‹ Essais de morale, de science et d'esthétiqueChapitre 4 sur 76 · XII PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE DU TRADUCTEUR

en notre pays, un moment^ ont quelque peu déserté les études scientifiques, il ne paraît pas que l'expérience leur ait beaucoup réussi, puisqu'on les voit y revenir d'autant plus avidement. Mais, d'autre part, il s'en faut que tout, dans la science, intéresse également le philosophe : les discussions de détail le touchent moins ' ; ce à quoi il s'attache, ce sont les grandes théories, où se voit plus à plein l'effort heureux d'un esprit que guide la croyance aux lois naturelles , le sens du mécanisme universel. Ce qu'il y cherche, c'est justement ce sens-là, qui est l'âme de toute science.

Mais, précisément parce qu'il est l'âme de toute science, il ne peut être Târae de la philosophie. Le philosophe, donc, a besoin assurément d'être pénétré de Fesprit scientifique ; et c'est pourquoi il lui faut aller à Técole auprès des savants, surtout de ceux qui conservent dans sa plus grande pureté l'esprit scientifique : oùozk:^ àY20)a£TpyiTo; hnlz^, disait déjà Platon ; aussi est-ce dans les mathématiques, et plus encore dans ces parties des sciences qui ont été, grâce à la mécanique, converties en autant de mathématiques apphquées, qu'il apprendra l'esprit, les principes vrais de toute science. Toutefois, puisque la philosophie n'existe que dans la mesure même où elle se propose un but à elle

1. Si ce n'est quand il veut étudier la formation des vérités scientifiques, leur établissement progressif ; mais alors^ c'est encore l'esprit scientifique qui l'intéresse dans ces débats : il considère la forme, non la matière, de la di^^cussio n.

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propre, différent du but de la science, il faut bien qu'elle ait à faire de ces principes un usage nouveau ; qu'au lieu d'y être soumise et d'en faire l'application elle ait son centre en debors d'eux et les considère comme d'un point de vue extérieur. Or quel peut être ce point de vue? En debors de la science, il n'y a au monde pour l'homme qu'une chose : l'action. Comprendre, agir, voilà pour nous les deux seules relations possibles avec les choses. Contemplation, vie pratique : deux attitudes que nous prenons alternativement ; il n'y eu a pas d'autres. Or. si la science a ses principes, qui paraissent se ramener tous à la doctrine du déterminisme, la vie pratique aussi a le sien. Ce principe, en vertu duquel nous faisons tout ce que nous faisons et qui seul nous détermine, même à étudier l'univers et à créer la science, peut bien varier d'homme à homme : il est ce qui constitue notre caractère à chacun, et quoi de plus divers que les caractères? N'importe! en chacun de nous, il existe; il est notre notion propre du souverain bien : pour les uns, c'est le bonheur ; pour d'autres, la liberté ; et peut-être il est capable de prendre bien d'autres aspects encore ; mais assurément il n'est aucun homme chez qui il n'apparaisse. — Eh bien! si vraiment il doit y avoir une philosophie, si elle doit avoir une vie propre-, et si pourtant elle ne peut ignorer les> principes de la science ni manquer de s'en occuper en quelque façon, n'est-il pas à croire que son rôle est de chercher le rapport de ces deux

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principes, celui de la science et celui de l'action, soit pour les concilier, soit pour subordonner l'un à rautre?Kant l'entendait ainsi , rpiand il proposait à la philosophie , comme objet capital, ce problème : de concilier la liberté humaine avec le déterminisme universel ; et M. S})encer n'en tombe-t-il pas d'accord, bien qu'indirectement, lorsqu'il couronne son système de l'univers par des écrits de pohtique et de morale?

S'il en est ainsi, il se peut bien que notre auteur n'amène pas tous les esprits à concevoir à sa façon les rapports de la l>hilosophie avec les sciences. Mais on lui accordera un point auquel sans doute il tient plus encore, et qu'il faut retenir surtout, car, en somme, c'est sur les points où nous nous accordons que nous avons encore le plus de chances d'avoir raison ; c'est dans la vérité surtout que les esprits se rencontrent et s'unissent vraiment. Ce point important, c'est que la philosophie, entendez-la d'ailleurs dîme ou d'autre manière, ne peut vivre sans un commerce étroit avec les sciences. Aussi, quand bien même le présent volume n'apprendrait pas aux philosophes qui veulent s'initier à la science sans cesser d'être, même en ces études-là, des philosophes, la direction vraie à donner à leurs travaux, et Tesprit dont ils doivent s'inspirer alors, du moins il leur apprendra, par un exemple éloquent, ce qu'il faut avoir fait de science , et avec quelles précisions , avant d'oser croire qu'on s'y entend. Sévère leçon pour ceux qui trop

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lui se targueraient d'im savoir acquis à peu de frais. Leçon réconfortante pour ceux qui déjà désesjièrent des résultats d'une alliance , quand à peine elle est ébauchée , rêvée.

