L'Angleterre
Tendeurs. Si les fermiers et les ouvriers qui se sont faits marchaDdSy retournaient à leur charrue et à leurs ontils , il y aurait assez de veuves et d'autres femmes ponr tenir les boutiques, et elles trouveraient suffisamment à gagner dans ce commerce de détail.
{Quiconque a voyagé dans les différentes parties de TEurope, et a observé combien peu on y voit de gens riches ou aisés, en comparaison des pauvres ; combien peu de gens y sont grands propriétaires, en comparaison de la multitude de misérables tenanciers, ruinés par le fermage et la dime, et de journaliers mal payés, déguenillés et mourant de faim; quiconque, dis-je, se rappelle ce tableau, et contemple Theureuse médiocrité qui règne dans les Etats américains, où le cultivateur travaille pour lui-même et entretient sa famille dans une honnête abondance, celui-là doit, ce me semble, juger que nous avons grande raison de bénir la divine providence, qui a mis tant de différence en notre faveur; il doit être convaincu qu'aucune nation connue ne jouit d'une plus grande portion de félicité humaine.
n ^st vrai que dans quelques-uns de nos États il y a des partis et des discordes. Mais regardons en arrière, et demandons-nous si nous en avons jamais été exempts? Ce mal existe partout où fleurit la liberté, et peut-être aide-t-il à la conserver. Le choo des sentiments opposés fait souvent jaillir des étincelles de vérité, qui produisent la lumière politique. Les diverses factions qui nous divisent aujourd'hui tendent toutes au bien public ; il n'y a de différence que dans la manière de l'obtenir. Les choses, les actions, les mesures politiques, tout enfin, se présente à l'esprit
SOUS des jours si différents, qu'il n'est pas possible que nous pensions, tous à la fois, de la même manière, sur chaque objet; tandis qu'à peine le même homme en a-t-il toujours les mêmes idées. Des partis, c'est le lot commun de l'humanité ; ceux qui régnent chez nous ne sont ni plus dangereux, ni moins utiles que ceux des autres pays et des autres siècles qui ont joni, au même degré que nous, du grand bienfait de la liberté politique.
Quelques-uns d'entre nous sont moins affectés de l'état présent de nos affaires, qu'ils ne sont inquiets de l'avenir. L'accroissement du luxe les alarme; ils pensent que c'est là ce qui nous conduit à grands pas vers notre ruine. Ils remarquent qu'il n'y a jamais de revenn suffisant sans économie ; que toutes les productions annuelles d'un pays peuvent, si abondantes qu'elles soient , être dissipées en dépenses vaines et inutiles, et que la pauvreté peut ainsi succéder à la richesse. — Cela peut être. Cependant cela arrive rarement ; car il semble que chez toutes les nations le travail et l'économie, qui mènent à la richesse sont plus communs que la paresse et l'oisiveté, qni enfantent la pauvreté; de sorte que tout balancé, il se fait une accumulation continuelle.
Songez à ce qu'étaient du temps des Romains, l'Sspagne, les Gaules, la Germanie, la Bretagne, habitées par des peuples presqa'aussi pauvres que nos Sauvages; et considérez les richesses qu'elles possèdent à présent, Tinnombrable quantité de villes bien bâties, de fermes bien établies, de meubles élégants, de magasins remplis de marchandises ; sans compter l'argenterie, les bijoux et tout le numéraire. Oui, elles
possèdent tout cela, en dépit de leurs gouvernements dépensiers et pillards, et de leurs guerres folles et destructives. Et cependant on n'a jamais gêné , dans ces contrées, ni le luxe, ni les prodigalités de Topulence. — Ensuite, examinez le grand nombre de fermiers laborieux et sobres qui habitent Tintérieur des États américains y et composent le corps de la nation, et jugez s'il est possible que le luxe de nos ports de mer puisse ruiner un tel pays.
Si l'importation du luxe étranger devait ruiner un peuple, nous serions ruinés depuis longtemps, car les Anglais prétendent avoir le droit de porter chez nous non-seulement le superflu de leurs fabriques, mais celui de toutes les nations de la terre. Nous Tachetons, nous le consommons et cependant nous avons prospéré et nous sommes devenus riches. A présent nos gouvernements indépendants peuvent faire ce qui naguères leur était impossible. Ils peuvent décourager par des droits considérables, ou empêcher par une prohibition absolue, ces sortes d'importations; nous nous enrichirons davantage, si toutefois, et ceci est discutable, le désir de nous parer de beaux habits, d'être bien meublés, d'avoir des maisons élégantes, ne doit pas, en excitant le travail et l'industrie, produire beaucoup plus que ne nous coûte la satisfaction de nos désirs.
L'agriculture et les pêcheries des États-Unis sont les grandes sources de nos richesses. Celui qui sème un grain de blé est peut-être récompensé de sa peine par quarante grains de blé que la terre lui rend; et celui qui tire un poisson du sein de la mer, en tire une pièce d'argent.
Soyons attentifs à ces choses-là, et nous le serons sans doute, les puissance» rivales, avec tous leurs actes prohibitifs, ne pourront pas beaucoup nous nuire. Nous sommes enfants de la terre et des mers, et semblables à TAntée de la fable, si en luttant avec un Hercule nous avons quelquefois le dessous, le seul attouchement de notre mère nous rendra la force de renouveler le combat.