‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 35 sur 109 · Supposé écrit vers · texte numérisé non relu

Supposé écrit vers

précieux que le bien d'un autre, et le pauvre a autant de droit et a plm besoin que le riche, d*avoir des représentants dans la législature.

Quatrièmement : Ceux qui n'ont ni voix ni vote dans les élections des représentants, ne jouissent pas de la liberté ; ils sont absolument asservis à ceux qui ont un vote et à leurs représentants ; car être asservi^ c'est être gouverné par des gens que d'autres hommes nous ont imposés f c'est être soumis à des lois faites par les représentants d* autrui ^ sans avoir de représentants à nous qui votent pour notre compte.

Cinquièmement : On dénie le privilège de voter par des représentants au Parlement, h une très-grande majorité du peuple de ce royaume ; ce peuple est, par conséquent, asservi à une minorité qui jouit d'un privilège exclusif. Cette minorité, on peut le croire, est loin de désirer la continuation d'un privilège qui met des frères en dehors du droit commun^ de la justice et de la liberté. Si cet avantage n'est pas communiqué à tous, le privilège amènera bientôt la ruine certaine de notre fameuse constitution et fera de nous tous des esclaves.'

Sixièmement et finalement : Nous disons et nous affirmons que le peuple de ce royaume a le droit de nommer c/iague année une nouvelle chambre des Communes suivant les anciennes et saintes lois du pays, parce que lorsqu'un parlement continue à siéger pour un terme plus lonQj un grand nombre d'hommes qui ont atteint leur majorité, depuis les dernières élections, et qui, par conséquent^ ont droit d'être actuellement représentés dans la chambre des Communes, sont injustement privés de ce droit.

l'art de nager*.

A. Olivier Neale.

Sans date.

Cher monsieur,

Je ne suis pas de votre avis qu'il soit jamais trop tard pour apprendre à nager. La rivière, qui est au .fond de votre jardin, vous offre une place fort commode. Gomme vos nouvelles fonctions vous obligent à être souvent surTeau, dont vous avez grand'peur, je crois que vous feriez bien d'en essayer. Rien ne dissipe mieux les appréhensions que la conscience qu'on a de pouvoir gagner la rive en cas d'accident, ou de se soutenir sur l'eau jusqu'à ce qu'un bateau vienne à notre secours.

Je ne sais pas jusqu'à quel point des ceintures de liège, ou des vessies, peuvent servir pour apprendre à nager. Je n'en ai jamais vu faire grand usage. Peutêtre peuvent-elles servir à soutenir le corps, tandis qu'on apprend ce qu'on appelle le coup, c'est-à-dire la façon de ramener et de pousser les mains et les pieds, afin de produire un mouvement progressif. Mais tant que vous n'aurez pas confiance dans la force de l'eau pour vous soutenir, vous ne serez pas un nageur. Je vous conseille donc avant tout d'acquérir cette confiance; d'autant plus que j'ai connu plusieurs personnes qui, avec une certaine méthode, ont acquis insensiblement le coup, instruites qu'elles ont été par la nature.

1 . Sur le talent de Franklin , comme nageur , voyez les Mé^ moires , p. 104, et ia Correspondance, t. Il, p. 396.

La méthode dont je parle est celle-ci : choisissez une place où Ton enfonce dans l'eau graduellement ; entrez-y tranquillement jusqu'à la poitrine ; tournez-vous alors vers la rive, et jetez un œuf dans Teau, entre vous et le rivage. L'œuf tombera au fond, et vous le verrez facilement, car votre eau est claire. Il faut qu'il soit assez bas pour que vous ne puissiez l'atteindre sans plonger. Pour que vous n'ayiez aucune crainte, songez que vous avancerez toujours vers une eau de moins en moins profonde, et que, en ramenant vos jambes sous vous et en touchant le fond, vous pourrez toujours avoir la tête bien au-dessus de Teau. Plongez alors» les yeux ouverts, en vous lançant vers l'œuf, et luttez des mains et des pieds contre l'eau pour atteindre votre objet. Vous verrez que Teau vous résiste, qu'il n'est pas aussi aisé d'enfoncer que vous imaginez, et qu'il faut agir avec force pour arriver à saisir l'œuf. Vous sentirez alors combien l'eau a de force pour vous sou* tenir, et vous y prendrez confiance. En même temps, vos efforts pour surmonter cette résistance et pour atteindre l'œuf vous apprendront la façon d'agir sur l'eau, avec vos mains et vos pieds. Plus tard, quand vous nagerez, cette action vous servira à maintenir votre tête au-dessus de l'eau, ou à aller entre deux eaux.