(The Leader, janvier 1852-inai i85i.)

Hypothèse de l'évolution , et hypothèse des créations spéciales. — Injustes dédains des partisans de celle-ci pour celle-là. — Comparaison :

Dix millions de créations spéciales. — Impossibilité de concevoir' l'opération dite création ; à plus forte raison, de constater dans la nature rien qui y ressemble.

Au contraire, la modification lente des espèces est un fait quotidien : loi de l'habitude. — Puissance des moditications lentes. — Exemple théorique : le cercle et l'hyperbole. — Exemples naturels de passage du simple au complexe : la graine et l'arbre, l'œuf humain et l'homme. — Toutes les graines, tous les œufs, dans leur état premier, se ressemblent. — Généralisation.

Origine de la croyance aux créations spéciales : le mythe Mosaïque.

(TR

Dans une discussion sur l'hypothèse du développement universel, qui m'a été racontée par un ami, l'un des interlocuteurs se servit, paraît-il, d'un argument que voici : dans les limites de notre expérience, nous n'avons pas d'exemple d'un fait tel qu'une transmutation d'espèce; donc^en bonne philosophie, on ne peut admettre dans aucun cas une transmutation d'espèce. Si je m'étais trouvé là, sans m'arrêter à élever contre sa tlièse les critiques qu'elle appelle, j'aurais, il me semble, répliqué que, dans les limites de notre expérience, nous n'avons pas d'exemple d'une création d'espèce, et oju'à son compte, en bonne philosophie, on ne peut admettre aucune création d'espèce.

Certaines personnes repoussent d'un air cavalier la théorie df l'évolution, parce que les faits à l'appui ne sont pas suffisants : c'est trop oublier qu'à l'appui de leur théorie à elles;, il n'y a pas un seul fait. Gomme la plupart de ceux qui sont attachés à un article de foi, elles exigent de tonte croyance opposée les démonstrations les plus rigoureuses; mais powr k

leur, selon elles, elle peut s'en passer. Nous voyons, répandus à la surface du globe, un grand nombre de types divers de végétaux et d'animaux : 320,000 espèces de la première catégorie, environ, selon Humboldt, et 2 millions d'espèces de la seconde (voir Carpenter) ; ajoutez-y les espèces d'animaux et de plantes aujourd'hui éteintes, et vous pouvez hardiment porter le chiffre des espèces qui ont vécu ou vivent sur la terre à dix milliojis au moins. Eh bien ! quelle est, sur l'origine de ces dix millions d'espèces, la théorie la plus raisonnable *? Y a-t-il plus de vraisemblance à admettre dix millions de créations spéciales? ou bien à croire que par des changements continus, dus eux-mêmes à la mutabilité des circonstances, il s'est produit dix millions de variétés, de même qu'on en voit maintenant encore se produire de nouvelles?

Bien des gens assurément répondent qu'ils ont moins de peine à concevoir dix millions de créations spéciales, que de concevoir dix millions de variétés se formant par l'effet de changements successifs. Mais, en y réfléchissant, ils pourront voir qu'ils sont en cela sujets à une illusion. C'est ici l'un de ces cas nombreux où l'on ne croit pas réellement, mais où Ion croit que l'on croit. En fait, ils ne peuvent pas concevoir dix millions de créations ; mais ils se figurent de le pouvoir. A y regarder de près, ils s'apercevront qu'ils ne se sont jamais représentés nettement la création même d'une seule espèce. S'ils se sont fait de cette opération une idée déterminée, qu'ils nous disent donc comment une espèce est formée et comment elle fait son entrée dans le monde. Est-ce qu'elle tombe des nues ? ou bien faut-il croire qu'elle sort avec effort du sein de la

terre? Ses membres et ses viscères accourent-ils s'unir de tous les points du compas ? ou bien nous rendrons-nous au. vieux dogme hébreu, que Dieu prend de l'argile et pétrit une nouvelle créature? Il nous diront qu'aucun de ces procédés n'est le vrai, que ce sont là des absurdités vraiment trop incroyables. — Mais alors, dites-nous, s'il vous plaît, quel est le procédé par lequel une créature nouvelle peut être produite ; dites-nous un procédé qui ne soit pas absurde. — Mais de déterminer un pareil procédé, c'est ce qu'ils n'ont jamais pu, ni ne pourront jamais.

