PRÉFACE
F-es morceaux réunis en co volume n'ont, par lu fond du sujet, aucune liaison nécessaire. Ils n'ont de commun que l'inspiration qui les a dictés et le scnlimenl qui en fait l'urne. Tous se résument en une pensée que je mets fort au-dessus des opinions et des hypothèses, c'est que la morale est la chose sérieuse et vraie parexcellenee, et qu'elle suffi tpour donner ù la vie un sens cl un but. Des voiles impénétrables nous dérobent le secret de ce monde étrange dont la réalité à la fois s'impose à noirs et nous accable; la philosophie et la science poursuivront il jamais, sans jamais l'atteindre, la formule
de ce i'roléo qu'aucune raison ne limite, qn'nuciiH langage it'oxjirimc Mais il est mie base indubitable que nul sco]ilii;idn)o n'ébranlera et où l'homme Irouveri| jusqu'à la Un des jours le point fixe de ses incertitudes : le bien, c'est le bien; le ma), c'est le mal. Pour haïr l'un et pour aimer l'autre, aucun système n'est nécessaire, et c'est en ce sens que !a foi et l'amour, en apparence sans lien avec l'intelligence, sont le vrai fondement de la certitude morale et l'unique moyen qu'a l'homme de comprendre quelque chose au problème de son origine et " de sa destinée.
Le* beau privilège qu'a la morale de réunir en un même sentiment (eus les esprits honnêtes, quelque divisés qu'ils soient d'ailleurs sur les choses divines et humaines, est ec qui m'a engagé ù composer ee volume de pièces aussi éloignées que possible de toute discussion. J'ai voulu qu'il protestât contre une pensée étroite que les personnes qui ne me connaissent pas m'ont souvent prêtée. Loin que j'aie jamais songé à diminuer en ee inonde la somme de religion qui y reste encore, mon but, en tous mes écrits, a été bien an contraire d'épurer et de ranimer un sentiment qui n'a quelque chance de conserver son empire qu'en prenant un nouveau degré de raffinement. La religion, de nos jours, ne
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poul plus se séparer de f;i délicatesse de l'âme et ili; h cnhiifo lift l'esprit. .l'ai cru In servir en essayant de la iranaporter dans la région de l'inattaquable, au delà des dogmes particuliers et des croyances surnaturelles. Si celles-ci viennent à crouler, il ne faut pas que la religion croule, et un jour viendra peut-être ou ceux qui me reprochent comme un crime celte distinction cnlre le fond impérissable de la religion et ses formes passagères seront heureux de chercher un refuge contre des al laques brutales derrière l'abri qu'ils oui dédaigné. Je veux certes la liberté de la pensée; car le vrai a ses droits comme le bien , et on ne gagne rien à ces timides mensonges qui ne trompent personne et n'aboutissent qu'à l'hypocrisie. Dans les
joug (l'un dogme religieux, se condamne ou aune partialité avouée, ou a l'empirisme vulgaire qui, sous les la ils matériels, ne sait pas saisir un esprit. Mais, je l'avoue, In science même et la critique sont à mes yeux des choses secondaires auprès de la
iv PRÉFACE.
nécessité Je conserver la tradition du bien. Je ne me retirerais point satisfait de la viè, si mon aclion s'était bornée à soutenir un ordre d'études ou un système particulier; je suis, en effet, plus convaincu que jamais que la vie morale a un but supérieur et qu'elle correspond à un objet. Si la fin de la vie n'était que le bonheur, il n'y aurait aucun motif jour distinguer la destinée de l'homme de celle des êtres inférieurs. Mais il n'en est point ainsi : la morale n'est pas synonyme de l'art d'être heureux. Or, des que le sacrifice devient un devoir et un besoin pour l'homme, je ne vois plus de limite à l'horizon qui s'ouvre devant moi. Comme les parfums des îles de la mer Erythrée, qui voguaient sur la surface des mers et allaient au-devant des' vaisseaux, cet instinct divin m'est un augure d'une terre inconnue et un messager de l'infini.
. La merveilleuse effieacitédu devoir pour édifier et pacifier les âmes est l'explication d'un phénomène assez ordinaire dans l'histoire de la philosophie, je veux dire de l'apparente contradiction que nous offrenltanl de nobles espritsqui n'ont cru qu'à la vertu. Lorsque l'Aristote des temps modernes, liant, porta la critique à la racine même de l'intelligence humaine, résolu de ne s'arrêter que devant l'indubi-
lable, 'I ne trouva vieil de bion clair que le devoir, lin face de celle révélation souveraine, le doulc ne lui fui plus possible. Sur l' unique basa de la conscience moi '«le, i'irille\iIili;ci'ilii|uerL'coiislruisillout ce qu'il avait renversé d'abord : Dieu, la religion, la liberté, que la raisonne lui avail donnés qu'enveloppés de contradictions, lui apparurent en dehors du ebamp de la controverse, dans une douce et pure lumière, assis non sur des syllogismes, maissurles besoins les plus invincibles de la naturebumainc, et à l'abri de Loutediscussion. Labelle et liardïe volte-face du penseur allemand est l'histoire de tous ceux qui ont parcouru avec quelque énergie le cercle de la - pensée. Objet d'éleinellc dispute pour la dialectique, d'évidente intuition pour le sentiment moral, la religion n'est ainsi le partage que de ceux qui en sont dignes et qui en trouvent la démonstration dans la voix docilement écoutée de leur cœur.
Je sais que celte foi aux vérités supérieures, dégagée des symboles dont les religions l'ont revêtue, ne contentera jamais la majorité des hommes, habituée a porter dans les choses infinies la grossière précision que réclame la pratique de la vie, et incapable de se dégager, même dans les questions morales, de toute vue intéressée. L'humanité a l'es- ' prit étroit; ses jugements sont toujours partiels