PRÉFACE- VII
monde est incomplète et défectueuse. En envisageant la critique et le libre développement de Tesprit comme des forces ennemies, les personnes préoccupées d'une manière un peu superficielle du bonheur de l'espèce humaine ne s'aperçoivent pas qu'elles vont directement contre le but qu'elles veulent atteindre. L'extinction de l'esprit critique, en efTety amène nécessairement le béotisme ou la frivolité, qui marquent la (in de toute moralité sérieuse, et amènent plus de maux pour une nation que le libre examen avec ses conséquences légitimes ou supposées. Il ne semble pas que les pays où l'on a réussi à étouffer complètement la pensée (l'Espagne, les pays musulmans, par exemple) et ceux où on l'a rendue insignifiante, comme l'Italie du dixhuitième siècle, soient devenus beaucoup plus moraux. Tout ce qui élève l'homme et le ramène au soin de son âme l'améliore et l'épure; la qualité des doctrines importe assez peu. Les lecteurs capables de trouver du goAt à un écrit sont capables aussi d'en découvrir le venin, s'il y en a. Quant à ceux qui s'en scandalisent, leur scandale même est un sentiment délicat et touchant, qu'ils ne doivent point regretter. On peut même dire qu'ils devraient savoir gré à celui qui provoque chez eux un tel acte de foi, et leur fournit l'occasion de s'envisager