Les fidèles de la théorie des créations spéciales trouveront peut-être que c'est beaucoup exiger de leur demander une description de l'événement lui-même : eh bien I n'en demandent-ils pas beaucoup plus long aux défenseurs de l'hypothèse du développement naturel? Que leur demande-t-on? Uniquement d'indiquer un procédé de création qui soit concevable. Mais eux ne demandent pas seulement qu'on leur indique un procédé concevable ; ils veulent le procédé réel. Ils ne disent pas : Montrez-nous que la chose est possible. Il disent : Montrez-nous qu'elle a eu lieu. La question que nous avons faite est donc bien loin d'être déraisonnable ; nous aurions même raison de demander plus qu'un procédé possible de création spéciale, à savoir un procédé constaté ^ et en cela nous ne serions pas plus exigeants que nos adversaires.

Et par là on peut voir combien la nouvelle doctrine se défend mieux que l'ancienne. Quand les partisans de l'hypothèse du développement naturel se borneraient à nous rendre concevable l'origine des espèces par la voie des cliangements, ils

auraient déjà l'avantage sur leurs contradicteurs. Mais ils peuvent aller bien plus loin. Us peuvent taire voir que la méthode des cliangeiuents lents a produit, et produit encore, des variations notables dans tout organisme soumis à des influences capables de le modilier. Assurément, faute de pouvoir réunir des faits en suMlsance, ils ne réussissent pas à suivre toutes les phases qu'a traversées une des espèces existantes pour arriver à sa forme actuelle, ni à déterminer les causes de ses modifications successives; mais ce qu'ils peuvent faire voir, c'est que toute espèce existante, animale ou végétale, si le milieu vient à changer, i<e met sur-le-champ à modifier sa structure, de façon à s accommoder à ses nouvelles ctndUions d'existence. Ce qu'ils peuvent faire voir, c'est que datis le cours des généralions, ces modifications se poursuivent, jusqu'à ce qu'enfin les nouvelles conditions d'existence deviennent pour l'individu les conditions naturelles. C'est encore que les plantes cultivées, les animaux domestiques et les ditïérentes races humaines offrent des altérations toutes semblables. C'est aussi que les difféi-ences ainsi produites sont souvent (chez les chiens par exemple) bien plus fortes que celles dont ou se contente dans d'autres cas pour y fonder des distinctions d'espèces. C'est qu il y a matière à discussion pour savoir si telles de ces formes modifiées sont des variétés ou des espèces séparées. C'est que les chaiigements dont nous sommes chaque jour les sujets : la facilité <|u'engendre la répétition d'un acte, et la décroissance de l'aptitude, qui suit la désaccoutumance ; le dé\eloppement des passions auxquelles on cède ordiiiaire- ^ meut, et i'atiaiblissement de celles qu'on refrène avec cous-

tance ; la proportion qui se conserve entre l'énergie d'une faculté, physique, morale ou intellectuelle, et l'exercice iju'on lui impose ; tous ces laits s'expliquent par le même principe. En somme, ce qu'ils peuvent faire voir, c'est que dans le monde vivant tout entier s'exerce aujourd'hui une influence modificatrice analogue à celle où ils voient la cause des différences entre les espèces : influence lente à agir, mais qui, avec le temps et quand les circonstances l'exigent, produit des changements notahles; influence capable, semble-t-il, dans le cours des millions d'années, au milieu de circonstances aussi variées que celles dont nous retrouvons les traces géologiques, de produire tous les changements possibles.

Eh bien! des deux hypothèses, quelle est la plus raisonnable? celle des créations spéciales, qui ne s'appuie pas sur un seul fait, qui môme ne peut se concevoir nettement ; ou bien celle du changement lent, qui se conçoit avec précision, et qui de plus est conforme aux lois de l'habitude dans tous les organismes existants ?

Il ne faut qu'une série de modifications pour qu'un protozoaire devienne un mammifère : voilà une idée qui pourra sembler grotesque à ceux qui ne sont pas familiers avec la zoologie et qui n'ont jamais vu combien la parenté des formes les plus simples avec les plus complexes devient évidente, quand on interpose les formes moyennes. Ils voient plutôt les choses sous l'aspect statique que dynamique ; aussi ne se représentent-ils pas bien qu'avec un changement croissant petit à petit il n'est pas de transformation qu'on ne puisse produire. Quand ils voient homme fort celui qu'ils ont vu enfant, ils ne le

