‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 47 sur 109 · Le Moulin-Joli · texte numérisé non relu

Le Moulin-Joli

même subsister plas de dix-huit heures; et je pense que cette opinion n'était pas sans fondement, puisque par le mouvement apparent du grand luminaire qui donne la vie à toute la nature, et qui de mon temps a d*une manière si sensible considérablement décliné vers rOcéan % qui borne cette terre, il faut qu'il termine son cours à cette époque, s'éteigne dans les eaux qui nous environnent, et livre le monde à des glaces et des ténèbres qui amèneront nécessairement une mort et une destruction universelle. J'ai vécu sept heures dans ces dix-huit; c'est un grand âge; ce n'est pas moins de quatre cent vingt minutes; combien peu entre nous parviennent aussi loin? j'ai vu des générations naître, fleurir et disparaître. Mes amis présents sont les enfants et les petits enfants des amis de ma jeunesse, qui, hélas I ne sont plus; et je dois bientôt les suivre : car, par le cours ordinaire de la nature, je ne puis m'attendre, quoique en bonne santé, à vivre encore plus de sept à huit minutes. Que me servent à présent tous mes travaux, toutes mes fatigues pour faire sur cette feuille une provision de miellée ^ que pendant tout le reste de ma vie je ne pourrai consommer? Que me servent les débats politiques dans lesquels je me suis engagé pour Tavautage de mes compatriotes, habitants de ce buisson? Que me servent mes recherches philosophiques consacréesau bien de notre espèce engénéral? En poUtique, que peuvent les lois sans les mœurs*? Le couis des minutes rendra la génération présente

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