'on doute aujourd'hui , si l'on met en question l'existence d'un art de penser, serait-ce que l'heure du découragement serait venue ? Chose singulière , c'est le sfêcle qui a proclamé le plus haut le progrès , qui vient le nier, là où il est le plus évident : dans la philosophie , dans la science ! En effet , rfest-ce pas nier le progrès, la perfectibilité de notre intelligence et de nos sciences , que de soutenir qu'il est impossible de nous rendre meilleurs et plus parfaits ? Mais c'est apparemment que nous sommes aussi raisonnables qu'il est possible de l'être? Flatter ainsi notre faible raison, ce n'est pas la servir, c'est la trahir, en la livrant à son ennemi le plus dangereux, l'orgueil, dont l'exaltation est si voisine des précipices.

Je n'exagère pas , Messieurs : depuis deux siècles , mais surtout de nos jours , on élève sans cesse contre

la logique cette objection qu'elle n'apprend pas, qu'elle ne peut pas apprendre à raisonner. Ce n'est pas un art ou une science , dit-on , c'est la nature elle-même qui fait de nous des êtres pensants. C'est donc une prétention ridicule de vouloir nous rendre raisonnables.

La réponse est fort simple. On ne prétend pas donner à l'homme le raisonnement, mais lui enseigner à le bien employer. La logique ne tente donc pas l'impossible , comme on Finsinue pour la couvrir de ridicule ; mais de même que la géométrie ne redresse que les esprits droits , de même la logique ne rend raisonnables que ceux qui ont des dispositions à le devenir. Or, à mon avis , ce n'est pas se montrer fort raisonnable que de croire qu'on l'est assez. Aussi les plus grands hommes se sont-ils bien gardés d'ordinaire d'exprimer un pareil sentiment ; c'est dans, le vulgaire seulement que l'on rencontre cette outrecuidance. Il semblerait pourtant que les esprits d'élite pourraient, plus que d'autres , se passer de culture.

Dira-t-on que la multitude des hommes fait toujours de sa raison le meilleur usage ? Voici ce qu'on lit à ce sujet dans la Logique de Port Royal : « Il est étrange combien c'est une qualité rare que cette exactitude de jugement Il n'y a point d'absurdités si insupportables qui ne trouvent des approbateurs. Quiconque a dessein de piper le monde est assuré de trouver des personnes qui seront bien aises d'être pipées ; et les phis ridicules sottises rencontrent toujours des esprits auxquels elles sont proportionnées.... Cette fausseté d'esprit n'est pas seulement cause des erreurs que l'on mêle dans les sciences , mais aussi de la plupart des fautes que l'on commet dans la vie civile, des querelles

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injustes , des procès mal fondés, des avis téméraires, des entreprises mal concertées. » Je ne sais si de nos jours les jugements faux et les erreurs de tout genre se rencontrent moins souvent qu'au xviF siècle ; mais j'avoue que je suis prêt à répéter avec Arnauld et Nicole que « le sens commun n'est pas chose si com- « mune qu'on le pense. »

Supposons cependant que tout le monde soit pourvu de bon sens , que même cette précieuse qualité soit également partagée entre tous les hommes , ainsi que l'assure Descartes , peut-être avec une. secrète ironie. Est-ce un motif pour nous enorgueillir, pour négliger toute discipline et renoncer à tout progrès? Le même Descartes nous donne à tous cette leçon: «Ce n'est « pas assez d'avoir l'esprit bon , le principal est de « l'appliquer bien.» Mais voici un autre témoin : Pascal, qui s'est tant moqué des baroco , Pascal entend si peu proscrire la logique elle-même que , dans le passage le plus célèbre de ses écrits , il fait du bien penser le premier et le plus essentiel de nos devoirs : « Travail- « Ions donc à bien penser, dit- il; voilà le principe de «la morale. » Ainsi Descartes et Pascal, ces deux adversaires de la scholaslique, reconnaissent tous deux l'existence d'un art de penser; il est vrai qu'ils le conçoivent autrement que les scholastiques , et ils ont bien raison. Ils ne blâment que l'abus de ces formules (jui chargent la mémoire sans rien dire à l'esprit ; ce qu'ils veulent, ce qu'on doit vouloir avec eux, c'est que par une étude profonde et pratique de nos facultés intellectuelles , nous soyons mis en état de les régler, de faire à chacune sa part et de nous rendre propres à toute science et à tonte bonne vérité.