reconnaissent qu'avec surprise ; que le changement soit plus grand encore, leur surprise sera de l'incrédulité. Et pourtant, les exemples ne manquent pas pour nous enseigner comment, par des degrés insensibles, on peut traverser les formes les plus diverses. Dernièrement, je discutais ce sujet avec un savant professeur; je me servis de l'exemple suivant : — Vous admettez qu'il n'y a pas de relation apparente entre le cercle et l'hyperbole. L'un est une courbe finie ; l'autre , infinie. L'un est identique en toutes ses parties; l'autre n'en a pas deux identiques. L'un enclôt un espace; l'autre, prolongée sans fin,, ne se fermera jamais. Pourtant ces courbes ont beau être aussi opposées dans toutes leurs propriétés, elles peuvent être reliées par une série de courbes intermédiaires, dont pas une ne diffère sensiblement des précédentes. La section d'un cône par un plan perpendiculaire à l'axe donne un cercle. Si le plan, au lieu d'être perpendiculaire à la rigueur, fait avec l'axe un angle de 89° 59', on a une ellipse, mais telle que nul œil humain, môme aidé du compas le plus juste, ne la distinguera d'un cercle. Faites décroître l'angle minute par minute, l'ellipse devient excentrique d'abord sensiblement, puis trèsvisiblement; peu à peu, elle s'allonge au point que sa ressemblance avec le cercle devient méconnaissable. Poursuivez : l'ellipse devient insensiblement une parabole, et enfin, si l'angle continue à décroître, une hyperbole. Ainsi voilà quatre espèces différentes de courbes : le cercle, l'ellipse, la parabole et l'hyperbole, dont chacune a ses propriétés et son équation à elle, dont la première et la dernière sont de natures entièrement opposées, et qui se relient comme membres d'une

série dont tous les anneaux s'engendrent par un procédé unil'orrae de moditication insensible.

Mais on s'étonne bien plus de l'aveuglement qu'il faut pour traiter d'absurde la théorie qui fait sortir, par voie de modifications successives, les formes organiques complexes des simples, quand on songe que la production de formes organiques par ce procédé même est un fait quotidien. Entre un arbre et une graine, la différence est grande, pour le volume, la structure, la couleur, la forme, la densité, la composition chimique : si grande, qu'on ne saurait découvrir entre eux la moindre ressemblance. Toutefois, il faut simplement quelques années pour que l'une se change en l'autre : et le changement est si bien ménagé, qu'il n'y a pas un moment précis où l'on puisse dire : Maintenant la graine cesse d'être, et l'arbre existe. Quel contraste plus frappant qu'entre un nouveau-né et ce petit globule, demi-transparent, gélatineux, qui est l'œuf humain? La structure d'un enfant est si complexe, que la seule description de ses parties constitutives est une vraie encyclopédie. La vésicule germinale est si simple, que sa définition tient dans une ligne. Eh bien ! il ne faut que peu de mois pour que l'un sorte de l'autre, et, cette fois encore, par une suite de modifications si faibles, que l'observation même au microscope, et répétée de minute en minute, ne parviendrait qu'avec peine à y saisir des changements sensibles. Des gens sans instruction, ou mal instruits, peuvent bien ne voir qu'une plaisanterie dans l'hypothèse que toutes les races des êtres, l'homme compris, peuvent être sorties, par le progrès des temps, de la plus simple monade: il n'y a pas de quoi nous en étonner. Mais un physiologiste, qui

sait que tel est le procédé de développement de tout être vivant ; qui sait en outre que, dans leur premier état, les germes de toutes les plantes et de tous les animaux sont semblables, au point « qu'on ne saurait décou\rir une seule distinction suflisante pour dire d'une molécule donnée : Voilà le germe d'une conierve ou celui d un chône, celui d'un zoopliyte ou celui d'un homme *, » qu'un physiologiste tasse des difficultés sur ce point, cest ce qu'on ne saurait excuser. Certes, si une cellule isolée peut, sous de certaines influences, devenir en l'espace de vingt ans un homme, il n'est donc pas absurde de supposer que, sous certaines autres influences, une cellule peut, dans la suite des myriades de siècles, donner naissance à la race humaine. Les deux procédés «ont identiques en genre; ils ne difïèrent que par la durée et la complexité.

En vérité, le rôle que beaucoup de savants jouent dans ce procès de « la loi contre le miracle , » nous offre un bon exemple de cette vérité : que les superstitions ont la vie dure. Demandez à un de nos principaux géologues ou physiologistes s'il croit au récit de la création par Moïse : il trouvera que votre (|uestion ressemble de bien près à une insulte. Ou bien il rejette entièrement cette histoire, ou bien il la prend dans quelque sens vague et peu naturel. Pourtant il y a une partie du récit qu'il adopte sans le sa\oir, et même dans le sens littéral. Car d'où a-t-il pris cette idée des « créations spéciales », qu'il juge si sage et qu'il défend avec tant de force? Evidemment, il ne pourrait lui trouver d'autre or^ine que ce mythe même, et il le répudie. La nature ne lui fournit pas un fait à l'appui

t. Carijeuler.

de cette idée; il ne possède pas pour la démontrer une suite de raisonnements liés. Confessez-le; il faudra bien qu'il en vienne à avouer que cette idée est entrée dans son esprit avec un conte dont elle faisait partie et qui maintenant lui parait absurde. Gomment se fait-il qu'après avoir rejeté le reste de ce conte il défende si 'bravement ce dernier débris, comme si celui-là était garanti par quelque autorité sérieuse? C'est ce (jue lui-même serait bien embarrassé de dire.

