‹ Essais de morale & de critiqueChapitre 17 sur 23 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

prit d^une nation ; la foi seule n'y suffit pas, et la critique seule y suffirait encore moins.

Le travail sur la poésie des races celtiques présente un ca^ractère un peu différent de celui des autres articles recueillis en ce volume. Je Ty ai joint cependant ; car en un sens il les explique, et d'ailleurs il a eu pour moi, quand je Tai écrit, une valeur esthétique et morale bien plutôt qu'un but d'érudition. Nous autres Bretons, ceux surtout d'entre nous qui tiennent de près à la terre et ne sont éloignés de la vie cachée en la nature que d'une ou deux générations, nous croyons que Thomme doit plus à son sang qu'à lui-même, et notre premier culte est pour nos pères. J'ai voulq une fois dans ma vie dire ce que je pense d'une race que je crois bonne, quoique je la sache capable, quand on exploite sa droiture, de commettre bien des naïvetés. Les vieux souvenirs de cette race sont pour moi plus qu'un curieux sujet d'étude ; c'est la région où mon imagination s'est toujours plu à errer, et où j'aime à me réfugier comme dans une idéale patrie

pères de la tribu obscure au foyer de laquelle je puisai la foi à l'invisible, humble clan de laboureurs et de marins, à qui je dois d'avoir

PREFACE. m

conservé la vigueur de mon âme en un pays éteint, en un siècle sans espérance, vous errâtes sans doute sur ces mers enchantées où notre père Brandan chercha la terre de promission ; vous contemplâtes les vertesiles dont les herbes se baignaient dans les flots ; vous parcourûtes avec saint Patrice les cercles de ce monde que nos yeux ne savent plus voir. Quelquefois je regrette que votre barque, en quittant l'Irlande ou la €ambrie, n'ait point obéi à d'autres vents. Je les vois dans mes rêves, ces cités pacifiques de Clonfert et de Lismore, Où j'aurais dû vivre, pauvre Irlande, nourri du son de tes cloches, ' au récit dé tes mystérieuses odyssées. Inutiles tous deux en ce monde, qui ne comprend que ce qui le dompte ou le sert, fuyons ensemble vers TÉden splendide des joies de Tâme, celui-là même que nos saints virent dans leurs songes. Consolons-nous par nos chimères, par notre noblesse, par notre dédain. • Qui sait si nos rêves, à nous, ne sont pas plus vrais que la réalité? Dieu mlest témoin, vieux pères, que ma seule joie, c'est que parfois je songe que je suis votre conscience, et que par moi vous arrivez à la vie et à la voix.

28 aTril 1859.

ESSAIS

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