‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 64 sur 109 · UN PROJET ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

UN PROJET ÉCONOMIQUE

Aux auteurs du Journal de Paris.

Messieurs, vous nous entretenez souvent du récit de nouvelles découvertes. Permettez-moi de communiquer au public dans votre journal une découverte que j'ai faite dernièrement, et qui, je crois, peut être d*une grande utilité.

J'étais l'autre soir en nombreuse compagnie dans une maison où l'on essayait la nouvelle lampe de MM. Quinquet et Lange; elle était fort admirée à cause de son éclat. Mais chacun demanda si la quantité d'huile qu'elle consommait était en proportion de la lumière qu'elle donnait, autrement il n'y aurait pas d'économie à s'en servir. Personne ne put nous donner

de réponse satisfaisante sur ce point, mais tous convinrent qu'il faudrait le connaître, car il est fort désirable de diminuer, s'il est possible, la dépense de Féclairage dans nos appartements, lorsque tous les articles de ménage sont déjà si augmentés .

Je vis avec joie ce désir général d'économie ; car j*aime excessivement Téconomie.

Je revins à la maison et me mis au lit à trois ou quatre heures après minuit, la tête pleine de ce sujet. Un bruit accidentel et soudain m'éveilla vers six heures du matin ; je fus surpris de trouver ma chambre pleine de lumière; je m'imaginai d'abord qu'on y avait apporté un nombre considérable de ces lampes de Quinquet; mais frottant mes yeux je m'aperçus que la lumière venait par les fenêtres. Je me levai et je regardai au dehors pour voir ce qui pouvait causer cette lumière, quand je vis que le soleil se levait juste sur l'horizon, d'où il versait largement ses rayons dans ma chambre, mon domestique ayant eu la négligence le soir précédent de ne pas fermer les volets.

Je regardai k ma montre, qui va très-bien, et je vis qu'il n'était que six heures ; pensaut encore qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire à ce que le soleil se levât d'aussi bonne heure, je consultai l'almanach et je trouvai que c'était bien l'heure marquée pour le lever du soleil, ce jour-là. Je regardai quelques pages plus loin, je trouvai qu'il se lèverait encore plutôt chaque jour jusque vers la fin de juin, et je vis qu'à aucune époque de Tannée il ne se levait plus tard que huit heures. Vos lecteurs qui comme moi n'ont jamais aperçu aucun signe du lever du soleil avant midi, et qui regardent rarement la partie astrono-

qae je Fai Lt qoe le soleil se qauid je les essoreml tatm^ m ^ xmâere mimlâi qu*U se lève.

de mon &it. On tf zji ÎÊÎt, Je Ymx yu de répété ees obserrttioiis InMnré prëdsément

parie de eette déeoo^rte k je pu farilfimftnt m'a- -^ILs odt de la pcme à me croire, ^Kmia Hft i^innu w hk le dire. L'im d'entre eux, on MTsàciïft. 3&*a assuré çae je devais certais'itr? ïTdiitM 4;«ant à la drconelaiioe de la icrrvaiic iaa» 3La ckambre : car il est bien £&â« '^'JL ae peat pas y anûr de lamière •iMurs à eau» Mtra^ fo4 il soit qu'il n'en poui&a»r Àos ^ càanabre, et que par eonséqnent ^inéli«» écBtc amdeotelLemait restées ouvertes, <klK a"«c pq: âùsscr entrer la Inmière, elles ont ^«WKmwQfi s«rà à bzre sortir Toliscarité. Il a em- (iiiw ^iaoïMop dTar^uments très-ingénienx pour me ^Miointr cwttbàea à cet âzard je pouvais m'ètre fait jlifc u wfc. Jit «onviiKB qu'il m'a un peu embarrassé, ^ttttii^ .1 a» 3t^a piïûu sadsÊùl^ et les observations que ;^^3ttfea«» <iiiâitttat^ <k aont jeviensde parler, m'ont conîWMfcj Jai» 3ia prvmKre opinion.

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ET D*ÉGpNOMl£ POUTIQUE. 191

conséquent j'aurais vécu six heures de plus la nuit suivante à la lumière des chandelles, et comme cette dernière lumière est beaucoup plus chère que la première, non amour de l'économie me conduisit à faire appel an peu d'arithmétique que je possède, et à faire quelques calculs que je vous livre, en vous faisant observer que, suivant moi, c'est Tutiiité qui fait la valeur des inventions. Une découverte qui ne peut être d'aucun usage, ou qui n'est pas bonne à quelque chose, n'est bonne à rien.