I. Objections de M. Martineau à la théorie de l'évolution absolue :

1° Nécessité primitive dune multiplicité de corps chimiques simples. — Réponse : la simplicité des corps dits simples e?t douteuse (opinion des chimistes) et même improbable (analyse spectrale, allotropie).

2" Il n'y a pas de passage naturel connu de l'état brut à la vie. — Réponse : notre ignorance ne prouve rien; d'ailleurs la distance des deux règnes va diminuant : fabrication des composés organiques par les chimistes ; l'isomérisme et ses effets physiologiques.

3° Pas de passage du règne végétal au règne animal. - Le progrès de la sci nce consiste à détruire peu à peu toute démarcation entre ces deux règnes.

4° Objection sous-entendue : pas de passage de la vie animale à la vie <le l'esprit. — Loi de continuité : transition de l'un à l'autre état dans la hiérarchie des êtres, dans le développement de l'individu.

5' Objections fondées sur la terminologie de la doctrine de l'évolution : la concurrence, la survivance des meilleurs, le mot évolution.

II. L'évolution d'après M. Martineau. — Elle est prévue et dirigée par une volonté et un esprit divins. — Le rapport de l'Esprit divin aux choses est celui même de la force mentale aux forces physiques en nous.

Difficultés de cette hypothèse. — La présence universelle d'un Esprit immanent ne peut être conçue comme cause de l'évolution. Cette proposition, en effet, ne peut être pensée; elle n'est qu'une pseudo-idée : un esprit est une série uniliuéaire d'états de conscience successifs ; le monde est fait d'un nombre infini de séries simultanées de phénomènes. — On est réduit à concevoir autant d'esprits que de phénomènes à produire : retour au fétichisme.

Humilité des partisans de l'évolution devant le problème du principe universel : ils y voient un mystère insoluble et rejettent la solution du matérialisme, comme toute autre. — Témérité impie de leurs adversaires les théologiens : ils croient avoir résolu le mystère.

(TR

L'article de M. Martineau, intitulé « la Place de l'esprit dans la nature et dans l'Intuition de l'homme » {Revue confemporaine, n° d'avril), m'a remis en tète un projet, auquel j'avais déjà songé, de répondre aux principales .objections qui ont, de temps à autre, été soulevées contre les théories générales des Premiers Principes; si l'argumentation de 31. iMartineau n'est ouvertement dirigée contre aucune des thèses proposées ou impliquées dans cet ouvrage, elle ne porte pas moins indirectement contre elles. J'aurais cependant retardé encore l'exécution de mon projet, si je n'avais appris que les raisons de M. Martineau ont paru concluantes à quelques-uns, et qu'on a pris mon silence pour une impuissance de répondre. Ce m'est un motif de porter mon attention sur ces raisons, d'autant qu'il est possible, ce me semble, de répondre aux principales sans m'étendre outie mesure.

La première objection précise qu'élève M. Martineau est que l'hypothèse de l'évolution uni\erselle ne saurait rendre compte des faits même de l'ordre le plus simple sans admettre des

substances diverses en grand nombre. Car, dit-il, s'il n'y avait qu'une espèce de matière, les changements chimiques ne seraient plus possibles ; et, « pour lancer le monde dans la voie des faits chimiques, il faut lui fournir un capital, lui accorder en suffisance des éléments constituants hétérogènes. Donc essayez de ce que peut un tel présent; jetez dans le creuset, qui préexiste, toute la série des substances reconnues pour élémentaires, et laissez leurs affinités opérer. » Évidemment ce passage donne à entendre qu'avant toute évolution l'existence d'éléments créés séparément est indispensable.

Or, en cela. Al. Martineau s'avance jusqu'à soutenir une thèse que peu de chimistes, pas un peut-être, n'oserait affirmer, et que beaucoup rejetteront nettement. Il n'y a pas de « substances reconnues pour élémentaires », si l'on entend par là des subtances que l'on saurait être élémentaires. Ce que les chimistes, pour la commodité du langage, appellent substances élémentaires, ce sont au fond des substances qu'ils n'ont pas encore réussi à décomposer; mais ils se souviennent trop des leçons du passé, pour oser dire qu'elles sont absolument indécomposables. L'eau fut regardée pendant plus de deux mille ans comme un élément, puis il fut prouvé qu'elle était un composé. Jusqu'au jour où Davy les soumit à l'action d'un courant galvanique, les alcalis et les terres passèrent pour des éléments. Il s'en faut de beaucoup que les « substances reconnues pour élémentaires » soient regardées comme absolument simples : tellement, que c'est pour les chimistes le sujet de nombreuses spéculations, de déterminer le procédé de composition et recomposition par lequel elles se seraient formées de quelque substance dernière :

ainsi certains cliimistes ont supposé que l'atome de l'hydrogène était l'unité composante, d'autres soutenant au contraire qu'on ne saurait interpréter de la sorte les poids atomiques des corps dits simples. S'il m'en souvient bien, sir John Herschell entre autres donna, il y a quelque vingt-cinq ans, des indications sur un système de combinaison qui expliquerait ce rapport des poids atomiques entre eux.