Pour faire comprendre la possibilité et rutilité de cette étude , il suffit d'invoquer l'exemple de la rhétorique et de la morale. Osera -t- on soutenir que les préceptes soient inutiles pour bien parler, ou pour bien écrire? Par eux, il est vrai, on n'acquiert pas l'éloquence, qui est un don naturel ; mais on peut cultiver, ' polir, perfectionner les dispositions que l'on tient de la nature. Vous ne pouvez nier la rhétorique, sans nier la supériorité d'un orateur accompli sur le paysan du Danube. De même vous ne pouvez nier la morale, sans nier du même coup que l'homme puisse devenir meilleur et croître de vertu en vertu. Sans doute on n'invente pas la distinction du bien et du mal , et il est même fort heureux que chacun la possède et la conserve gravée au fond du cœur, en dépit des passions et des systèmes ; mais une éducation morale bien entendue et bien conduite peut nous habituer à mettre le bien où il est véritablement , et à voir le mal tel qu'il est.

11 en est de la logique comme de la morale et de la rhétorique , avec lesquelles elle offre les analogies les plus frappantes : c'est la même cause, la même utilité, les mêmes avantages. Elle ne crée pas l'homme intellectuel ; mais elle peut le fortifier et le perfectionner par le moyen de certains préceptes d'une solidité incontestable ,. et que l'expérience des siècles et la sagacité des plus grands esprits ont éprouvés et vérifiés. Ces règles * sont puisées dans le spectacle même des erreurs et des progrès de l'esprit humain. Comme en effet il nous arrive de penser, tantôt bien, tantôt mal, on peut, par une observation patiente , retrouver la marche

* Sur la nature de ces règles, ^voir plus loin, Essai II, (in.

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légitime de Fesprit , et Ton peut aussi découvrir les causes des erreurs que Ton a commises , soit dans la vie , soit dans la science , soit dans le raisonnement , soit dans l'appréciation des faits , soit enfin dans les généralisations appuyées sur ces faits. On peut donc établir, d'après une expérience certaine, des règles dont personne ne saurait révoquer en doute la parfaite justesse. Ces règles et ces préceptes une fois connus , on peut, en les appliquant assidûment, les faire passer en habitude et en nature; et c'est par une telle pratique et par de telles habitudes qu'on se rend en quelque sorte incapable de déloyauté , de sophisme et d'erreur. On ne sait pas tout encore ; mais du moins on n'affirme pas le faux , et l'on n'en sait que mieux ce que l'on sait. Pour prétendre se passer de la logique, il faut posséder la science parfaite , ou n'aimer point la vérité. On se fait en général l'idée la plus inexacte des règles de la logique, ou plutôt. de la manière de les appliquer. A entendre ceux qui les attaquent et même quelques-uns de ceux qui les défendent, il semble qu'on soit obligé de les retenir par la mémoire et de les avoir toujours présentes à l'esprit, rangées en ordre comme des livres dans les rayons d'une bibliothèque , de telle sorte qu'au besoin on puisse aisément retrouver la règle que l'on a occa&ion d'appliquer. Rien n'est plus faux : ce n'est pas ainsi que l'entendent les logiciens ; leur art n'exige pas ce prodigieux exercice de mémoire , ni cette attention impossible à tout objet de notre pensée, à tout jugement de notre esprit, mais il exerce l'intelligence tout entière et entreprend la réforme des habitudes ou des instincts vicieux qui s'y rencontrent. Il n'y a pour cela qu'une méthode ,

mais elle est infaillible: c'est de substituer à Thabitude mauvaise une autre habitude , et cela par un moyen très-simple, par la répétition fréquente de l'acte meilleur auquel on veut s*accoutumer. C'est ainsi, c'est en procédant pour les actes de l'intelligence comme nous le faisons tous les jours pour certains mouvements du corps , que l'on parvient à former ces habitudes logiques si justement vantées , qui étendent la capacité de l'esprit , en même temps qu'elles le fortifient et le préservent des faux pas.

