VIII PRÉFACE DU TRADUCTEUR
lestes. Descartes, certes, a pour lui ceci : d'avoir le premier .entendu clairement ces principes, à une époque où (l'hydrostatique peut-être exceptée) pas une des théories de la physique mathématique n'avait encore eu le temps de s'établir. Mais, si différentes que soient les difficultés et l'ampleur des deux entreprises, le dessein de notre auteur est pourtant tout semblable : lui aussi veut que la philosophie, inventrice et gardienne des principes de la connaissance, dirige les sciences, leur trace d'avance leurs routes, prépare , prophétise , leur réunion naturelle en un seul corps. Et c'est ainsi que ces Essais scientifiques sont en même temps, au sens de notre auteur, des essais philosophiques.
M. Spencer n'a pas à craindre, ce semble, que son appel à l'union entre la philosophie et la science reste inutile, même en France. Bien au contraire, nous voyons que de grands efforts se font ici pour rétablir des relations, assez peu étroites naguère. Tout ce travail ne va pas, à vrai dire, sans confusion. Peut-être verra-t-on, peut-être a-t-on vu, quelques apprentis philosophes, fâchés de s'entendre appeler littérateurs (car ce mot, comme tous les mots, peut devenir une injure, dans La bouche de qui ne le comprend pas), impatients d'être traités d'égaux parmi les savants, se jeter sans préparation suffisante, sans méthode assez définie, dans l'étude des sciences, et surtout des plus faciles en apparence, c'est-à-dire de celles qui sont encore le
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moins des sciences ; parfois même, pour hâter encore leur besogne, puiser leur savoir aux sources les moins pures, chez les faiseurs de systèmes : moyen le plus sur du monde pour ignorer en sécurité, solidement et à jamais, la science véritable; croire enfin qu'à ce prix ils ont acquis le droit de parler auprès des philosophes au nom de la science, et au nom de la philosophie chez les savants. Peut-être d'autres, plus prudents, étonnés de voir qu'on puisse à si bon marché passer savant et même encyclopédiste, inquiets pour la philosophie , pour sa bonne réputation auprès des vrais hommes de science, de ces prétentions extrêmes, se découragent-ils déjà, sont près de déclarer la tentative manquée, d'y renoncer. — Mais ce sont là les difficultés ordinaires que toute idée rencontre à sa naissance, et à chacune de ses renaissances, car ces enfantements aussi sont laborieux.
Toutefois, de là, faut-il aller jusqu'à conclure avec M. Spencer que la philosophie ait pour fonction, et même pour unique fonction, de construire en chaque époque une encyclopédie des sciences, un système provisoire de l'univers? qu'elle ne puisse avoir avec les sciences un autre rapport ? et qu'enfin on ne puisse favoriser l'établissement d'un commerce plus étroit entre les sciences et la philosophie, sans préparer, sans proclamer déjà, et par là même, le triomphe de cette thèse, chère aux positivistes? Non, et ce mouvement, auquel nous assistons aujourd'hui, peut