J'insiste beaucoup sur cette méthode. Je vous ai bien démontré que votre corps est plus léger que l'eau et que vous pouvez y flotter longtemps, gardant la bouche libre de respirer, à la condition de prendre une bonne posture, de rester tranquille et de ne pas vous débattre ; mais tantquevous n'aurez pas pris confiance dans l'eau, par expérience, je doute que vous gardiez la présence d'esprit nécessaire pour vous rappeler la posture que

je VOUS ai indiquée et les conseils que je vous ai donnés. La surprise vous fera tout oublier. Nous nous targuons d'être des créatures raisonnables et capables de science ; mais en pareille occasion, la raison et la science sont pour nous de peu d'usage ; les brutes, à qui nous accordons à peine une lueur de raison, ont l'avantage sur nous.

Je saisirai toutefois cette occasion de vous répéter ce que je vous ai dit dans notre dernière conversation. En relisant ces indications tout à votre aise, vous les imprimerez peut-être dans votre mémoire, de façon à ce qu'elles ne vous soient pas inutiles à l'occasion.

I. Les jambes, les bras et la tête de l'homme sont spécifiquement un peu plus lourds que l'eau douce, parce que ce sont des parties solides ; mais le tronc, et surtout la partie supérieure, qui est creuse, est tellement plus léger que Teau, que le corps, pris dans son ensemble, est trop léger pour enfoncer entièrement 80US l'eau ; il y en a toujours quelque partie qui surnage, jusqu'à ce que les poumons s'ecnplissent d'eau, ce qui arrive lorsqu'une personne effrayée essaye de respirer quand sa bouche et ses narines sont sous l'eau, et avale ainsi de l'eau au lieu d'air.

II. Les jambes et les bras sont spécifiquement pins légers que l'eau salée et sont portés par la mer. S'il n'y avait pas la pesanteur spécifique de la tête, un corps humain n'enfoncerait pas dans l'eau salée, même quand les poumons seraient remplis.

III. Ainsi donc, une personne qui. se met sur le dos dans l'eau salée et qui étend les bras, peut aisément

se placer de façon à garder sa respiration libre ; un petit mouvement des mains suffit pour Tempècher de tourner.

IV. Dans l'eau douce, si on se met sur le dos, on ne pourra longtemps rester dans cette position, à moins de remuer les mains sur l'eau. Sans cette action, les jambes et le bas du corps s'enfonceront peu à peu jusqu'à ce qu'on se trouve en position droite, et là on restera suspendu ; la poitrine, qui est creuse, maintenant la tête au-dessus de l'eau.

Y. Mais si, dans cette situation, on tient la tête droite au-dessus des épaules, comme on fait à terre, le poids de la tête au-dessus de l'eau fera enfoncer le corps jusqu'au-dessus de la bouche et du nez, peut-être même un peu au-dessus des yeux, si bien qu'on ne peut rester longtemps suspendu dans l'eau, avec la tête dans cette position.

YI. Le corps étant suspendu comme dessus, si l'on penche la tête en arrière, de façon à ce que le visage regarde le ciel, le derrière de la tête étant sous l'eau, et son poids par conséquent supporté par elle, le visage restera au-dessus de l'eau, à peu près libre de respirer; il montera d'un pouce à chaque inspirationy et il enfoncera d'un pouce à chaque expiration; mais jamais assez pour que l'eau couvre la bouche.

YII. Si donc une personne qui ne sait pas nager, et qui tombe à l'eau, avait la présence d'esprit de ne pas se débattre ni de plonger, si elle laissait le corps prendre cette position naturelle, elle pourrait éviter de se noyer, assez longtemps peut-être pour qu'on vint

à son secours. Car, ponr ce qui est des habits, leur poids n'est rien, tant qu'on est dans l'eau, quoiqu'on les trouve bien lourds quand on en sort.

Mais, comme je vous l'ai dit, je ne conseille à personne de compter sur sa présence d'esprit en pareil cas; le plus sûr est de savoir nager; je voudrais que chacun l'apprit dans sa jeunesse. En plus d'une occasion, ce serait le salut ; en beaucoup d'autres, cela nous afiranchirait de craintes pénibles ; je ne parle pas du plaisir que donne cet exercice salutaire et délicieux. Les soldats surtout devraient tous apprendre à nager ; cela leur servira souvent pour surprendre l'ennemi ou sauver leur vie. Si j'avais des enfants à élever, je préférerais (toutes choses égales), l'école où l'on acquerrait cet art avantageux, et qui, une fois appris, ne s'oublie jamais.

Je suis, etc., B. F.

SUR l'art de nager*.

J'avoue que je n'ai pas le temps de faire toutes les recherches et les expériences qu'exige l'art de nager. C'est pourquoi je me bornerai à faire un petit nombre de remarques.

La gravité spécifique du corps humain relativement à celle de l'eau, a été observée par M. Robinson, et on trouve le résultat de ses expériences dans le volume

1. L'original anglais de ce morceau et du suivant sont perdus ; nous ne possédons que la traduction française publiée dans réditlon des OEuvret de Franklinj de Dubourg, Paris, 1773, in-4'', T. II, p. 258 et 310.

des Transactions philosophiques de la société royale de LondrfiS^ pour Tannée 1757. Il prétend. que les personnes grasses, qui ont les os menus, flottent très-aisément sur Teau.

