‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 95 sur 109 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

U y avait un officier, homme de bien, appelé Moutrésor, qui était très-malade. Son curé, croyant qu'il allait mourir, lui conseilla de faire sa paix avec Dieu, afin d*étre reçu en paradis.

c Je n'ai pas beaucoup d'inquiétude à ce sujet, dit Montrésor; car j'ai eu la nuit dernière une vision qui m'a tout à fait tranquillisé. — Quelle vision avez- vous eue, dit le bon prêtre. — J'étais, répondit Montrésor, à la porte du paradis, avec une foule de gens qui voulaient entrer, et saint Pierre demandait à chacun de quelle religion il était. L'un répondait : c Je suis ca- « tholique romain. — Eh bieni disait saint Pierre, « entrez et prenez votre place là parmi les catholiques. » Un autre dit qu'il était de l'Église anglicane. « Eh « bien ! dit saint Pierre, entrez et placez-vous là parmi < les anglicans. » Un autre dit qu'il était quaker. « Ente trez, dit saint Pierre et prenez place parmi les qua- « kers. » Enfin, mon tour étant arrivé, il me demanda de quelle religion j'étais. «Hélas! répondis-je, malc heureusement le pauvre Jacques Montrésor n'en a «c point. — C'est dommage, dit saint Pierre; je ne sais « où vous placer : mais entrez toujours; votis vous « mettrez où vous pourrez. »

ET D'ÉCONOMIE POUTIQUE. 293

COMPARAISON DE LA CONDUITE DES ANTI-FÉDÉRALISTES DES ÉTATS-UNIS DE L' AMÉRIQUE, AVEC CELLE DES ANCIENS JUIFS.

Un zélé partisan de la constitution fédérale qu'on nous propose d'adopter, a dit dans une assemblée publique : « Qu'une grande partie du genre humain avait tant de répugnance pour un bon gouvernement, qu'il était persuadé que si un ange nous apportait du ciel une constitution qui y aurait été faite exprès pour nous, elle trouverait encore une opposition violente. » Cette opinion parut extravagante ; Torateur fut censuré : et il ne se défendit point.

Probablement il ne lui vint pas sur le coup dans l'esprit que l'expérience avait été faite, que la chose se trouvait consignée dans la plus fidèle de toutes les histoires, la Sainte Bible. S'il y eût songé, il aurait pu, ce me semble, s'étayer de cette autorité irréfragable.

L'Être suprême se plut à élever une seule famille ; son attentive providence la combla de bienfaits jusqu'à ce qu'elle devint un grand peuple. Après avoir délivré ce peuple de l'esclavage, par une suite de miracles, que fit son serviteur Moïse, Dieu remit lui-même à ce serviteur choisi, en présence de toute la nation, une constitution et un code de lois, et il promit de récompenser ceux qui les observeraient fidèlement, et de punir avec sévérité ceux qui y désobéiraient.

Quoique la Divinité elle-même fût à la tête de cette constitution, — c'est pourquoi les écrivains politiques l'ont appelée ime théocratie, — pour l'exécuter, il fal-

lait des ministres. Aaron et ses enfants forent cbarg de composer, avec Moïse, le premier ministère À nouveau gouvernement.

On pensera qu*un peuple reconnaissant aurait ap prouvé le choix d'hommes qui s'étaient distinguéi pour rendre la nation libre, et qui avaient hasardé leur vie en s'opposant ouvertement à la volonté d'un puissant monarque, qui voulait la retenir dans Tesdavage. Une constitution tracée par Dieu même aurait dû être accueillie avec les transports d'une joie universelle. Mais il y avait, dans chacune des treize tribus, quelques esprits inquiets, mécontents, qui excitaient continuellement le peuple à rejeter le nouveau gouvernement, et cela par divers motifs.

Il y en avait beaucoup qui conservaient un reste d'affection pour l'Egypte, leur terre natale ; et dès qu'ils éprouvaient quelque embarras, quelque inconvénient, effet naturel et inévitable d'un changement de situation, ils accusaient leurs chefs d'être les auteurs de leur peine; et non-seulement ils voulaient retourner en Egypte, mais ils voulaient encore lapider ceux qui les en avaient arrachés ^

Ceux qui étaient enclins à l'idolâtrie voyaient, avec regret, la destruction du veau d'or. Plusieurs chefs pensaient que la constitution nouvelle nuirait à leurs intérêts particuliers; que les bonnes places seraient toutes prises par les parents et les amis de MoUse et d'Aaron^ et que d'autres qui étaient également bien nés en seraient exclus*.

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