Ce qui alors n'était que soupçonné est aujourd'hui devenu, en pratique, certain. Les résultats de l'analyse spectrale excluent totalement l'hypothèse que les corps dits par convention simples puissent être réellement simples. Chacun d'eux donne un spectre avec des raies au nombre de deux à quatre-vingts et plus : chacune de ces raies suppose que certaines ondulations éthérées d'un certain ordre sont interceptées par quelque chose qui vibre à leur unisson ou en harmonie avec elles. Si le fer était absolument simple, on ne concevrait pas que son atome pût intercepter des ondulations éthérées de quatrevingts ordres différents : certes il ne s'ensuit pas que sa molécule contienne autant d'éléments divers qu'il y a de raies dans son spectre; mais du moins cette molécule est complexe. Cette indication générale est encore confirmée et éclaircie par l'observation de l'azote : le spectre de l'azote a deux séries indépendantes de raies, et offre l'une des séries ou l'autre, selon la température où se fait l'observation. D'où cette conclusion que les prétendus corps simples se forment par la combinaison répétée de certaines unités primordiales, de même que par les combinaisons répétées des corps dits simples se forment les oxydes, les acides et les sels.

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Cette hypothèse s'accorde hien d'ailleurs avec les faits d'allotropie. Plusieurs corps, de ceux qu'on nomme simples par convention , peuvent prendre diverses formes , sous chacune desquelles ils présentent des propriétés entièrement à part. Le corps semi-transparent, incolore, très-actif, qu'on nomme communément phosphore, peut changer au point de devenir opaque, rouge sombre et inerte. Des changements analogues se produisent pour des corps gazeux, non métalliques, tels que l'oxygène, et aussi pour certains métaux, comme l'antimoine. Ces transformations totales, dans les propriétés d'un corps, se produisent sans aucune intervention qu'on puisse appeler chimique; elles ne s'expliquent que par des arrangements moléculaires nouveaux; or, si des différences peuvent être produites dans les propriétés d'un corps par une différence dans l'arrangement des molécules, c'est donc bien, encore une fois, que les propriétés des divers éléments résultent des divers arrangements dus aux combinaisons répétées de certaines unités dernières, homogènes entre «lies.

Ainsi l'objection de M. Martineau, non-seulement transforme notre ignorance de la nature des éléments en une affirmation pure de la simplicité des corps dits élémentaires, ce qui serait son moindre défaut : en fait, elle est combattue par deux séries d'arguments d'où résulte avec évidence la complexité des corps dits simples.

M. Martineau dit ensuite que la théorie générale de l'évolation trouve sur sa route un obstacle infranchissable : c'est labîme qui sépare la vie de ce qui ne vit pas. Voici ses

termes : « Prenez des données aussi riches qu'il vous plaira, arrangez-les à votre guise, au bout de chacun des passages que vous explorez, vous trouvez toujours fermée devant vous la porte de la vie. » Ainsi, pour la seconde fois, notre ignorance devient ici une connaissance positive; nous ignorons comment s'est opéré un certain passage dont il est question : dans la théorie : on en conclut qu'un tel passage ne s'est point opéré. Nous retrouvons là, sous une forme plus générale, l'argument, qui jusqu'à ces derniers temps passa pour solide, que, la genèse de chaque espèce d'êtres n'ayant point été expliquée, il fallait bien que chaque espèce eût été créée à part.

Je m'en tiens sur ce point à cette indication. Et, pour poursuivre, je constate que les découvertes de la science, de jour en jonr, rétrécissent l'abîme, ou, pour user de la métaphore de M. Martineau, « ouvrent la porte. » Il y a peu d'années, on tenait encore pour certain que les composés chimiques dits organiques ne pouvaient être produits artificiellement. Aujourd'hui, on en produit artificiellement plus de mille. Les chimistes ont trouvé le moyen de les former, en partant des plus simples jusqu'à de plus complexes, et ils ne doutent pas qu'ils ne doivent un jour arriver aux plus compliqués. D^ plus, les faits qui se rattachent aux changements isomériques nous donnent des lumières sur les mouvements par lesquels seuls se manifeste à nous la vie sous ses plus humbles formes. En différents colloïdes, comme les albuminoïdes, le changement isomérique est accompagné d'une contraction ou d'une expansion, donc d'un mouvement; et dans certains types primitifs,

tels que le protogène de Hœckel, qui pour Taspect ne diffèrent point de petits fragments dalbumine, les mouvements qu'on y observe peuvent se comprendre comme l'effet de changements isomériques, dus à des variations dans les influences physiques environnantes. Cette explication semblera probable si l'on se rappelle l'exemple fourni par les organismes plus élevés, où beaucoup de fondions ont pour cause essentielle des changements isomériques, par lesquels la protéine passe de l'un à l'autre des nombreux états dont elle est capable.

