‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 94 sur 109 · LE PAPIER · texte numérisé non relu

LE PAPIER

Poème.

Un bel esprit du temps jadis (il y en avait au temps jadis), dont les idées étaient pleines de sens et les allusions ingénieuses I voulant marquer toute espèce

1. Aux États-Unis le système de Franklin a triomphé en fait. Le traitement du président (125 000 francs) suffit à peine à rembourser les dépenses de la fonction. Mais il est difficile de voir ce que l'Amérique a gagné à ce régime , ni de dire ce qu'elle aurait perdu à donner à son premier magistrat un traitement modéré, mais honorable. Ce ne sont ni les brigues ni les factions qui manquent aux Etats-Unis, et si ces brigues ne dépassent pas certaines limites, le mérite en est assurément au bon esprit de la nation bien plus qu'à la sagesse du président. Avec un peuple moins habitué à la liberté , ce ne serait pas l'absence d'un traitement qui arrêterait l'ambition d'un président. Les magistrats n'étaient pas payés à Rome, en étaient-ils moins avares? Et cela a-t-il empêché l'usurpation de César?

2. Cette bagatelle, attribuée à Franklin, a paru dans VAmerican Muséum , en 1788. Elle est dans le goût de son épitaphe, mais il n'est pas sûr qu'il en soit l'auteur.

d'homme d'un trait caraclëristique, disait que Tàme d*an enfant était un papier blanc ^ sur lequel le sentiment écrivait les premiers principes, auxquels la vertu mettait le sceau, ou que le vice effaçait.

L'idée était heureuse, juste et vraie. Il me semble qu^un homme de génie pourrait encore l'étendre; et moi, pardon de tant d'orgueil! moi, qui ne suis ni un bel esprit, ni un génie, je vais l'essayer.

Il y a diverses sortes de papiers, parce qu'il y a des besoins divers, besoin de l'élégance, de la mode, de l'usage. — Les hommes ne sont pas moins divers ; et, si je ne me trompe, chaque sorte de papier représente une sorte d^hommes.

Examinez, je vous prie, un fat moitié poudre et moitié dentelle, aussi propre que s'il sortait d'une boîte, n'est-ce pas le papier doré^ que vous dérobez au vulgaire et que vous mettez en réserve dans votre bureau?

Ouvriers, domestiques, fermiers et le reste, c'est le papier commun^ qu'on prise moins, mais qui est bien plus utile, que vous laissez sur votre pupitre et qui, offert à toutes les plumes, sert à chaque instant du jour.

Le malheureux que son avarice force à se refuser les choses nécessaires, à pâtir, à fourber, à friponner pour enrichir un héritier, c'est le gros papier gris^ employé par les petits marchands pour envelopper des ehoses dont se servent des hommes qui valent mieux qu'eux.

Voyez ensuite le contraste de l'avare. Le prodigue perd sa santé, sa réputation, sa fortune au milieu des plaisirs. Y a-t-il quelque papier qui lui ressemble? Gui, sans doute, c'est le papier buvard.

L'inquiet politique croit ce côté toujours exempt d'erreur et cet autre toujours faux. Il critique avec fureur; il applaudit avec rage. Dupe de tous les bruits populaires, et instrument des fripons, il n'est pas besoin de caractères pour exprimer sa faiblesse, aussi longtemps qu'il y aura un papier qu'on nommera marotte ^

L'homme prompt et colère, dans les veines duquel le sang court avec vivacité, qui vous cherche querelle si vous marchez de travers, qui ne peut endurer une plaisanterie, un mot, un regard, qu'est-il? Qaoi? Le papier d'épreuve, assurément.

Que dites-vous de nos poètes, tous tant qu'ils sont, bons, mauvais, riches, pauvres, beaucoup lus ou point lus du tout? Vous pouvez mettre ensemble et eux et leurs ouvrages : c'est le papier de maculatwe dans l'humanité.

Contemples la jeune et douce vierge. Elle est belle comme une feuille de papier blanCy que rien n'a encore soaillé : l'homme heureux que le destin favorise peut y écrire son nom et la prendre pour sa peine.

Encore une comparaison : je n'en veux plus faire qu'une. Le grand homme sage, qui méprise les petitesses, et dont les pensées, les actions, les maximes sont à lui, et n'ont pour principe que les sentiments de son cœur, cet homme, dis-je, est le papier véliny qui de tous les papiers est le plus précieux, le plus pur 3t le plus beau.

1. Foolsewp est le nom d'un papier qui porte, gravée dans sa pâte, une marotte.

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