PRÉFACE
de ce Protée qu'aucune raison ne limite, qu'aucun langage n exprime. Mais il est une base indubitable que nul scepticisme n'ébranlera et où l'homme trouvera jusqu'à la fin des jours le point fixe de ses incertitudes : le bien, c'est le bien; le mal, c'est le mal. Pour haïr l'un et pour aimer l'autre, aucun système n'est nécessaire, et c'est en ce sens que la foi et l'amour, en apparence sans lien avec l'intelligence, sont le vrai fondement de la certitude morale et l'unique moyen qu'a l'homme de comprendre quelque chose au problème de son origine et de sa destinée.
Le beau privilège qu a la morale de réunir en un même sentiment tous les esprits honnêtes, quelque divisés qu'ils soient d'ailleurs sur les choses divines et humaines, est ce qui m'a engagé à composer ce volume de pièces aussi éloignées que possible de toute discussion. J'ai voulu qu'il protestât contre une pensée étroite que les personnes qui ne me connaissent pas m'ont souvent prêtée. Loin que j'aie jamais songé à diminuer en ce monde la somme de religion qui y reste encore, mon but, en tous mes écrits, a été bien au contraire d'épurer et de ranimer un sentiment qui n'a quelque chance de conserver son empire qu'en prenant un nouveau degré de raffinement. La religion, de nos jours, ne