Toutes les générations qui ont honoré et cultivé les études logiques , ont reconnu qu'elles contribuaient au progrès de l'intelligence , et que , par exemple , elles introduisaient dans nos idées et dans notre langage l'ordre , la clarté , la précision , la solidité , la justesse. A vrai dire , il n'y a pas une qualité intellectuelle que ces études ne puissent entretenir et développer chez ceux qui en ont le germe. De sages préceptes , si l'on y joint une pratique assidue, peuvent nous inculquer profondément toutes ces vertus scientifiques: l'exactitude des définitions, la rigueur du raisonnement considéré soit dans sa forme , soit dans les objets sur lesquels il porte , l'emploi régulier de la méthode înductive, une juste et exacte mesure de liberté et de déférence à l'autorité du témoignage , la clarté des idées , la précision des termes , la subtilité pour démêler les difficultés de tout genre , la sagacité pour inventer des arguments, etc., etc. Je m'arrête: il serait trop long d'énumérer tous les avantages que l'on peut retirer d'une bonne discipline logique. Aussi bien n'ai-je pas la prétention d'épuiser ce sujet ; je ne puis qu'en indiquer les points principaux.

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On néglige aujourd'hui, on dédaigne ce que Ton prisait tant jadis. En est-on plus sage, ou même plus savant? Les théories aventureuses, dans la science ou dans la vie pratique , sont-elles devenues plus rares, et le bon sens plus commun qu'à d'autres époques? La suite dans les idées , la justesse des appréciations , la profondeur des vues , la rigueur et la solidité du raisonnement, sont-elles des, habitudes de peu de prix, ou pensons -nous les posséder à leur degré le plus éminent?Or, comment nier que ces habitudes puissent être entretenues et corifirmées, sinon créées, par celte éducation logique dont je tâchais tout à l'heure d'exposer les principes? Chacun des procédés naturels de l'intelligence est susceptible d'être observé, dirigé, perfectionné , réformé s'il y a lieu , depuis le raisonnement jusqu'à l'imagination, depuis les sens et la mémoire jusqu'à la raison elle-même , dans ce qu'elle a de plus élevé et de plus pur.

La plus sublime de nos conceptions, celle qui est la règle et la loi suprême de notre intelligence , la notion de Dieu elle-même , est susceptible de progrès. Je n'entends pas seulement parler ici des progrès de l'idée abstraite, mais bien de la croyance en Dieu. Combien d'hommes relèguent dans les régions froides et stériles de l'abstraction une conviction qui devrait leur descendre au cœur et les posséder tout entiers! Une logique bien faite ne saurait- elle donc nous apprendre comment s'opère une si excellente transformation? Quel est ce merveilleux travail de l'esprit qui change l'idée en croyance , je veux dire en une croyance aussi raisonnable qu'ardente? Pourquoi a-t-on pu dire avec raison que « les grandes pensées viennent

du cœur,» et comment est-il vrai aussi de dire que certaines pensées , au lieu d'effleurer seulement Tesprit , le pénètrent tout entier, s'y établissent souverainement , et deviennent la source féconde de nos sentiments, de nos affections et de notre vie morale?

En agitant ces graves et délicates questions^ la logique nous élève jusque dans le domaine de la religion naturelle. Mais c'est à la morale qu'elle est surtout liée d'une manière étroite. La solution des grands problèmes de la morale dépend en effet de la logique , non pas seulement comme une science dépend de sa méthode, mais d'une autre manière encore, parce que sous toutes les questions logiques se cache la grande question de notre destinée intellectuelle, qui n'est qu'un fragment de notre destinée totale. L'homme est surtout un être moral , mais à la condition d'être intelligent. Privé de toute connaissance , la vertu ellemême lui serait inaccessible. Voilà sans doute ce qui faisait dire à Pascal que travailler à bien penser était le principe de la morale.