Ainsi donc, à cette objection, nous répliquerons : d'abord que des deux côtés à la fois l'abîme qui semblait infranchissable va se comblant rapidement; ensuite, quand il ne serait pas en train de se combler, que nous ne serions pas plus sages de supposer à la vie un commencement surnaturel, que ne le fut Kepler d'imaginer pour chaque planète un esprit directeur chargé de la retenir dans son orbite, parce qu'il ne voyait pas d'autre moyen de l'y retenir.

La troisième des objections précises de M. Martineau est voisine de la précédente. L'hypothèse de l'évolution rencontre, d'après lui, une difficullé insurmontable : c'est la distinction absolue qui s'élève entre le règne animal et le règne végétal. « Vous ne pouvez, dit-il, avancer d'un seul pas dès qu'il s'agit de déduire de vos principes la sensation et la pensée : ni les plantes de l'ordre le plus élevée (les exogènes) ne se dépassent elles-mêmes jusqu'à atteindre la vie animale; ni, au plus bas degré du monde animal, de quelque façon que vous classiez les éponges auprès des herbes marines, vous ne nous ferez

croire que les sporules d'un de ces genres puissent donner des individus de l'autre. »

On ne saurait avoir la main plus malheureuse que M. Martineau. Assurément, sur ces points que M. Martineau indique, on ne saurait trouver une transition entre les deux règnes, et d'ailleurs pas un naturaliste n'irait la chercher là : mais la liaison entre les deux grandes divisions de la nature vivante n'en est pas moins assez étroite pour qu'il soit impossible aujourd'hui de tracer la démarcation. Longtemps les naturalistes ont cherché des définitions capables, l'une d'envelopper toutes les plantes et d'exclure tous les animaux, l'autre d'envelopper tous les animaux et d'exclure toutes les plantes. Ils y ont échoué à tant de reprises, qu'ils y ont renoncé. Il n'y a pas de distinction chimique solide; il n'y a pas de distinction anatomique solide, pas de distinction physiologique solide, pas de distinction solide fondée sur le mode d'existence. Parmi les animaux simples, de nombreuses espèces contiennent de la chlorophylle et décomposent l'acide carbonique sous l'action de la lumière, comme les plantes. Parmi les végétaux simples, de nombreuses espèces, telles que les diatomacées de la moindre mare d'eau stagnante, ne se meuvent pas avec moins de vivacité que les petits êtres, leurs voisins, qu'on nomme animaux; bien plus, parmi les espèces les plus humbles des vivants, il n'est pas rare qu'un être vive tantôt d'une vie surtout végétale, tantôt surtout animale. Le nom seul de zoospores, qu'on donne aux germes des algues, leur vient de ce que d'abord ils nagent çà et là avec vivacité, à l'aide de leurs cils, puis se fixent, et grandissant prennent une forme

végétale; et ce nom a pour objet de rappeler leur double nature. Ces deux natures sont si bien fondues en eux que jadis beaucoup de naturalistes voulaient créer pour ces types inférieurs un sous-règne intermédiaire entre l'animal et le végétal : et ce qui les a découragés, c'est que la mèrne difficulté se représente quand il s'agit de déterminer la limite entre ce sous-règne et les deux voisins, quel que soit le point choisi à cet effet.

Ainsi la supposition d'où part M. Martineau est juste l'opposé de ce que croient la plupart des naturalistes.

Il est encore une quatrième critique, parente des autres, qui n'est pas exprimée ouvertement, mais qui me semble enveloppée dans l'écrit de M. Martineau : c'est que, de la vie à l'esprit sous sa forme la plus simple, il n'y a pas de transition. M. Martineau dit, il est vrai, « qu'avec les seules ressources du pur vivant, telles que les offre le végétal, l'esprit ne peut commencer d'être; » et ainsi il semble donner à entendre que les ressources que possède l'animal suftlsent à expliquer « l'apparition de l'esprit ». Toutefois, il eût pu ne pas nous accorder ce sous-cntendu et affirmer nettement qu'il y a une lacune entre l'esprit et la vie corporelle : il n'en avait certes pas moins de raisons que de conclure à une lacune entre la vie animale et la vie végétale. Or, s'il l'eût fait, les difficultés de sa thèse n'eussent pas été moins insurmontables qu'elles ne le sont déjà.