Je pris pour base de mon calcul la supposition qu'il y a cent mille familles à Paris, et que ces familles consument chaque soir une demi-livre de bougies ou de chandelles par heure. Je pense que c'est une estimation modérée , en prenant les familles l'une dans l'autre ; car, bien que je croie que quelques-unes en consument moins, j'en connais beaucoup qui en consument bien davantage. Ainsi donc, en prenant sept heures par jour comme terme moyen entre le lever du soleil et le nôtre, puisque durant six mois il se lève de six à huit heures avant midi ; étant données 'sept heures de nuit pendant lesquelles nous brûlons des chandelles, le calcul donnera ce qui. suit :

Dans les six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a :

Nuits 183

Heures de chaque nuit pendant lesquelles nous brûlons de la chandelle 7

La multiplication donne pour le nombre total d'heures 128 1

miqne de Talmaiiach, seront aussi étonnés que je Fai été moi -même quand ils apprendront que le soleil se lève de si bonne heure et surtout quand je les assurerai qu*il donne de la lumière aussitôt quHl se lève. J'en suis convaincu. Je suis certain de mon fait. On ne peut pas être plus assuré d'un fait. Je Tai vu de mes propres yeux. Et, ayant répété ces observations trois jours de suite, j'ai toujours trouvé précisément le même résultat.

Néanmoins, quand je parle de cette découverte à quelques-uns de mes amis, je puis facilement m'apercevoir à leur mine qu'ils ont de la peine à me croire, quoiqu'ils évitent de me le dire. L'un d'entre eux, un très-savant physicien, m'a assuré que je devais certainement m'être trompé quant à la circonstance de la lumière arrivant dans ma chambre : car il est bien connu, dit-il, qu'il ne peut pas y avoir de lumière dehors à celte heure, d'où il suit qu'il n'en pouvait entrer dans la chambre, et que par conséquent mes fenêtres étant accidentellement restées ouvertes, elles n'ont pu laisser entrer la lumière, elles ont seulement servi à faire sortir l'obscurité. Il a em^ ployé beaucoup d'arguments très-ingénieux pour me montrer combien k cet égard je pouvais m'être fait illusion. Je conviens qu'il m'a un peu embarrassé, mais il ne m'a point satisfait, et les observations que j'ai faites ensuite, et dont je viens de parler, m'ont coafirmé dans ma première opinion.

Cet événement m'a fait faire plusieurs sérieuses et importantes réflexions. Je considérai que si je n'avais pas été éveillé de si bonne heure le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du soleil, et par

ET D*ÉG0N0M1£ POUTIQUE. 191

conséqaent j'aurais vécu six heures de plus la nuit suivante à la lumière des chandelles, et comme cette dernière lumière est beaucoup plus chère que la première, mon amour de l'économie me conduisit à faire appel au peu d'arithmétique que je possède, et k faire quelques calculs que je vous livre, en vous faisant observer que, suivant moi, c'est Tutilité qui fait la valeur des inventions. Une découverte qui ne peut être d'aucun Qsage, ou qui n'est pas bonne à quelque chose, n'est bonne à rien.

Je pris pour base de mon calcul la supposition qu'il y a cent mille familles à Paris, et que ces familles consument chaque soir une demi-livre de bougies ou de chandelles par heure. Je pense que c'est une estimation modérée , en prenant les familles l'une dans l'autre ; car, bien que je croie que quelques-unes en consument moins, j'en connais beaucoup qui en consument bien davantage. Ainsi donc, en prenant sept heures par jour comme terme moyen entre le lever du soleil et le nôtre, puisque durant six mois il se lève de six à huit heures avant midi ; étant données 'sept heures de nuit pendant lesquelles nous brûlons des chandelles, le calcul donnera ce qui. suit :

Dans les six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a :

Nuits 183

Heures de chaque nuit pendant lesquelles nous brûlons de la chandelle 7

La multiplication donne pour le nombre total d'heures 128 1

miqae de Talmanach, seront aussi étonnés que je Tai été moi-même quand ils apprendront que le soleil se lève de si bonne heure et surtout quand je les assurerai quHl donne de la lumière aussitôt qu*U se lève. J'en suis convaincu. Je suis certain de mon fait. On ne peut pas être plus assuré d'un fait. Je Tai vu de mes propres yeux. Et, ayant répété ces observations trois jours de suite, j'ai toujours trouvé précisément le même résultat.