Ce caractère moral de la logique est surtout remarquable lorsqu'elle entreprend de montrer que l'esprit humain est capable de la vérité. En nous enseignant à nous servir du doute pour nous en délivrer, en faisant la guerre au scepticisme , elle nous rend , pour la vie même, le plus signalé service; car, il en faut convenir, le doute nous dispose assez mal à l'action; pour être brave et forte, la volonté a besoin d'être soutenue par la certitude. Sans une conviction profonde, sans ardeur pour s'en former une, l'esprit est comme paralysé. Tout le reste s'en ressent. Les idées flottent; la volonté indécise perd toute énergie. L'âme s'affaisse;

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incapable de croire, elle l'esl bienlùt même de douter, ci tombe dans l'indifférence, c'est-é-dire dans une apathie qui est une anticipation de la mort, ou plutôt une mort continuelle de Tàme , pire que la mort véritable qui ne frappe que le corps et ne dure qu'un moment. On s'imagine encore vivre, quand on est plongé dans les faits et mêlé à leur mobilité qui se détruit ellemême ; mais ce n'est qu'une illusion. On se dit positif et l'on se vante d'échapper à l'inconstance, alors qu'on s'attache à ce qui passe et qu'on néglige les choses intelligibles qui ne passent point ; mais ce n'est qu'une inconséquence et une folie. La logique, qui sait ce que peut donner la réflexion , appuyée sur le sens commun et éclairée par l'histoire, la logique qui connaiè les ressources de l'esprit humain et qui en mesure la capacité, peut aussi le guérir de la maladie du doute, et lui inculquer de nouveau le besoin et l'amour de l'idée, de la croyance, de la vie intellectuelle. En retrempant ainsi la foi dans sa ^raie source, elle rend l'homme capable du progrès moral pour lequel il est né , pour lequel il doit combattre. En nous restituant la faculté de croire, elle nous démontre que le sentiment inné , universel, qui nous pousse vers la vérité, n'est pas une funeste illusion de notre part ni une affreuse ironie du Créateur, mais une sainte et légitime espérance. Elle accroît ainsi notre confiance en Dieu et en notre raison, sans toutefois lui permettre de franchir ses justes limites.

Le passage de l'adolescence à la jeunesse réfléchie est un temps d'exubérantes aspirations; le jeune homme livré à lui-même accueille avidement toute doctrine qui se présente à lui ; plus curieux d'abord

de nouveauté que de vérité, il n'est pas d'idée fausse ou exagérée qu'il ne soit exposé à recevoir comme bonne et excellente. Une étude suffisamment prolongée de la logique peut prévenir un tel danger, en réglant cette première ambition, et en mettant à la place d'une inconstante curiosité l'amour patient et courageux de la science. Celui quj sait les conditions et la valeur du savoir humain , sent tout le prix d'une conviction raisonnable , et s'il ne possède pas encore la vérité , il la cherche du moins dans la voie où elle se trouve. Il est en état, mieux que personne, de procéder régulièrement à cette recherche : il connaît ses puissances , il saura donc s'en servir ; il connaît les obstacles , il saura les vaincre.

Une connaissance complète et pratique de tout l'esprit humain nous met aussi en garde contre un défaut bien commun à toute époque, mais surtout de nos jours, où chaque homme se renferme de plus en plus dans l'étude exclusive d'un art ou d'une science. Chacun s'habitue si bien à la méthode spéciale dont le mécanisme lui est familier, qu'il prétend l'appliquer à toutes choses, s'exposant ainsi aux erreurs les plus grossières et les plus ridicules. Il y a bien des siècles déjà que cette maladie est connue et que le remède en a été indiqué. «Il nous semble, dit Aristote, que tout doit être enseigné de la manière à laquelle nous

sommes accoutumés Quelques-uns, trop habitués

aux études mathématiques, ne veulent rien admettre que ce qui est démontré à la manière des mathématiciens ; d'autres , ayant cultivé exclusivement le raisonnement analogique, ne veulent que des exemples; pour d'autres, dont l'imagination a été exercée aux

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dépens du jugement, il faut le témoignage d'un poète. 11 en est qui veulent qu'on leur explique et qu'on leur développe tout, tandis que d'autres, soit par légèreté, soit par impuissance de suivre un long raisonnement ,

trouvent tout développement ennuyeux Il est d'un

homme raisonnable de ne demander en chaque matière que le degré d'exactitude dont elle est susceptible; il serait également absurde de vouloir qu'un mathématicien fit de la rhétorique et d'exiger d'un orateur des démonstrations en forme C'est pourquoi, dit encore le même Aristote, nous devons nous exercer et habituer à différentes sortes et degrés d'évidence, suivant la nature de chaque objet*. j> Or, Messieurs, nulle étude n'est plus propre que celle de la logique à donner cette précieuse habitude, puisqu'elle n'est renfermée exclusivement dans aucune méthode particulière , et qu'elle traite de tout procédé de connaissance, nous montrant à quels objets il s'applique, dans quelle mesure et à quel moment on doit l'employer.