La cloche plongeante est aussi décrite dans les Transactions philosophiques»

J'avais fait, dans mon enfance, deux palettes ovales, d'environ dix pouces de long et six pouces de large, avec un trou pour pouvoir passer le pouce, et les tenir solidement. Elles ressemblaient beaucoup aux palettes des peintres. En nageant, je les poussais horizontalement en avant, et ensuite j'appuyais fortement leur surface sur l'eau en les ramenant en arrière. Je me souviens que ces instruments me faisaient nager beaucoup plus vite ; mais ils fatiguaient mes poignets. J'avais aussi attaché sous chacun de mes pieds une espèce de sandale ; mais je n'en étais pas content, parce que j'observai que les pieds des nageurs repoussaient Feau plutôt avec le dedans et la cheville du pied qu'avec la plante du pied.

Nous avons ici, pour nager plus commodément, des corsets faits avec une double toile à voile piquée et garnie en dedans de petits morceaux de liége. Je ne connais point le scaphandre de Lachapelle. Je sais, par expérience, qu'un nageur qui a beaucoup de chemin à faire, a beaucoup d'avantage à se retourner de temps en temps sur le dos, et à varier les moyens d'accélérer son mouvement progressif.

Quand il éprouve une crampe à la jambe, le moyen de la faire cesser est de frapper tout à coup la partie qiii en est affectée, et il ne peut le faire qu'en se tournant sur le dos et levant sa jambe en l'air.

Darant les grandes chaleurs de Tété, on ne court aucun risque à se baigner, quoiqu'on ait chaud, lorsque la rivière dans laquelle on se baigne a élé bien échauffée par le soleil. Mais il est très-dangereux de se jeter dans Teau froide quand on a fait de Texercice et quand on a chaud. Je vais en citer un exemple. Quatre jeunes moissonneurs, qui avaient travaillé toute la journée et s'étaient échauffés, voulant se rafraîchir, se plongèrent dans une source froide. Deux d'entre eux moururent sur-le-champ; un troisième expira le lendemain matin, et le quatrième ne réchappa qu'avec peine. Lorsqu'on pareille circonstance on boit une certaine quantité d'eau froide, dans l'Amérique septentrionale, on en éprouve des effets non moins funestes.

La natation est un des exercices les plus agréables et les plus sains. Quand on nage une heure ou deux, dans la soirée, on dort fraîchement toute la nuit, môme dans la saison la plus chaude. Peut-être est-ce parce que les pores de la peau étant alors plus propres, la transpiration insensible en est augmentée et procure cette fraîcheur.

Il est certain qu'un homme attaqué de la diarrhée se guérit en nageant beaucoup et éprouve quelquefois un inconvénient tout opposé. Quant aux gens qui ne savent point nager ou qui ont la diarrhée dans une saison qui ne leur permet point cet exercice, ils peuvent prendre des bains chauds, qui, en nettoyant et rafraîchissant la peau, leur deviennent salutaires, et souvent les guérissent radicalement. Je parle d'après ma propre expérience et celle des personnes à qui j'ai conseillé de faire comme moi.

Vous ne serez pas fâché si je termine ces observa-

tioDSy faites à la hâte, en vous disant que, comme la méthode ordinaire de nager se borne au mouvement des bras et des jambes, et est par conséquent un exercice fatigant, lorsqu'on a besoin de traverser un espace d'eau considérable, il y a un moyen de nager longtemps avec aisance : ce moyen est de se servir d'une voile. J'en ai fait la découverte heureusement et par hasard, ainsi que je vais vous l'expliquer.

Lorque j'étais encore fort jeune, je m'amusais un jour avec un cerf-volant; et m'approchant du bord d'un étang, qui avait près d'un mille de large, j'attachai à un pieu la corde du cerf-volant, qui s'était déjà élevé très-haut. Pendant ce temps-là je nageais. Mais voulant jouir des deux plaisirs à la fois, j'allai reprendre la corde de mon cerf-volant, et me tournant sur le dos, je m'aperçus que j'étais entraîné sur l'eau d'une manière très-agréable. Je priai alors un de mes camarades de £Edre le tour de l'étang et de porter mes vêtements dans un endroit que je lui indiquai; et tenant toujours la corde du cerf-volant, je traversai l'eau sans la moindre fatigue, et même avec beaucoup de plaisir. Je fus seulement obligé de temps en temps de ralentir un peu ma course, parce que je m'aperçus que quand j'allais trop vite, le cerf-volant descendait trop bas. Mais dès que je m'arrêtais, il remontait.

C'est la seule fois que j'ai fait usage de ce moyen, avec lequel on pourrait, je crois, traverser de Douvres à Calais. Mais le paquebot est encore préférable.

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