ET DÉSHÉRITÉS
Août 1717.
Lorsqu'on 1771, Coke revint en Angleterre sur son vaisseau l'Endeavour, après avoir découvert la Nouvelle- Zélande, formée de deux îles, aussi étendues que la Grande-Bretagne, des esprits généreux proposèrent de civiliser ce pays, habité par des sauvages, qui n'avaient ni blé, ni volailles, et de tous les quadrupèdes ne possédaient que le chien.
Franklin, à qui on parla de ce projet, déclara qu'il
souscriYait de tout cœor à une expédition qui aurait pour objet de communiquer les bienfaits de notre civilisation à ces pays deshérités. Un officier de marine, . Alexandre Dalry mple accepta le commandement de cette expédition, et rédigea un programme qu'il communiqua à Franklin. Ce dernier écrivit en tête du projet, et pour le recommander, les lignes suivantes.
c On dit qu'à l'origine la Grande-Bretagne ne produisait que des prunelles. Combien a-t-elle gagné à recevoir des autres pays les fruits, les grains, les racines, les herbes, les animaux et les arts? C'est à tout cela que nous devons d'être devenus un peuple riche, puissant, abondant en bonnes choses. N'en résulte*t^il pas pour nous un devoir à remplir envers les nations qui sont dans rétat ou nous avons été autrefois?
< La Grande-Bretagne est maintenant la première puissance maritime du monde. Elle a des vaisseaux innombrables, qui, par leur forme, leur dimension et leur force sont en état de naviguer sur toutes les mers. Nos marins sont entreprenants, habiles et hardis; ils savent explorer les régions les plus lointaines, et au mépris des plus graods dangers, ils sont prêts à s'engager dans des expéditions vers des pays inconnus. Les habitants de ces pays, nos frères, n'ont que des canots ; comme ils ne connaissent pas le fer, ils ne peuvent construire de vaisseaux; ils ont peu d'astronomie, et ne connaissent point la boussole; ils ne peuvent donc venir à nous, ni profiter de nos avantages. Tout cela ne nous impose-t-il pas cpielque devoir envers eux? £n nous comblant de faveurs, la Providence ne nous appelle-t-elle pas k faire nous-mêmes quelque chose pour l'intérêt commue de l'humanité?
« Ceux qui croieDt de leur devoir de demander chaque matin au ciel leur pain et d'autres bienfaits, ne sentiront-ils pas qu'il est aussi de leur devoir de communiquer ces bieofaits à d'autres, et de témoigner à leur grand Bienfaiteur, leur reconnaissance par le .seul moyen qui soit en leur pouvoir, c'est-à-dire en aidant au bonheur de ses autres enfants.
< On dit que Cérès fit un voyage en beaucoup de pays pour enseigner aux peuples l'usage du blé et l'art de le cultiver. Pour ce seul bienfait les nations reconnaissantes Font déifiée. Combien les Anglais ne peuventils pas mieux mériter cet honneur,non-seulement en répandant la connaissance et l'usage du blé, mais en propageant tous les autres biens que la terre peut produire, et dont nous sommes en possession. Communiter bona profundere, Deorum est.
c Trop d'expéditions maritimes ont été entreprises dans des vues d'intérêt ou de pillage, pour nous procurer quelque avantage ou pour faire le mal d'autrui. Mais aujourd'hui on propose d'organiser une expédition pour visiter un peuple de l'autre hémisphère, non pas afin de le tromper, de le voler, de lui prendre des terres, on de l'asservir, mais simplement afin de lui faire du bien et de l'amener, autant qu'il nous sera possible, à vivre aussi aisément que nous.
« C'est, ce semble, un vœu louable que de souhaiter que toutes les nations de la terre se lient par une connaissance mutuelle, par un mutuel échange de bienfaits. Mais une nation commerçante doit particulièrement désirer la civilisation générale du genre humain, car le commerce est toujours plus considérable avec un peuple qui connaît les arts et les douceurs de la vie.
qu'avec des sauvages qui vont tout nus. En faisant cette entreprise, nous espérons donc être aussi utiles à notre pays qu'à ce pauvre peuple. Si loin qu'il soit de nous, il est de notre famille ; son bien-être touche, jusqu'à un certain point, quiconque peut dire : Homo smn^ humant nihil a me alimwmputo *. »
A MISS GEORGIANA SHXPLET*.
Sur la perte d'un écureuil américain quiy en se sauvant de sa cage, avait été tué par v/a chien de berger.
Chère demoiselle,
Je déplore sincèrement avec vous la malheureuse fin da pauvre Mungo. Peu d'écureuils ont été aussi accomplis, car il avait eu une bonne éducation, il avait beaucoup voyagé, et beaucoup vu le monde. Grâce à ses vertus, il avait l'honneur d'être votre favori, il ne faut donc pas qu'il s'en aille comme le commun de^ écureuils, sans une élégie ou sans une épitaphe. Dressons lui une épitaphe, dans ce style monumental, qui, n'étant ni prose ni vers, est peut-être celui qui sied le mieux à la douleur; car parler en commun langage a l'air de dire que nous ne sommes pas affligés, et parler en vers est chose bien frivole dans le chagrin.
1. Ce projet ne fut pas exécuté, au moins tel que les souscripteurs l'avaient désiré. Parton, Life of Franklin, 1. 1, p. &25.