Néanmoins, quand je parle de cette découverte k quelques-uns de mes amis, je puis facilement m'apercevoir à leur mine qu'ils ont de la peine à me croire, quoiqu'ils évitent de me le dire. L'un d'entre eux, un très-savant physicien, m'a assuré que je devais certainement m'ètre trompé quant k la circonstance de la lumière arrivant dans ma chambre : car il est bien connu, dit-il, qu'il ne peut pas y avoir de lumière dehors à cette heure, d'où il suit qu'il n'en pouvait entrer dans la chambre, et que par conséquent mes fenêtres étant accidentellement restées ouvertes, elles n'ont pu laisser entrer la lumière, elles ont seulement servi à faire sortir Tobscurité. Il a em-' ployé beaucoup d'arguments très-ingénieux pour me montrer combien k cet égard je pouvais m'être fait illusion. Je conviens qu'il m'a un peu embarrassé, mais il ne m'a point satisfait, et les observations que j'ai faites ensuite, et dont je viens de parler, m'ont con.firmé dans ma première opinion.

Cet événement m'a fait faire plusieurs sérieuses et importantes réflexions. Je considérai que si je n'avais pas été éveillé de si bonne heure le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du soleil, et par

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conséqaeDt j'aurais vécu six heures de plus la nuit suivante à la lumière des chandelles, et comme cette dernière lumière est beaucoup plus chère que la première , mon amour de l'économie me conduisit à faire appel an peu d'arithmétique que je possède^ et k faire quelques calculs que je vous livre, en vous faisant observer que, suivant moi, c'est Futilité qui fait la valeur des inventions. Une découverte qui ne peut être d'aucun usage, ou qui n'est pas bonne à quelque chose, n'est bonne à rien.

Je pris pour base de mon calcul la supposition qu'il y a cent mille familles à Paris, et que ces familles consument chaque soir une demi-livre de bougies ou de chandelles par heure. Je pense que c'est une estimation modérée , en prenant les familles l'une dans l'antre ; car, bien que je croie que quelques-unes en consument moins, j'en connais beaucoup qui en consument bien davantage. Ainsi donc, en prenant sept heures par jour comme terme moyen entre le lever du soleil et le nôtre, puisque durant six mois il se lève de six à huit heures avant midi ; étant données 'sept heures de nuit pendant lesquelles nous brûlons des chandelles, le calcul donnera ce qui. suit :

Dans les six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a :

Nuits 183

Heures de chaque nuit pendant lesquelles nous brûlons de la chandelle 7

La multiplication donne pour le nombre total d'heures 1281

miqne de l'almanach, seront aussi étonnés que je Tai été moi-même quand ils apprendront que le soleil se lève de si bonne heure et surtout quand je les assurerai quHl donne de la lumière aussitôt qu'il se lève. J'en suis convaincu. Je suis certain de mon fait. Oi ne peut pas être plus assuré d'un fait. Je Tai vu de mes propres yeux. Et, ayant répété ces observations trois jours de suite, j'ai toujours trouvé précisémen le même résultat.

Néanmoins, quand je parle de cette découvert! à quelques-uns de mes amis, je puis facilement m'a* percevoir à leur mine qu'ils ont de la peine à me croire quoiqu'ils évitent de me le dire. L'un d'entre eux, oi très-savant physicien, m'a assuré que je devais certai nement m'être trompé quant k la circonstance de L lumière arrivant dans ma chambre : car il est biei connu, dit-il, qu'il ne peut pas y avoir de lumièr dehors à celte heure, d'où il suit qu'il n'en poa vait entrer dans la chambre, et que par conséquen mes fenêtres étant accidentellement restées ouvertes elles n'ont pu laisser entrer la lumière, elles on seulement servi à faire sortir l'obscurité. Il a em ployé beaucoup d'arguments très-ingénieux pour m montrer combien k cet égard je pouvais m'être fai illusion. Je conviens qu'il m'a un peu embarrassa mais il ne m'a point satisfait, et les observations qu j'ai faites ensuite, et dont je viens de parler, m'ont cor firme dans ma première opinion.

Cet événement m'a fait faire plusieurs sérieuses ( importantes réflexions. Je considérai que si je n'ava pas été éveillé de si bonne heure le matin, j'aurai dormi six heures de plus à la lumière du soleil, et ps

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conséquent j'aurais vécu six heures de plus la nuit suivante à la lumière des chandelles, et comme cette dernière lumière est beaucoup plus chère que la première, mon amour de l'économie me conduisit à faire appel au peu d'arithmétique que je possède, et à faire quelques calculs que je vous livre, en vous faisant observer que, suivant moi, c'est Tutilité qui fait la valeur des inventions. Une découverte qui ne peut être d'aucun osage, ou qui n'est pas bonne à quelque chose, n'est bonne à rien.