Cette étude si générale, qui cultive et nous apprend à cultiver harmonieusement toutes nos facultés intellectuelles, est d'une utilité chaque jour plus manifeste, en présence de ce débordement d'éducations professionnelles de toutes sortes qui semblent prendre à tâche de nous isoler de plus en plus les uns des autres, en faisant de nous des instruments appropriés à certains usages, au lieu de nous traiter en hommes capables de toute œuvre humaine. Aujourd'hui comme autrefois, et plus qu'autrefois, on tombe dans ce dé-

> Métaph., II, 3, 14; Mor. à Nie, 1, 1 , trad. de M. Peisse.

faut si bien tlocrit par la Logique de Port-Royal: «On se sert de la raison comme d'un instrument pour acquérir la science, et Ton devroit se servir, au contraire , des sciences comme d'un instrument pour perfectionner sa raison. »

La logicpie est accusée, comme toute étude libérale, de ne former ni des mathématiciens, ni des pliysiciens, ni des industriels , ni des commerçants ; cela vient tout simplement de ce qu'elle vise plus haut-, et de ce (ju'elle aspire à former de bons esprits, des esprits sains et droits. Le reproche qu'on lui adresse est donc mérité, mais c'est, à vrai dire, un titre d'éloge. Il ne faut pas d'ailleurs en exagérer la portée. Si la logique ne nous prépare point directement à une science particulière , elle nous prépare à toutes 'en nous rendant capables de nous y appliquer utilement. Dans l'intérêt même des sciences , il ne faut point faire fi de cette logicpie générale, ni se borner, comme le veulent quelques savants , à pratiquer exclusivement une méthode spéciale. Chaque science, j'en conviens, nous prépare à elle-même. C'est l'étude des mathématiques, par exemple , qui fait les bons mathématiciens : car c'est en forgeant, comme le dit Socrate, que l'on devient forgeron. Mais comme les sciences ne sont que les applications de notre intelligence aux divers objets que rious pouvons" connaître, chacune d'elles, prise à part , ne s'adresse qu'à un seul de ces objets et ne répond qu'à une seule face de la pensée humaine. Comme elle ne cultive que certaines facultés , il peut arriver et il arrive souvent qu'elle les surexcite au détriment de toutes les autres ; mais ce qui n'arrive jamais , c'est qu'elle nous mette elle-même en garde

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contre ses propres tendances. Toute science , lorsqu'elle est étudiée à l'exclusion des autres, a ses dangers qu'elle ignore, et dont par conséquent elle ne saurait nous préserver ; chacune a ses défauts , qu'elle est incapable de corriger elle-même. J'en citerai quelquesuns , en m'attachant de préférence aux études qui sont le plus en honneur de nos jours , et en usant à leur égard d'une liberté que nul ne prendra , je l'espère , pour de la- malveillance. Quelle malveillance pourrait ressentir un philosophe à l'égard d'une science , quelle qu'elle soit, quand il est certain que c'est la philosophie qui a donné naissance à la plupart des sciences , et que celles même qui sont nées en dehors de son action directe doivent à des philosophes la forme qu'elles ont aujourd'hui et que nous admirons tous si volontiers ? Je prendrai donc pour exemples les mathématiques, les sciences physiques et naturelles et l'histoire.

«Nul n'entre ici qui n'est géomètre.» Ce mot célèbre, qu'une vieille tradition attribue à Platon, demeure pour les philosophes de tous les temps comme un avertissement de ne jamais oublier les grands mérites d'une étude qui donne à l'esprit de si excellentes qualités : la patience dans les recherches et la continuité de l'attention , le besoin de se rendre compte , la foi dans le raisonnement et par suite dans la raison ellemême , enfin cette conviction si précieuse , qu'il existe des vérités absolument certaines et dont la possession ne saurait nous être disputée. Pour ma part, je suis bien loin de vouloir contester un seul des services rendus à l'esprit humain et à la philosophie par les sciences mathématiques. Mais comment méconnaître les dangers qu'entraînerait une application exclusive