En effet, les formes très-humbles de l'irritabilité dans le règne animal, qui sont, je suppose, ce que M. Martineau veut

indiquer quand il parle du « commencement de la vie de l'esprit », ne se distinguent pas de l'irritabilité dans les plantes, et n'impliquent pas davantage la conscience. Si lorsqu'une feuille de sensitive se reploie à un simple attouchement, lorsque l'étamine d'un ciste sauvage s'étale sous une doucecaresse, on ne veut voir là que des actions vitales d'espèce purement physique; il faut traiter de même les contractions non moins légères des tentacules d'un polype. Or, de ce mouvement simple d'un animal sans système nerveux, nous passons, par degrés insensibles, à travers des formes d'activité de plus en plus complexes, accompagnées des signes concomitants de sensibilité et d'intelligence, jusqu'aux plus hautes.

Mais, sans parler de cette preuve de la gradation ascendante continue qui part des zoophytes, si bien nommés, et traverse le règne animal, il suffît d'observer un individu pour voir qu'il n'y a ni saut ni lacune entre l'état d'où l'esprit semble absent et le moment où il apparaît. Le jaune d'un œuf, à l'instant où le cuisinier a cassé la coque, ne donne pas signe d'intelligence, et pas davantage de vie. Il ne répond pas à une excitation, ce dont beaucoup de plantes sont capables. Mais si cet œuf, au lieu d'avoir été cassé par le cuisinier, était demeuré sous la poule un certain temps, le jaune aurait, par une gradation inlinitésimale, traversé une série de formes jusqu'à devenir poulet, et, par une gradation aussi infinitésimale, se seraient formées en lui ces fonctions dont le terme est d'abord la rupture de la coque par le poulet, et qui, à sa sortie, le mettent à même de courir, de distinguer sa nourriture, de la picorer, et, si on le blesse, de piauler. Quand la

sensation a-t-elle commencé en lui? et quand a-t-elle fait son apparition, cette faculté de percevoir qui se montre dans la conduite du poulet? On me dira que les actions du poulet sont presque tout automatiques; je pourrais répondre que, si elles le sont en grande partie, toutefois le poulet a évidemment de la sensibilité, donc de la conscience; mais j'aime mieux recevoir l'objection et proposer, à la place de cet exemple, celui de l'homme. Le développement, jusqu'à la naissance, est ici le même, en gros; et, à une certaine époque, il a aussi pour accompagnement des actions réflexes. A la naissance, l'enfant ne montre certes pas plus d'esprit que le poulet; il n'est pas capable de fuir le danger, de choisir et de saisir sa nourriture. Si nous disons que le poulet est sans intelligence, il faudra certes dire que l'enfant est sans intelligence. Or de cet état de l'enfant sans intelligence, jusqu'à l'état de l'adulte intelligent, le progrès se fait à si petits pas, qu'à chaque jour la dose d'intelligence de l'individu ne diffère pas sensiblement de celle des jours précédents et suivants.

Ainsi le sous-entendu de M. Martineau, qu'il y ait ici un saut, est une hypothèse non-seulement gratuite, mais en contradiction avec les faits les plus simples.

Sous certains des termes et des phrases dont je me suis servi, dans mon exposé de la doctrine de l'évolution, pour parler de l'origine des espèces, M. Martineau croit découvrir des idées cacbées, qui justifieraient sa théorie, et il fonde là-dessus des commentaires : examinons-les.

Selon lui, la concurrence {compétition) n'est pas « une force

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primitive, capable de rien produire par elle-mèaie; » et ailleurs : « elle ne peut agir qu'en présence de quelque possibilité d'iai mieux et (Viin pis; » et cette « possibilité d'un mieux ou d'un pis » suppose « un monde arrangé d'avance en vue du progrès », « une volonté directrice poursuivant le bien ». Si M. Martineau avait considéré plus exactement le sujet, il aurait vu que les mots et les phrases qu'il cite sont à la vérité employés pour la commodité du discours, mais que les idées y associées ne sont point essentielles à la doctrine. Sous sa forme rigoureusement scientifique, la doctrine peut se traduire en termes purement physiques, et qui n'imphquent ni l'idée de concurrence ni celle du mieux ou du pire '.

Cette méprise de mots cache une méprise sur les choses mêmes. M. Martineau parle de la « survivance des meilleurs », comme si c'était là vraiment la formule de la loi, et il ajoute que le résultat attribué à cette loi exige « cette supposition que le meilleur est aussi le plus fort ». Mais les termes dont il se sert n'appartiennent qu'à lui, et ne sont pas ceux de ses adversaires. La loi parle de la survivance des plus capables, 11 est à croire qu^en substituant les meilleurs aux plus capables^ M. Martineau ne pensait pas changer l'idée môme , bien que, j'ose le dire, il ait senti que le mot capable ne faisait pas bien dans son raisonnement. S'il eût examiné les faits, il aurait vu que la loi n'exige pas la survivance des « meilleurs » ni des « plus forts, » aux sens ordinaires de ces deux mots. Il s'y agit de la survivance de ceux que leur constitution rend le plus capables de prospérer dans le milieu où ils sont placés; or

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