Je pris pour base de mon calcul la supposition qu'il y a cent mille familles à Paris, et que ces familles consument chaque soir une demi-livre de bougies ou de chandelles par heure. Je pense que c'est une estimation modérée , en prenant les familles l'une dans l'autre ; car, bien que je croie que quelques-unes en consument moins, j'en connais beaucoup qui en consument bien davantage. Ainsi donc, en prenant sept heures par jour comme terme moyen entre le lever du soleil et le nôtre, puisque durant six mois il se lève de six à huit heures avant midi ; étant données sept heures de nuit pendant lesquelles nous brûlons des chandelles, le calcul donnera ce qui. suit :

Dans les six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a :

Nuits 183

Heures de chaque nuit pendant lesquelles nous brûlons de la chandelle 7

La multiplication donne pour le nombre total d'heures 1281

miqne de Talmaiiach, seront aussi étonnés que je Tai été moi-même quand ils apprendront que le soleil se lève de si bonne heure et surtout quand je les assurerai qu'il donne de la lumière aussitôt quHl se lève. J'en suis convaincu. Je suis certain de mon fait. On ne peut pas être plus assuré d'un fait. Je Tai vu de mes propres yeux. Et, ayant répété ces observations trois jours de suite, j'ai toujours trouvé précisément le même résultat.

Néanmoins, quand je parle de cette découverte k quelques-uns de mes amis, je puis facilement m'apercevoir à leur mine qu'ils ont de la peine à me croire, quoiqu'ils évitent de me le dire. L'un d'entre eux, on très-savant physicien, m'a assuré que je devais certainement m'être trompé quant à la circonstance de la lumière arrivant dans ma chambre : car il est bien connu, dit-il, qu'il ne peut pas y avoir de lumière dehors à celte heure, d'où il suit qu'il n'en pouvait entrer dans la chambre, et que par conséquent mes fenêtres étant accidentellement restées ouvertes, elles n'ont pu laisser entrer la lumière, elles ont seulement servi à faire sortir l'obscurité. Il a em-' ployé beaucoup d'arguments très-ingénieux pour me montrer combien k cet égard je pouvais m'être fait illusion. Je conviens qu'il m'a un peu embarrassé, mais il ne m'a point satisfait, et les observations que j'ai faites ensuite, et dont je viens de parler, m'ont confirmé dans ma première opinion.

Cet événement m'a fait faire plusieurs sérieuses et importantes réflexions. Je considérai que si je n'avais pas été éveillé de si bonne heure le matin, j'aurais dormi six heures de plus à la lumière du soleil, et par

conséquent j'aurais vécu six heures de plus la nuîtsuîvante à la lumière des chandelles, et comme cette dernière lumière est beaucoup plus chère que la première, mon amour de l'économie me conduisit k faire appel an peu d'arithmétique que je possède^ et à faire quelques calculs que je vous livre, en vous faisant observer que, suivant moi, c'est Tutilité qui fait la valeur des inventions. Une découverte qui ne peut être d'aucun usage, ou qui n'est pas bonne à quelque chose, n'est bonne à rien.

Je pris pour base de mon calcul la supposition qu'il y a cent mille familles à Paris, et que ces familles consument chaque soir une demi-livre de bougies ou de chandelles par heure. Je pense que c'est une estimation modérée , en prenant les familles l'une dans l'autre ; car, bien que je croie que quelques-unes en consument moins, j'en connais beaucoup qui en consument bien davantage. Ainsi donc, en prenant sept heures par jour comme terme moyen entre le lever du soleil et le nôtre, puisque durant six mois il se lève de six à huit heures avant midi ; étant données sept heures de nuit pendant lesquelles nous brûlons des chandelles, le calcul donnera ce qui. suit :

Dans les six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a :

Nuits 183

Heures de chaque nuit pendant lesquelles nous brûlons de la chandelle 7

La multiplication donne pour le nombre total d'heures 1281

I9t ESSAIS DE MORALE

Ces 1281 heures multipliées

par le nombre de 100 000

habitants, donnent 1 28 100 000

Ces cent vingt-huit millions et

cent mille heures, passées à

Paris, à la clarté de la bougie ou de la chandelle, à

une demi-livre de cire ou de

soif, par heure, donnent un

poids de. 640500Û0 liv.pes.