à ces études ? A pratiquer sans cesse et uniquement le procédé de démonstration, n'est -il pas évident que l'esprit contractera l'habitude fûcheusc de tout démontrer, en sorte qu'il entreprendra de prouver même ce qui n'aura pas besoin de preuve ? L'abus de l'évidence déductive peut à la longue nous rendre incapables de toute autre évidence, et nous faire négliger un bon nombre de nos meilleures facultés : l'observation d'abord , surtout cette observation que chacun peut si facilement s'appliquer à soi-même , puis l'induction, seul procédé légitime des sciences physiques , la mémoire des faits , la foi au témoignage , enfin l'imagination poétique. Bien peu de facultés au contraire trouvent un aliment dans les mathématiques : l'attention , le raisonnement , l'abstraction , y sont cultivés , mais d'une manière incomplète , exclusive , et partant dangereuse. L'esprit qui s'est adonné uniquement aux mathématiques, n'est donc discipliné que par un trèspetit nombre de côtés. La culture qu'il a reçue étant très-bornée , les facultés qui n'ont pas été exercées se sont engourdies , ou bien elles ont pris d'elles-mêmes un développement désordonné , sans règle ni mesure. De là , pour rester dans la sphère purement intellectuelle , de là un double danger auquel échappent rarement les mathématiciens qui ne sont que mathématiciens : d'une part , une crédulité excessive , s'ils portent en dehors de leur science spéciale la modestie qui sied toujours si bien au savant ; et d'autre part , l'excès contraire , une étroite et opiniâtre incrédulité pour tout ce qui ne se prouve point géométriquement. Les sciences physiques et naturelles , à leur tour, n'impriment-elles pas à notre intelligence une direction

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exclusive , et s'il est vrai que la philosophie morale peut , jusqu'à un certain point , imiter leur méthode , ne voit-on pas aussi combiçn ceux qui s'y sont appliqués sans réserve sont exposés au triste égarement du matérialisme? Je n'insiste pas sur ce point: il ne serait que trop facile de montrer par de nombreux exemples un danger si manifeste.

Enfin l'histoire , qui est une des gloires du temps où nous vivons , et à qui nous devons la résurrection des études philosophiques en France au xix^ siècle , l'histoire , en étendant nos connaissances , ne les fortifie pas toujours ; en nous inspirant son impartialité , elle nous fait tomber souvent dans l'indifférence ; en nous habituant à tout retrouver dans le passé , elle nous empêche parfois de bien connaître le présent ; et si elle cherche dans des faits accomplis sans retour l'unique leçon de l'avenir, elle finit par nous repaître de chimères qui, pour être vieilles, n'en sont pas moins dangereuses. Mais, pour me borner à la philosophie , et sans vouloir signaler tous les abus qui peuvent naître de l'étuder, si instructive d'ailleurs, des opinions et des systèmes , je crains fort que les philosophes , toujours préoccupés de savoir ce qu'ont pensé les anciens , ne s'inquiètent plus assez de savoir ce qu'ils doivent penser eux-mêmes et enseigner aux autres.

Il en est de même de toutes les sciences. Chacune en effet ne s'attachant qu'à un objet, ignore ou néglige tous les autres ; chacune exerçant une seule faculté , laisse de côté une grande partie de l'intelligence ; chacune enfin , dans cette concurrence d'ambitions légitimes, tend à envahir la vie tout entière.

