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Principes de psychologie, pdvl. VII

D'abord , on le voit par le contexte, cette accusation est dirigée contre tous les partisans de la doctrine de l'évolution sous une forrae quelconque. Ensuite, en ce qui me concerne, je ne puis croire que Fauteur de l'article nie l'eût adressée, s'il eût mieux examiné les laits, sans se borner à ceux de mes ouvrages qu'il indique en tète de son compte rendu. Et, je ne puis m'empècher de le penser , si l'esprit d'équité, auquel il s'efforce visiblement de demeurer lidèle, eût été bien en éveil au moment où il écrivait ces passages, il aurait \ii qu'avant de lancer une allégation aussi grave, un supplément denquète n'était pas de trop. S'il avait dit simplement, qu'avec la doctrine de l'évolution de lesprit, entendue comme je l'entends, il ne voyait pas sur quel fondement s'établiraient les principes delà morale, je n'aurais rien dit, pourvu encore qu'il eût ajouté que pour moi je croyais pouvoir les établir, et sur quelles bases. Au contraire, à la manière dont il tire cette conclusion, qui lui est propre, de mes prémisses, on croirait que je dois l'en tirer pareillement moi-même. J'assure aux principes de la morale des fondations toutes différentes, et bien supérieures en solidité à celles que nous offrent les sentiments et concepts moraux ; or il parle de ces derniers comme si j'en faisais la seule base de mes théories éthiques. « Le système de morale de M. Spencer, affirme mon critique, a encore un défaut plus grave : il nie l'existence de toute distinction objective entre le juste et l'injuste chez aucun être, que les hommes soient d'ailleurs responsables ou non de leurs actes; » or je soutiens, au contraire, que s'il se distingue des autres systèmes de morale, c'est en ce qu'il tient pour objective cette distinction, et

s'efforce de démontrer que la distinction qui se fait à cet égard dans le sujet vient de celle qui est dans l'objet. Dans mon premier ouvrage, la Statique sociale, publié il y a vingt-trois ans, ma tlièse essentielle est que, mis à part leur caractère respectable d'injonctions d'un Dieu et l'autorité qui s'attache à des intuitions morales, les principes de la justice peuvent se dé- 1 duire d'abord des lois de la vie, telles qu'elles se présentent dans l'état social. Dans tout ce livre, je soutenais que ces principes, avec leur origine, possèdent une autorité suprême, devant laquelle doivent s'incliner les conseils de l'utilité immédiate; et, pour ce motif, M. Mill me classa parmi les adversaires des utilitaires. Plus récemment, dans une lettre que ce malentendu de M. Mill m'engagea à écrire et qui fut ensuite publiée par le professeur Bain dans sa Science mentale et morale, j'ai exposé à nouveau cette thèse. Déjà, dans un article d'éclaircissement, publié sous le titre : Morale et sentiments moraux, dans cette revue même, en avril 187i, j'ai cité quelques passages de cette lettre; je vais les citer encore ici, espérant qu'on m'en excusera, à cause de la gravité des jugements que porte l'écrivain de la Quaterly :

« La morale proprement dite, la science de la droite manière de se conduire, a pour objet de déterminer en quoi et pourquoi certaines façons de se conduire sont funestes et certaines autres avantageuses. Ces résultats, bons ou mauvais, ne peuvent être tels par accident, mais bien par une suite nécessaire de la nature des choses ; et, à mon sens, c'est la tâche de la science morale, de déduire des lois de la vie et des conditions de toute existence, quelles sont les formes d'activité qui tendent à produire nécessairement le bonheur ou à produire le malheur. I^es conclusions qu'elle aura ainsi énoncées devront passer en lois de notre conduite; il faudra y

obéir, sans regarder au bonheur ou à la souffrance qui en résulte directement. «

c S'il est vrai que la pure honnêteté exige un aiTangement de toutes choses qui est beaucoup trop bon pour les hommes du temps, il ne l'est pas moins que le simple intérêt ne tend pas par lui-même à créer un état de choses supérieur à ce que nous voyons. La morale absolue a besoin du frein de l'intérêt pour ne point se jeter dans les absurdités de l'utopie; mais l'intérêt a besoin de la morale absolue, seul aiguillon qui puisse l'exciter au progrès. Accordons que notre premier besoin est de savoir ce qui est relati' vement juste; mais il ne s'ensuit pas moins que nous devons d'abord regarder ce qui est absolument juste, car le premier concept suppose d'abord l'autre. »

Je fis alors sur ces mêmes passages un commentaire que je peux hien reproduire. « Je ne vois pas, disais-je, comment on pourrait bien mettre plus d'énergie à donner à la morale un fondement indépendant dé tout ce que nous apprend l'expérience de nos intérêts, et, en un sens, antérieur; et par suite encore un fondement indépendant des sentiments moraux qui naissent, selon moi, de celte expérience, et antérieur à ces sentiments. » Je n'ajouterait qu'un mot : si j'avais professé exactement le contraire de ce que j'ai dit, le critique aurait pu, je l'avoue, appuyer sou jugement sur de bonnes raisons. Si, au lieu de reculer devant la doctrine qui lait « du plus grand bonheur possible le but immédiat de l'homme » ', je l'avais prise à mon compte; si, au lieu d'exposer et de justifier « la foi dans le caractère particulièrement sacré de ces principes suprêmes, et le sentiment de l'autorité incomparable, qui s'attache aux émotions altruistes correspondantes 2, » j'avais

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