PRÉFACE
le nombre; d'hommes capables de saisir finement les vraies analogies 'les ehqscs esl imperceptible. Comme, d'un côté, il es[ essentiel que [uns croient au devoir, et que, d'un autre coté, il est impossible que tous aient la vue épurée de co qui fonde !e devoir, lepensour honnête éprouve tl'.ibord une sorte lie crainte en poriani l'analyso sur les jugements élroils qui sont, peur la plupart de si s semblables, la raison de bien faire. La main tremble quand elle se porte pour la première fois sur les frêles appuis de celle pauvre ruine branlante qu'on appelle la moralité humaine.; on trouve que c'est merveille qu'elle ait pu résistera tant de causes d'abaissement et de décrépitude, et on hésite a conspirer en apparence avec ceux qui travaillent à détruire le fruit do tant de dévouements, de tant de larmes et de tant de sang.
Ces scrupules qui se sont fréquemment élevés, en mon âme, quand j'ai vu le scandale que bien des personnes pleines de droite ont souffert de mes .libelles spéculatives, il m'a fallu de sérieuses ré-
011 pensanL librement et en disant librement ce que je pense , et je n'y ai réussi quu quand j'ai vu avec évidence combien lïdce que la pieté se fait du
g i.' fini. In critique et lirlibn 1 développement do ! ! esprît comme, dus forces ennemies, les personnes pré occupons d'une manière un peu suporlieielle du bonheur de l'espèce humaine ni; s'aperçoivent pas qu'elles vont directement contre le but qu'elles veulent atteindre. L'extinction de l'esprit critique, en effet, amène nécessairement le héotisme ou la frivolité, (pii marquent la fin de tonte moralité sérieuse, et amènent plus de maux pour nue nation que le libre examen avec.ses conséquences légitimes ou supposées. Il ne semble pas que les pays où l'on a réussi à étouffer complètement la pensée (l'Espqgne, les pays musulmans, par exemple) et ceux où on l'a rendue insignifiante, comme l'Italie du dixhuitiême siècle, soient devenus beaucoup plus moraux. Tout, ce qui élève l'homme et le ramène au soin de son âme l'améliore et l'épu're; la qualité des doctrines importe assez peu. Les lecteurs capables de trouver du goût à un écrit sont capables aussi d'en découvrir le venin, s'il y en a. Quant à. ceux qui s'en scandalisent, leur scandale même est un sentiment délicat et touchant, qu'ils ne doivent point regretter. t)n peut même dire qu'ils dévi aient savoir gré à celui qui provoque chez eux un loi acte de foi, et leur fournit l'occasion de s'envisager