VIII PRÉFACE
comme privilégiés d^une manière spéciale pour la possession de la vérité.
J*ai cru ces observations nécessaires aân d'expliquer pourquoi je me suis interdit de répondre ici à des critiques qui ont été adressées à mes précédentes études. Ce n'est point là Teffet du dédain ; c'est la conséquence de celte idée, fort arrêtée chez moi, que chacun se fait une foi selon sa mesure. Défendre un dogme, c'est prouver qu'on y tient et par conséquent qu'on en a besoin. La vivacité de ces attaques m'a même parfois inspiré de l'estime pour ceux qui en étaient les auteurs, et j'ai songé avec plaisir qu'elles détourneraient de me lire ceux pour qui une telle lecture serait en effet mauvaise. J'aurais parfois désiré qu'elles fussent écrites d'un style meilleur, et qu'on y eût évité certains malentendus. Mais la religion fait assez de bien dans le monde pour qu'on puisse lui passer quelques idées étroites et un peu de mauvais style. Les religions sont nécessairement amenées 5 calomnier ceux qu'elles regardent (à tort presque toujours) comme leurs adversaires. En effet, se posant comme évidentes, elles sont obligées de soutenir que la perversité du cœur ou de l'esprit peut seule porter à se mettre en opposition avec elles. Le critique, qui s'est fait une idée juste de ce qu'est l'opinion, en prend facile-
PRÉFACE. ix
ment son parti. Habitué à démêler l'éternel contre-sens qui fait le fond de rhistoire,il sait que la biographie de tous ceux qui se sont écartés des idées religieuses admises de leur temps est tracée d'avance. Sa propre estime et celle d'un petit nombre lui suffisent. Ne l'oublions pas : le tort que l'Église est obligée de nous faire n'équivaut pas à l'éducation morale que nous lui devons, et au service qu'elle nous rend en maintenant dans l'humanité un peu du sentiment des choses divines, sentiment sans lequel le monde, au point de vue moral, ne serait qu'un désert.
Écrits durant l'intervalle des huit dernières années, les morceaux recueillis en ce volume ont pu être reproduits sans modifications considérables. Un seul d'entre eux esttintérieur à Tépoque où j'arrêtai ma manière d'écrire, et où mes vues sur l'histoire moderne se fixèrent. C'est l'article sur Tosti. Je n'ai pas cru devoir le supprimer, parce qu'il présente avec une certaine vivacité un côté de la question italienne, question qui est spécialement étudiée en ce volume. Au moment où l'article dont je parle fat écrit (commencement de 1851), j'avais encore sur la Révolution et sur la forme de société qui en est sortie les préjugés ordinaires en France, et que de rudes kçons devaient seules