‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 40 sur 109 · Le chat · texte numérisé non relu

Le chat

Et cependant, peut être y a t-il des gens dans le monde qui ont assez peu de sentiment pour trouver que pareille épîtaphe serait assez bonne pour le pauvre Mongo.

Si vous le désirez; je vous procurerai un autre écureuil pour remplacer MungOy mais peut-être choisirez- YODS quelque autre amusement.

Rappelez moi à toute l'aimable famille et croyez-moî toujours votre ami. B. F.

l'art d'avoir des SONGES AGRÉABLES.

Adressé à Mademoiselle *** et écrit à sa demande.

Gomme une grande partie de notre vie se passe à dormir et que pendant ce temps nous avons d'agréables et quelquefois de pénibles songes, il est assez important d'éviter les uns, et de se procurer les autres ; car, réelle ou imaginaire, la peine est toujours jpeine, le plaisir toujours plaisir. Si nous pouvons dormir sans rêves c'est une bonne chose, car nous évitons au moins les songes pénibles; mais si tout en dormant nous pouvons avoir des rêves agréables c'est, comme disent les Français, autant de gagné. C'est autant d'ajouté au plaisir de la vie.

Pour cela, il est nécessaire, en premier lieu, de prendre soin de conserver sa santé, par un exercice convenable, et une grande tempérance, car dans la maladie l'imagination est troublée, et des pensées désagréables, quelquefois même terribles se présentent d'ellesmêmes à l'esprit. Kexercice doit précéder le repas, et

non point le suivre immédiatement; avant le repas il provoque Tappétit, après le repas, à moins qu'il ne soit modéré, il gêne la digestion. Si après l'exercice nous mangeons sobrement, la digestion sera facile et bonne, le corps léger, Thumeur joyeuse ; toutes les fonctions animales se feront aisément. Le sommeil sera naturel et sans agitation tandis que Tindolence et une nourriture trop abondante occasionnent des cauchemars et des horreurs inexprimables ; nous tombons dans des précipices, nous sommes attaqués par des bêtes féroces, des assassins, des démons; nous éprouvons toute esespèce d'angoisses. Au reste, remarquez que l'exercice et la nourriture sont choses relatives ; ceux qui font beaucoup d'exercice peuvent et même doivent manger largement ; ceux qui font peu d'exercice devraient peu manger.

En général l'espèce humaine, depuis le perfectionnement de la cuisine, mange deux fois plus que la nature ne l'exige. Souper n'est pas mauvais quand on n'a pas dîné ; mais des nuits agitées suivent naturellement des soupers abondants après des dîners copieux. Il est vrai que comme il y a des différences dans les constitutions, certaines personnes dorment bien après ces repas; cela leur coûte seulement un songe épouvantable et une apoplexie, après quoi ils dorment jusqu'au jour du jugement. Rien n'est plus commun dans les journaux que les exemples de gens qui après avoir fait un bon souper sont trouvés morts le matin dans leur lit.

Un autre moyen de conserver la santé auquel il faut faire grande attention, c'est de renouveler constamment l'air de votre chambre à coucher. C'est une

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grande erreur de dormir dans une chambre hermétiquement fermée et dans un lit entouré de rideaux. Quel que soit l'air extérieur qui peut vous arriver, il ne sera jamais aussi malsain que l'air qui n'est pas renouvelé et qui est souvent respiré dans une chambre fermée. De même que l'eau bouillante ne devient pas plus chaude à force de bouillir, si les molécules qui reçoivent la plus grande chaleur peuvent s'échapper, de même les corps vivants ne se putréfient pas, si les molécules peuvent être rejetées dès qu'elles deviennent putrides. La nature les expulse par les pores de la peau et parles poumons, elles s'évanouissent dans un air libre et pur ; mais dans une chambre fermée nous les respirons sans cesse, bien quelles se corrompent de plus en plus. Un grand nombre de personnes, réunies dans une petite chambre, vicie l'air en peu de minutes et le rend aussi mortel que dans le trou noir de Calcutta.

On dit qu'une seule personne peut vicier par minute un gallon d'air et par conséquent il lui faut plus de temps pour vicier l'air d'une chambre entière; mais cependant cela arrive peu à peu, et beaucoup de maladies putrides n'ont pas d'autre origine.

On raconte de Mathusalem, l'homme qui a vécu le plus longtemps (et par conséquent on peut supposer qu'il avait su le mieux conserver sa santé) , qu'il dormait toujours en plein air, car lorsqu'il eut vécu cinq cents ans, un ange lui dit : « Lève-toi Mathusalem et bâtis-toi une maison, car tu vivras encore cinq cents ans. » Mais Mathusalem répondit et dit : « si je ne dois vivre encore que cinq cents ans, ce n'est pas la peiné que je me bâtisse une maison; je dormirai en plein air comme j'ai l'habitude de le faire. »

Après avoir prétendu pendant des siècles qu'on ne pouvait pas donner d'air frais aux malades, les médecins ont enfin découvert que cela pouvait leur faire du bien. Il faut donc espérer qu*avec le temps ils finiront par découvrir également que Tair frais n'est pas malsain pour ceux qui se portent bien, et nous pourrons être guéris de lAèrophobie qui effraye aujourd'hui les esprits faibles et qui leur fait préférer de s'étouffer et de s'empoisonner, plutôt que de laisser ouverte la fenêtre d'une chambre à coucher, ou de baisser la glace d'une voiture.

