‹ Essais de morale, de science et d'esthétiqueChapitre 1 sur 76 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Avec le présent volume se termine la traduction française des Essays scienUfic , polUical and spéculative de M. Herbert Spencer. Cette traduction ne renferme pas tous les écrits que M. Spencer a mis sous le titre Essays ; pourtant, si l'on considère que les morceaux exclus l'ont été de l'avis de l'auteur lui-même, soit parce qu'ils ont été traduits h, part ou incorporés dans d'autres de ses écrits déjà mis en français, soit enfin parce qu'ils ne sont plus conformes à la pensée de M. Spencer, on peut dire que cette traduction est complète.

Pour bien lire un livre, il faut consentir à l'entendre ( comme l'auteur lui-même l'a entendu ; sinon , vous êtes aussi loin de lire, que la plupart des hommes sont loin, dans la discussion, d'écouter leurs interlocuteurs ; vous ne . sortez pas de vous-même, vous vous fortifiez plutôt dans

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votre isolement intellectuel. Or précisément , les Essais scientifiques ont un sens qu'on a peine à bien saisir, si Ton ne rattache ce livre au système de l'auteur. Les étudier en vue de ce peu de science qu'ils peuvent nous apprendre, ce serait vouloir n'en tirer qu'un bien humble profit. L'auteur, ici, ne se donne point pour un savant : il n'est pas homme de laboratoire ni d'observatoire. Il est [)lus éloigné encore du métier de « vulgarisateur », et ses ouvrages sont bons à autre chose qu'à fournir aux savants de fantaisie et aux faiseurs de systèmes des théories scientifiques préparées à leur usage, c'est-à-dire dépouillées de leur précision, de tout cet entourage de preuves, (pii en interdisaient l'approche et le maniement aux esprits frivoles. Et pourtant, ces Essais méritent leur titre : c'est vraiment de questions scientifiques, et même très-spéciales, qu'il s'y agit.

C'est qu'en etîet M. Spencer a une façon à lui propre d'entendre les rapports de la science avec la philosophie, (^omme la philosophie, à ses yeux, a pour tâche de réduire à l'unité, en chaque temps, les acquisitions de la science, elle doit, d'une part, découvrir dans res[)rit humain les principes premiers de toute connaissance, montrer dans les théories les plus générales des sciences de simples applications de ces principes mêmes; elle doit aussi, dans les questions où la science n'a réussi encore qu'à ramasser des faits, lui remettre devant les yeux les principes premiers,

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(•eux qui doivent servir de guides au cherclieur d'hypothèses, car une hypothèse n'a d'avenir que dans la mesure où elle s'inspire de ces lois suprêmes.

C'est surtout à cette seconde partie de son œuvra que M. Spencer s'attache , dans les Essais scientifiques ; et comme les principes premiers, d'après lui, se ramènent tous à la loi de la persistance de la force, comme toute science, dans son système, devient une application de la mécanique, son but principal ici paraît être de montrer au savant ce que peut la foi à l'universalité du mécanisme. L'essai intitulé : Qu est-ce que l'électricité? est un modèle de ce genre d'investigations : là, la science s'étant arrêtée à des hypothèses artificielles, et reconnues pour telles, le Ithilosophe intervient, lui fait voir dans les théories de la mécanique moléculaire le vrai point de départ d'une explication meilleure, ébauche même cette explication, et enfin, abandonnant cette ébauche à la critique , ne réclame d'autre gloire que d'avoir remis en honneur les seuls prin- <'ipes féconds. Ainsi faisait Descartes lorsque , dans ses Principes, il ouvrait à la physique sa véritable voie; lorsque, dans ses traités de Y Homme, du Fœtus, etc., il enseignait à la physiologie une vérité essentielle , et qu'elle devait mettre deux cents ans à bien couq)rendre : l'identité profonde de tous les phénomènes, et l'universelle souveraineté de la mécanique, qui gouverne les mouvements les plus secrets des corps vivants comme ceux des corps ce-

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