‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 15 sur 109 · LE GASPILLAGE DE LA VIE · texte numérisé non relu

LE GASPILLAGE DE LA VIE

Gazette de Pensylvaniey 18 novembre 1736.

Anergus ^ était un gentilhomme en bonne situation de fortune; il avait été élevé à ne rien faire et ne savait comment perdre agréablement ses journées; il n'avait aucun penchaat pour les exercices du corps, ni aucun goût pour la culture de l'esprit; il passait généralement dans son lit dix heures sur vingt-quatre; il sommeillait en outre deux ou trois heures sur son canapé ; il en passait autant chaque soir à boire s'il se trouvait avec des gens de son humeur. Il flânait avec indolence durant les cinq ou six heures qui lui restaient; sa grande affaire alors était de combiner ses repas et de nourrir son imagination de Tattente d'un dîner ou d'un souper ; non pas qu'il fût absolument gourmand, ou si complètement occupé de manger ; c'était surtout parce qu'il ne savait pas à quoi employer ses pensées, qu'il les laissait errer sur la subsistance de son corps.

Il avait trouvé moyen de consumer ainsi dix années depuis que l'héritage paternel était tombé entre ses mains, et cependant, suivant l'abus de mots qui règne aujourd'hui, on l'appelait un homme vertueux, parce qu'on l'avait rarement vu tout à fait ivre, ou que sa nature n'était pas très-portée à la débauche.

Un soir qu'il était seul à rêver, ses pensées prirent on tour inusité, car il jeta un regard en arrière et

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