‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 88 sur 109 · Par les soins de Franklin. Corresp,, t. II, p · texte numérisé non relu

Par les soins de Franklin. Corresp,, t. II, p

privilèges. Beaucoup de personnes, qui prétendent être très-babiles dans divers genres de grande fabrication, s'imaginent que l'Amérique doit avoir besoin d'elles , et que le Congrès sérail disposé à imiter les princes dont je viens de parler; elles ont offert de se rendre aux États-Unis, à condition qu'on payerait leur passage et qu'on leur donnerait des terres, des appointements , et des privilèges pour un certain nombre d'années. Mais si ces personnes lisent les articles de confédération , elles y verront que le Congrès n'a ni le pouvoir , ni l'argent nécessaire pour de semblables objets. Les gouvernements des États particuliers peuvent seuls accorder de tels encouragements. Mais cela est rare en Amérique ; et quand on Ta fait , le succès n'a pas répondu aux espérances. On a vu que le pays n'était pas encore assez avancé pour engager des particuliers à y établir des manufactures. La main-d'œuvre y est trop chère ; il est trop difficile d'y rassembler des bras, parce que chacun veut y travailler pour son compte ; et le bas prix des terres y excite beaucoup d'ouvriers à abandonner leur métier pour s'adonner à l'agriculture.

Le peu de manufactures qui y ont réussi sont celles qui exigent peu de bras, et dans lesquelles la plus grande partie du travail se fait avec des machines. Les articles, volumineux, et qui ne sont pas d'un prix, assez considérable pour supporter les dépenses du fret, peuvent souvent être produits dans le pays et vendus à meilleur marché que lorsqu'on les y importe. Mais ce ne sont que ces sortes d'objets qu'il est avantageux d'y fabriquer lorsqu'on en trouve le débit. Les fermiers américains ont tous les ans beaucoup de laine et de

lin, et on n'en exporte point ; on emploie le tout dans le pays; mais c'est en atelier domestique et pour Tusage de la famille. Oji a essayé, dans plusieurs provinces, d'acheter une grande quantité de laine et de lin, pour les faire filer et tisser, et former des établissements où l'on pût vendre beaucoup de toile et d'étoffes de laine ; mais ces projets n'ont presque jamais réussi, parce que les mêmes articles venant de l'étranger sont moins chers.

Lorsque le gouvernement a été invité à soutenir ces établissements, par des encouragements, tels qu'avances de fonds, ou droits mis sur l'importation des marchandises étrangères, lia presque toujours refusé; car il a pour principe que si le pays est en état d'avoir des manufactures, des particuliers trouveront assez d'avantage à les entreprendre ; et que s'il ne l'est pas encore, c'est une folie de vouloir forcer la nature.

L'établissement de grandes manufactures exige qu'il y ait un grand nombre de pauvres qui travaillent pour un faible salaire. Il peut y avoir de ces pauvres en Europe ; mais il ne s'en trouvera point en Amérique, jusqu'à ce que toutes les terres soient occupées et cultivées, et qu'il y ait un surcroît de population qui, ne pouvant avoir de terre, manque de travail.

Les manufactures de soieries sont, dit-on, naturelles en France, comme celles de drap en Angleterre ; parce que chacun de ces pays produit abondamment les matières premières. Mais si l'Angleterre voulait fabriquer des soirles, comme elle fabrique des draps, et la France fabriquer des draps, comme elle fabrique des soieries, ces entreprises contre nature auraient besoin d'être soutenues par des prohibitions mutuelles, ou par des

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refuse de prendre des apprentis, à moins qu'on ne lui donne de l'argent, qu'on ne les nourrisse ou qu'on ne se soumette à d'autres conditions trop onéreuses pour les parents. Aussi les jeunes gens restent souvent dans l'ignorance de tout ce qui pourrait leur être utile, et ils sont obligés, pour vivre, de devenir soldats, domestiques ou voleurs.

