‹ Essais de morale, de science et d'esthétiqueChapitre 11 sur 76 · URANUS · texte numérisé non relu

URANUS

ûtJ2

28'J 1 satellite

Ï4' 4 satellites

S satellites

et 3 anneaux

4 satellites (ou 6 selon llerschel)

Ainsi, prenant pour type la Terre avec son unique lune, nous voyons que iMercure et Mars, où la force centrifuge est moindre, n'a pas de lune. Jupiter, où elle est beaucoup plus grande, en a quatre. Uranus, où elle est encore plus considérable, en a sûrement quatre, et probablement davantage. Saturne, où elle atteint le plus haut degré, puisqu'elle égale presque le sixième de la pesanteur, possède, en y comprenant les anneaux, onze subordonnés. Le seul cas où la concordance

de l'observation avec l'induction fait défaut est celui de Vénus. Ici, la force centrifuge est relativement un peu plus énergique que sur la terre; et, d'après l'hypothèse, Vénus devrait avoir un satellite. Mais il y a deux moyens d'expliquer cette anomalie apparente. Plus d'un astronome a affirmé que Vénus a un satellite. Cassini, Short, Montaigne de Limoges, Roedkier et Montbarron déclaraient l'avoir vu ; et Lambert en a calculé les éléments. Admettons pourtant qu'ils se sont mépris; reste toujours ce fait, qu'on varie sur l'estimation du diamètre de Vénus, et qu'avec un léger changement dans les données, la fraction serait plus petite, au lieu d'être plus grande, que celle de la Terre. Enfin tenons le désaccord pour prouvé : la concordance en question, même avec cette restriction, serait encore à nos yeux une des plus puissantes confirmations de l'hypothèse de la nébuleuse *.

En entrant davantage dans le détail, on trouve certains caractères des satellites qu'il faut signaler parce qu'ils donnent à penser. D'abord le rapport entre la période de révolution et la période de rotation. On ne voit pas en quoi il peut être utile que la Lune tourne sur son axe dans le même temps qu'elle met à faire le tour de la Terre; quant à nous, nous nous accommoderions aussi bien d'une rotation plus rapide de ce satellite; et quant aux habitants de la Lune s'il y en a.

1. Depuis la publication de cet essai, les données des calculs précédents ont été changées par cette découverte que la distance du soleil est de 3 millions do milles (4,800,000 kil.) moindre qn'on ne croyait. De là une diminution dans l'estimation de sa masse et de celle des autres planètes (excepté la terre et la lune). Comme on n'a pas encore publié un calcul rectifié de ces mesures, la table a été réimprimée dans sa forme première. Mais il s'agit d'une diminution pouvant aller i un dizième et qui n'altère pas essentiellement les rapports indiqués ci-dessus.

ils s'en trouveraient beaucoup mieux. On pourrait encore supposer que cette égalité est un fait du liasard; mais, comme le dit Laplace, il y a à parier l'infini contre un qu'il n'en est rien. /Vu contraire, si cet arrangement ne s'explique ni par le dessein prémédité ni par un hasard, l'hypothèse de la nébuleuse nous en donne la clef. Bans son Exposition du système du monde, Laplace montre, par un raisonnement trop long pour être rapporté ici en détail, que dans les circonstances données cette combinaison de mouvements était bien celle qui avait chance de s'établir.

Les satellites de Jupiter, outre que chacun d'eux offre ces mêmes mouvements synchroniques, montrent aussi entre eux une relation plus remarquable encore. « La vitesse angulaire du premier satellite, augmentée du double de celle du troisième, est égale au triple de celle du second; » et « il en résulte que la situation de deux quelconques des trois «tant connue, on peut trouver celle du troisième. » Or de là comme des phénomènes précédents , il ne résulte aucun avantage imaginable. La liaison de ces mouvements ne peut pas davantage être un pur accident : il y a en effet une infinité de chances là contre et une pour. Mais une fois de plus, selon Laplace, l'hypothèse de la nébuleuse nous fournit une solution. Tous ces faits n'out-ils pas quelque signiticalion?

Mais le" plus significatif de tous les phénomènes est celui que présentent les anneaux de Saturne. Laplace l'a dit : ils sont comme autant de témoins encore présents du procédé de formation conçu par cet astronome. Là, nous voyous la matière

gardant encore d'une façon permanente une forme pareille à celles que traversa jadis chaque planète et chaque satellite, et ses mouvements sont précisément tels que le veut l'hypollièse. « La durée de la rotation d'une planète doit donc d'après . cette hypothèse, dit Laplace, être plus petite que la durée de ( la révolution du corps le plus voisin qui circule autour 1 d'elle 1. » Et là-dessus il remarque que la durée de la rotation l de Saturne est à celle de la révolution de ses anneaux comme 427 à 438, C'est hien à une différence de cet ordre qu'on devait s'attendre.

Mais outre l'existence de ces anneaux, outre leurs mouvements si fidèlement conformes à la théorie, il y a un détail plein de sens que Laplace n'a pas remarqué : c'est à savoir le lieu où ils se sont produits. Si le système solaire avait été formé de la façon qu'imagine le vulgaire, il n'y aurait pas de raison pour que les anneaux de Saturne ne se fussent pas tenus à une distance plus grande de la planète. Ou encore, j au lieu de donner ces anneaux à Saturne, qui avec ses huit satellites aurait pu s'en passer, il eût mieux valu en doter Mars, pour lui tenir lieu de la lune qui lui manque. Ils auraient aussi été fort bien placés autour d'Uranus, qui, pour s'éclairer, en aurait bien plus besoin. Dans l'hypothèse populaire, redisons-le, il n'y a pas de raison pour qu'ils

soient où ils sont plutôt qu'ailleurs. Mais dans l'hypothèse de

l'évolution, cet arrangement, au lieu de nous créer une

difficulté, nous apporte un secours. Ces anneaux se trouvent

au seul lieu où ils pouvaient se produire, près du corps d'une

Page 1