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Républicain, c*est là son vrai nom; jamais il ne démordit de sa foi démocratique. Au. milieu .des. splendeurs de Versailles il pensait à la grandeur «future de TAmérique, et quand il reçut la première; nouvelle de laRévolution de 1789, «Bon,dit-:il,les.Français ont fait ici leur apprentissage de liberté, les voilà, qui vont s'établir pour leur compte *. » Hélas l'apprentissage n'était pas terminé, et comme le disait Fox ' à la même époque, « Si les Français étaient comme nos vieux amis les Américains, je n'aurais pas si grand'peur pour eux. »
Dans les écrits de ce patriote ardent on sera peutêtre étonné de rencontrer une critique mordante des excès des journaux. Qu'on ne se hâte, pas de mettre Franklin au nombre des ennemis de la presse. Notre philosophe s'est trop bien servi de cet instrument * pour n'en pas connaître le prix. Sans doute il a flagellé la calomnie dont il avait eu h souffrir plus que personne, mais il a entendu se faire justice lui-même, et n a jamais invoqué le secours du bras séculier. Il connaissait la fable du cheval qui veut se venger du cerf^ et ne voulait pas de ces prolecteurs qui vous débarrassent du fardeau et des ennuis de la liberté.
, 1. Parton, Vie de Franklin, t. II, p. 600.
2. On a vu dans les Mémoires que c'est par la presse, et comme journaliste, que Franklin s'est élevé. C'est lui qui a inventé, ou du moins perfectionne les annonces. On en a conservé quelquesunes à f cause de leur originalité, celle-ci, par exemple :
«Il y a quelques mois, on a pris , dans un banc.de l'église, un livre de Coinmon-Prayer , relié en rouge ,' doré et marqué D. F.''(Deborah Franklin). La personne qui a pris ce livre est priée de l'ouvrir, de lire le huitième commandement, et après cela de remettre le volume où elle l'a pris. On ne fera pas d'autres recherches. »
« La liberté de la parole, écrivait-il dès Tannée 1737, est le principal pilier d'un gouvernémentlibre; ôtez ce support, la constitution d'une société, libre est :ruïîiée,. la tyrannie , s'élève sur ses débris. Les républiques et les monarchies limitées tirent leur force^et'leur-vigueur de la', surveillance que le peuple exerce' sur la conduite. 'des magistrats; ce privilège, on en a abusé et on'en abusera dans .tous les siècles. Les meilleurs des hommes n'ont pu échapper de leur vivant à la censure et à l'envie.' Mais ce mal n'est pas aussi grand qu'il paraît à'première* vue. Un magistrat qui cherche sincèrement le bien public' aura; toujours pour lui les inclinations de la grande majorité; l'impartiale' postérité ne manquera pas de lui repdre justice. '
« Ces abus de la liberté de langage sont les excès de la liberté. On doit les réprimer, mais à qui confier ce soin? Un magistrat pervers, à qui l'on remettrait le pouvoir de punir des mots^ aurait entre les mains l'arme la plus destructive et la plus terrible. Sous prétexte d'émonder les branches luxuriantes, il pourrait détruire l'arbre même.
c II est certain que celui qui vole à autrui son honneur mérite bien mieux le gibet que s'il lui avait volé sa bourse sur la grande route. Mais, sous le spécieux prétexte de protéger les Romains contre la calomnie, Auguste-César glissa la loi qui punissait le libelle des peines de lèse-majesté. Cette loi établit la tyrannie. Pour un petit mal qu'on prévint, on eut dix mille maux, horribles et écrasants. Désormais la fortune et la, vie de chacun dépendit du souffle empoisonné des délateurs. L'interprétation des mots étant arbitraire, et laissée à la décision desjuges, personne ne put écrire ni ouvrir la bouche sans courir le risque de perdre la tête.
« Un historien fut mis à mort pour avoir fait l'éloge de Brutus; un autre^fut tué pour avoir appelé Cassius le dernier des Romains. Caligula éleva à la dignité de consul son cheval Incitatus; et quoique l'histoire soit muette en ce
point, je ne doute pas qu'il y eût peine de mort pour quiconque eût témoigné le moindre mépris à ce grand officier , d'État. Supposez qu'on eût appelé le premier ministre un stujfiide animal, le conseil de l'empereur aurait pu dire que la malice du libelle était d'autant plus grande que le fait était plus vrai ',' et que par conséquent la famille de cet illustre magistrat devait être d'autant plus excitée à la violence et à la vengeance. Une pareille poursuite nous paraîtrait ridicule ; cependant, si Ton en croit la tradition, il y a eu autrefois des proconsuls en Amérique, plus méchants mais non pas plus intelligents que le consul Incitatus, qui se seraient crus injuriés si on les avait appelés de leur propre nom *.
c ... C'est le mensonge qui craint les attaques, et qui crie pour avoir des auxiliaires. La vérité ne craint pas la bataille, elle méprise le secours du bras séculier et triomphe par sa force naturelle *.
c L'histoire nous montre le danger fatal qui accompagne nécessairement toute restriction de la liberté de la parole et de la presse; on en est donc amené à conclure que quiconque essaye de supprimer l'un ou l'autre de ces droits qui nous appartiennent naturellement, est un ennemi de la liberté et de la constitution. Il faut souffrir un inconvénient quand on n'y peut remédier que par un plus grand mal^ >
J'ai résumé dans ces quelques pages le symbole religieux, moral, économique et politique de Franklin ; je laisse maintenant la parole à ce philosophe aussi aimable que sensé ! En le lisant, on ne se sent pas emporté vers les régions de l'idéal, c'est un vrai fils de