£n Amérique, Taugmentation rapide de la population empêche qu'on ne craigne des rivaux. On y prend volontiers des apprentis, parce qu'on espère retirer du profit de leur travail pendant tout le temps qui s'écoulera depuis l'époque où ils sauront leur métier jusqu'au terme du contrat. Il est donc facile aux familles pauvres de faire instruire leurs enfants; et les ouvriers sont si portés à avoir des apprentis, que plusieurs d'entre eux donnent de l'argent aux parents pour avoir des garçons de dix à quinze ans, et les garder jusqu'à ce qu'ils en.aient vingt et un. Par ce moyen, beaucoup de pauvres parents ont , à leur arrivée en Amérique, amassé assez d'argent pour acheter des terres, s'y établir, et subsister avec le reste de leur famille en cultivant.

Les contrats d'apprentissage se font devant un magistrat, qui en règle les conditions, conformément à la raison et à la justice; et comme il a en vue de former un citoyen utile, il oblige le maître de s'engager, par écrit, non-seulement à bien nourrir l'apprenti, à rhabiller, à le blanchir, à le loger, et à lui donner un habillement complet à la fin de l'apprentissage, mais encore à lui faire apprendre à lire, à écrire, à compter, et à lui enseigner sa profession, ou quelqu'autre qui mette un jour l'apprenti en état de gagner sa vie et d'élever une famille.

Une copie de cet acte est remise à l'apprenti ou à ses parents, et le magistrat en garde la minute, à laquelle on peut avoir recours, si le maître manquait à quelqu'une de ses obligations.

Ce désir qu'ont les maîtres d'avoir beaucoup de bras employés à travailler pour eux les engage à payer le passage de jeunes gens de l'un et l'autre sexe, qui, en arrivant , s'engagent à les servir pendant deux, trois ou quatre ans. Les jeunes gens qui savent déjà travailler s'engagent pour un terme moins long, proportionné à leur talent et au profit cru'on peut retirer de leur service. Ceux qui ne savent rien faire donnent plus de temps, à condition qu'on leur enseignera un métier, que leur pauvreté ne leur aurait pas permis d'apprendre dans leur pays.

Comme la médiocrité de fortune est presque générale en Amérique, les habitants sont obligés de travailler pour vivre. Aussi on y voit rarement les vices qu'enfante Toi^iveté. Un travail constant est le grand conservateur des mœurs et de la vertu d'un peuple. Les jeunes geps ont moins de mauvais exemples en Amérique qu'ailleurs; c'est une considération qui doit toucher les parents. On peut ajouter à cela qu'une religion sérieuse y est, sous différentes dénominations, non-seulement tolérée, mais respectée et pratiquée. — L'athéisme y est inconnu. L'incrédulité y est rare et secrète; de sorte qu'on peut y vivre jusqu'à un âge très-avancé sans que la piété y ait à souffrir de la présence d'un athée ou d'un mécréant. Et il semble que i*Être divin manifeste son approbation de la tolérance et de la douceur avec lesquelles les différentes sectes s'y traitent mutuelle-

ment, par la prospérité remarquable qu'il a daigné accorder à tout le pays.

SUR LES LOIS CRIMINELLES ET SUR l'usage D'ARMER EN COURSE.

A Benjamin Yaugfian.

Passy, 14 mars 1785 Mon cher ^i,

Parmi les pamphlets que vous m'avez fait passer dernièrement, il y en a un intitulé : Pensées sur la justice criminelle *. — Je vous envoie, en retour, une brochure française sur le même sujet. Elle a pour titre : Observations concernant V exécution de l* article II de la Déclaration sur le voL

L un et l'autre de ces ouvrages sont adressée aux magistrats, mais, comme vous le verrez, ils sont écrits dans un esprit très-dififérent. L'auteur anglais veut qu'on pende tous les voleurs. Le français demande qu OQ proportionne les peines aux délits.

8i nous croyons réellement, ainsi que nous faisons profession de le croire, qpie la loi de Moïse est la loi de Dieu, la dictée de la sagesse divine, infiniment supérieure à la sagesse humaine, d'après quel principe pouvons-nous donner la mort pour punir une offense^ qui, suivant cette loi, ne devait être punie que par la restitution du quadruple? Mettre à mort un homme, pour un crime qui ne le mérite point, n'est-ce pas un

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