Soixante - quatre millions cin«

quaote mille livres pesant,

estimées Tune dans l'autre à

trente sols la livre, font la

somme de quatre-viugt-seize

millions soixante-quinze mille

livres tournois 96 075 000 liv. tour.

Somme immense I que la ville de Paris pourrait épargner tous les ans, en se servant de la lumière du soleil au lieu de chandelles.

Si l'on prétend que les gens sont si entichés de leurs vieilles habitudes qu'il serait difficile de les amener à se lever avant midi ; que, par conséquent, ma découverte ne servira pas à grand'chose, je réponds : nil desperandum. Je crois que tous ceux qui ont le sens commun, aussitôt qu'ils auront appris par votre journal qu'il fait jour quand le soleil se lève, s'arrangeront pour se lever avec lui. Pour y forcer les autres, je propose les ordonnances suivantes :

Premièrement. Qu'on mette une taxe d'un louis par

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fenêtre sur chaque fenêtre qui a des volets pour exclure la lumière du soleil.

Secondement. Que pour nous empêcher de brûler DOS chandelles, la police emploie le moyen salutaire qui, rhiver dernier, nous a empêché de brûler tant de bois; qu'elle mette des sentinelles à toutes les boutiques d'épiciers , afin qu'il ne soit alloué à chaque famille qu'une livre de chandelles par semaine.

En troisième lieu, mettez aussi des sentinelles pour arrêter toutes les voitures qui traverseraient la rue après le coucher du soleil, excepté celles des médecins, chirurgiens et sages-femmes.

Quatrièmement. Chaque matin au lever du soleil qu'on sonne toutes les cloches à chacpie église ; si ce n'est pas suffisant, qu'on tire le canon dans chaque me pour éveiller efficacement les paresseux et leur faire ouvrir les yeux afin qu'ils voient leur véritable intérêt.

Toute la difficulté sera dans les deux ou trois premiers jours, après quoi la réforme sera aussi naturelle, aussi facile que l'irrégularité actuelle ; car ce n*est que k premier pas qui coûte. Forcez un homme à se lever à quatre heures du matin, il est plus que probable qu'il se couchera volontiers à huit heures du soir ; et quand il aura dormi huit heures, il se lèvera plus volontiers à quatre heures du matin le jour suivant.

Cette sonlme de quatre-vingt-seize millions et soixante-quinze mille livres tournois n'est pas tout ce qu*on peut économiser, par mon projet. Remarquez que j'ai seulement calculé sur une moitié de Tannée ; on peut beaucoup économiser sur l'autre moitié, bien que les jours soient plus courts. En outre.

rimmense quantité de cire el de suif que Ton aura épargnée durant Tété, rendra probablement l'éclairage meilleur marché Thiver suivant, et le prix restera bon marché tant que Ton maintiendra la réforme proposée.

Je ne demande ni place, ni pension, ni privilège, ni récompense, pour la grande découverte que je livre si généreusement au public. Je n'en veux que Thonneur. Et cependant je sais qu'il y a de petits esprits envieux qui, suivant l'usage, me le disputeront et diront que mon invention était connue des anciens ; peut-être même citeront-ils des passages de quelques vieux livres pour le prouver. Je ne soutiendrai pas contre ces critiques que les anciens ne savaient pas l'heure à laquelle se levait le soleil, probablement ils avaient comme nous des almanachs qui l'annonçaient ; mais il ne s'ensuivra pas qu'ils sussent que le soleil donnait de la lumière aussitôt son lever. C'est là ce que je réclame comme ma découverte. Si les anciens l'ont faite, elle est oubliée depuis longtemps, car elle est certainement inconnue aux modernes, au moins aux Parisiens. Pour le prouver , je n'ai besoin que d'un argument bien simple.

Il n'y a pas au monde un peuple plus instruit, plus judicieux, plus prudent que les Parisiens. Tous professent comme moi l'amejur de l'économie, et d'après les nombreux et lourds impôts qu'on exige d'eux pour les nécessités de l'État, ils ont certainement de grandes raisons d'être économes. Je dis donc qu'il est impossible que, dans cette situation, un peuple si intelligent ait vécu si longtemps à la lumière enfumée, malsaine et ruineuse des chandelles, s'il avait réelle-

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ment su qu'il pouvait avoir pour rien la pure lumière du soleil.

Je suis, etc«,

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