Aucune de ces sciences ne saurait donc se limiter

elle-même. Mais, dira-t-on peut-être, chacune aura son correctif dans Texistence simultanée de toutes les autres. Pas le moins du monde , Messieurs, Voyez plutôt ce qui se passe de i^os jours , où certes Ton peut dire que toutes les sciences sont cultivées et portées plus loin qu'elles ne l'ont jamais été. A les considérer séparément , jamais l'état des sciences n'a paru plus satisfaisant. Mais l'ensemble présente aux yeux les moins prévenus un aspect très-fâcheux. Pour qui s'élève un peu par la pensée , tous ces petits progrès de détail accomplis chaque jour sous nos yeux, et qui ne sont après tout que des applications (surprenantes , il est vrai , et inattendues ) des anciennes découvertes ; tous ces petits progrès ne sauraient compenser le désordre incroyable dont les connaissances humaines nous offrent aujourd'hui le spectacle. Dans l'isolement presque hostile des spécialités , comme on dit aujourd'hui , chaque science , ayant son objet propre , se retranche dans sa méthode particulière , parle une seule langue et ignore toutes les autres. Il résulte de là d'abord une préoccupation excessive des petites choses : les savants se perdent dans les infiniment petits, celui-ci dans ses coquillages, celui-là dans d'insignifiantes statistiques; les idées générales tendent à disparaître , et avec elles la science dont elles sont l'âme. La science semble avancer, tandis qu'en réalité elle recule ; c'est une machine qui fonctionne , mais où l'esprit n'est plus. Puis , entre les différentes sciences , quel défaut d'harmonie et d'entente ! quelle anarchie ! quelle confusion ! Qui pourrait s'y reconnaître? Personne ne sait aujourd'hui où en est la science humaine , personne ne nous le dira.

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Ainsi , dans chaque branche du savoir humain , décadence manifeste de l'esprit scientifique, et dans l'ensemble confusion déplorable : tel est le double mal qui gagne de plus en plus les sciences ; mal sans remède aux yeux de beaucoup de gens , puisque le seul moyen d'y parer serait , à ce qu'il semble , de posséder toutes les sciences , ce qui devient chaque jour plus impossible à un seul. Eh bien ! comme si le mal eût ^ été prévu , le remède en a été donné , le jour même où l'esprit humain est né à la réflexion. Ce jour-là , en effet , une science a été fondée , qui , de tout temps appliquée aux premiers principes , a eu de tout temps pour mission principale de marquer l'unité de notre intelligence dans toutes ses œuvres. Cette science , mère commune de toutes les autres, est la philosophie qui , après leur avoir donné l'impulsion première , surveille leur marche , toujours prête à enregistrer et à généraliser leurs découvertes , comme à corriger leurs erreurs et à redresser leurs méthodes. 11 est vrai qu'elle n'a pas toujours rempli ce rôle salutaire avec la même fidélité et la même vigueur; mais elle ne l'a jamais abdiqué, elle ne l'abdiquera jamais. De nos jours , la philosophie tient toutes les sciences par leur racine commune , la* psychologie. Elle doit faire plus encore : ce n'est pas assez qu'elle leur fournisse un point de départ assuré ; il lui reste à se saisir d'elles et à les pénétrer plus intimement par leurs méthodes. Dans ce temps de décomposition où toutes les sciences particulières sont , pour ainsi dire , éparpillées au hasard , il importe de les rallier, de les rassembler et dé les unir. Il faut pour cela corriger ces méthodes exclusives qui faussent la science elle-même , sans profit

pour la branche (fue Ton prétend cultiver uniquement. 11 les faut réduire toutes à la méthode universelle dont elles sont des parties, et qui donnera un jourà Thomme toute la science dont il est capable. Vous voyez où j'en veux venir : la philosophie appliquée à une telle étude , c'est précisément la logique , à laquelle seule il appartient de traiter des méthodes et de dominer par là toutes les sciences écloses de Tesprit humain. Par elle seule nous pouvons les gouverner; elle seule peut nous apprendre à les contrôler, à les mettre chacune à sa place, à les renfermer dans leurs limites respectives; elle seule enfin peut régénérer l'esprit scientifique et ramener l'unité qui se perd.

Tels sont, Messieurs, les principaux avantages que la logique peut procurer en tout temps, et particulièrement de nos jours. Voyez combien j'en ai énuméré (au risque de vous paraître bien long, et sans avoir tout dit encore) , depuis ces qualités en quelque sorte élémentaires : la clarté, la justesse des idées et des expressions , jusqu'à cette élévation de la pensée et cette profondeur des vues qui nous permettent d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble des sciences humaines et de mesurer de haut les progrès accomplis et ceux qui restent à accomplir. Voilà, dis-je, tous les avantages que peut nous procurer la logique, et qu'elle nous procurera en effet, — à une condition pourtant, c'est que nous nous y prêterons. Nul ne devient vertueux ni sage malgré lui. Les préceptes de la logique, comme les prescriptions de la morale, ne produisent leurs bons effets que chez ceux qui , les ayant adoptés sérieusement, les mettent en pratique. Les règles les plus certaines, les plus incontestables et les plus incontestées

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