‹ Essais de morale, de science et d'esthétiqueChapitre 30 sur 76 · Principes de psychologie · texte numérisé non relu

Principes de psychologie

nié ce caractère sacré et celte autorité suprême; si, au lieu de dire, en parlant du sage : « Il exprimera sans crainte la vérité la plus haute qu'il verra, sachant bien, quoi qu'il eu puisse advenir, qu'ainsi il remplit son rôle vrai dans le monde \ » si j'avais dit que l'homme sage ne doit pas agir aiusi; alors oui, l'auteur de l'article aurait pu m'accuser « de ne pas comprendre le mot de moralité dans son sens véritable ». Alors aussi, il aurait pu conclure que la doctrine de l'évolution, comme je la prends, implique la négation de toute « distinction entre le devoir et le plaisir ». Jusque-là, on ne trouvera pas, je pense, que les faits justiûeut son arrêt.

Je le reconnais volontiers avec mon critique, le triomphe \ d'une philosophie « n'est pas seulement une question d'un | intérêt spéculatif, elle a une importance pratique et des plus / hautes. » Je m'accorde encore avec lui à croire que d'une phi- | losophie erronée peuvent naître « des changements sociaux et | politiques funestes » . Je vais plus loin : pour un écrivain convaincu qu'il n'y a pas de critérium du juste et de l'injuste en dehors d'une révélation interprétée par une autorité infaiUible, l'air alarmé qu'il prend en face d'un système aussi radicalement contraire se comprend. Tout en regrettant que le sentiment de l'équité dont il fait preuve en -général ne l'ait pas empêché de négliger les faits ci-dessus rappelés, je comprends comment, vue de son point, la doctrine de l'évolution sous la forme que j'adopte lui a semble mortelle pour tous les germes de la vie morale » et « ennemie de toute espèce de religion ». Mais ce que je ne puis comprendre, c'est cette modiiication de

1, Premiers Principes, § 34.

la doctrine de l'évolution, où il voit un moyen de salut. En effet (et, après tant de marques d'un dissentiment si profond, le lecteur ne s'y attendait guère), l'auteur de l'article pousse la conciliation jusqu'à laisser voir que le système en question peut se convertir « avec rapidité et vivacité, par une sorte d'allotropisme; après quoi ilofliirades caractères étonnamment différents de ceux qu'il a maintenant. » Me sera-t-il permis d'employer à mon tour une autre comparaison, qui touche à des faits subjectifs et non objectifs, pour parler de celte transformation? Dans un stéréoscope, les deux images représentant deux aspects différents d'un objet, produisent d'abord sur la vue un trouble, dû à un conllit d'impressions, puis après un temps et tout à coup s'unissent en un seul tout qui s'offre à nous avec une extrême clarté; de même, ne puis-jc pas le dire? cet idéalisme et ce réalisme, dont mon critique marque avec force l'opposition, et avec eux toutes celles de mes opinions où il voit des contradictions essentielles et frappantes, finiront, sil les considère avec plus de patience, par se rejoindre comme les deux côtés complémentaires d'une figure.

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