L'air renfermé lorsqu'il est saturé de la matière franspirable^ n'en veut pas recevoir davantage ; celte matière reste dans notre corps et y occasionne des maladies. Nous sentons combien cet air est malsain, en éprouvant un certain malaise, léger d'abord. Pour les poumons, c'est une faible sensation, pour les pores de la peau, c'est une espèce d'agitation difficile à décrire; beaucoup de gens qui l'éprouvent ne se rendent pas compte de la cause qui l'amène. Mais nous pouvons nous rappeler que quelquefois en nous éveillant la nuit, si nous sommes chaudement couverts, nous éprouvons de la difficulté à nous rendormir. Nous nous retournons souvent sans trouver de repos dans aucune position. Cette inquiétude est causée par un malaise de la peau, qui tient à la rétention de la matière trauspirable ; les couvertures en ayant reçu leur

1. Ce que les médecins appellent la matière transpirable est cette vapeur qui sort de notre corps, par les poumons et par les pores de la peau. On dit que la quantité de cette matière est égale aux cinq huitièmes de ce que nous mangeons. (Note de Franklin,)

quantité suffisante, en étant saturées, refusent d*en prendre davantage. Pour nous rendre compte de ceci par une expérience, supposons qu'une personne garde sa position dans son lit, mais qu'elle rejette les couvertures et laisse l'air frais s'approcher de la partie découverte de son corps, elle se sentira de suite rafraîchie, parce que l'air prend et emporte le poids de matière transpirable qui l'incommodait. Car chaque portion d'air frais qui approche de la peau brûlante et se sature de sa part de vapeur, reçoit en même temps un degré de chaleur qui le raréfie et le rend plus léger ; il est donc chassé avec sa charge par l'air plus frais et plus lourd qui le remplace pour un inslant, et celui-ci étant à son tour changé et réchauffé cède sa place à Tair plus frais.

G*08t là l'ordre de la nature pour empêcher que les animaux ne soient infectés par leur propre transpiration.

On comprendra maintenant la différence qu'il y a entre la partie exposée à l'air et celle qui restant enfoncée dans le lit n'est pas accessible à l'air; car cette partie manifeste son malaise plus distinctement par la comparaison, et le siège du malaise s'aperçoit plus clairement que lorsque toute la surface du corps en souffrait.

Voilà donc une des grandes et principales causes des songes désagréables, car lorsque le corps est mal à l'aise, Fâme en est troublée, et toute sorte d'idées pénibles en deviennent dans le sommeil la conséquence naturelle; de là suivent les remèdes préventifs et curatifs.

1* En mangeantmodérément, comme on l'a conseillé

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plus haut dans rintérèt de la santé, il se produit dans un temps donné moins de matière transpirable. C'est pourquoi les couvertures en recevront plus longtemps sans en être saturées, et nous pourrons dormir plus longtemps avant d'être incommodés par leur refus d'en recevoir davantage.

%"* En faisant usage de couvertures légères et plus perméables qui permettront à la matière transpirable de passer au travers, nous serons moins incommodés et nous pourrons les supporter plus longtemps.

3^ Quand vous êtes éveillé par ce malaise et que vous ne pouvez pas vous rendormir facilement, sortez du lit, battez et retournez votre oreiller, secouez vos couvertures au moins une vmgtaine de fois et laissez votre lit ouvert jusqu'à ce qu'il soit rafraîchi. Pendant ce temps , restez sans vêtements et marchez dans votre chambre jusqu'à ce que votre peau se soit débarrassée de ce qui la gêne, chose d'autant plus vite faite que l'air sera plus sec et plus froid.

Quand vous commencerez à trouver la fraîcheur désagréable, retournez à votre lit ; vous vous endormirez promptement, votre sommeil sera doux et paisible. Toutes les scènes qui se présenteront à votre imagination seront agréables. Elles m'amusent souvent autant que la représentation d'un opéra. Si vous êtes trop indolent pour vous jeter à bas du lit, soulevez vos couvertures avec une jambe ou un bras, de manière à y attirer une bonne quantité d'air frais; en les laissant ensuite retomber, chassez de nouveau cet air. En répétant cette manœuvre une vingtaine de fois, cela débarrassera les couvertures de la matière transpirable qu'elles ont absorbée et vous permettra de bien dormir au bout de

quelque temps; mais cette seconde méthode ne vaut pas la première.

Ceux qui n'aiment pas l'embarras et qui peuvent avoir deux lits, trouveront une grande jouissance à se lever quand ils s'éveilleront dans un lit brûlant et à passer dans celui qui est frais. Un tel changement de lit serait très-utile aux personnes atteintes de fièvre, il rafraîchit et amène souvent le sommeil. Un trèsgrand lit qui permet de passer d'une place chaude à une place fraîche, peut jusqu'à un certain point , donner le même résultat.

Un ou deux avis de plus termineront ce petit morceau. Quand vous vous couchez, ayez soin de placer votre oreiller comme vous avez l'habitude de placer votre tête afin de vous trouver parfaitement à Taise;* ensuite ne placez pas vos membres de manière à ce qu'ils portent durement l'un sur l'autre, comme par exemple les deux chevilles; car bien qu'une mauvaise position ne cause d'abord qu'une légère souffrance à peine remarquée, la continuité peut la rendre moins tolérable; le malaise arrivera pendant le sommeil et troublera votre imagination.

Voilà les règles de Tart. Mais quoiqu'on général elles produisent l'effet désiré, il y a cependant un cas dans lequel l'observation la plus ponctuelle sera absolument infructueuse. Je n'ai pas hesoin de vous signaler ce cas, ma chère amie, mais mon exposé de l'art serait imparfait sans cela. C'est le cas où la personne qui désire avoir d'agréables songes n'a pas pris soin de conserver la chose la plus nécessaire de toutes : Une

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