‹ Essais de morale et de critique (volume 2)Chapitre 19 sur 45 · LE PARTI GUELFE DANS L'ITALIE CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

LE PARTI GUELFE DANS L'ITALIE CONTEMPORAINE

Dans les premiers mois de 1848, un moine- du Mont-Cassin, en dédiant à Pic IX l'Iiisloire des premiers effo ris delà nationalité italienne pour revendiquer son indépendance, lui adressait ces paroles :

• J'ai lire du volume des Lisluiri^ italiennes e.> pou de page3 qui contiennent le récit de In li^ue lombarde au douiième siècle. Je les dépose à vos pieds comme clioso samle. Recueillez-les, lisez-les et répondez à l'Halle, qui mus demande la parole du salut dans le combat qu'elle smilii'iit sous les yens de llieu. Voua

110)1 I.DIGI TOSTI.

êtes Ijï iiiMilrc de la vi-rili> pour tout lu monde : c'est à vous appartient dis si'parer l'esprit qui vivifia de la lettre <pn' lus dans Hivangile du Clirisl. Vous êtes lu maître du la sagesse civile pour l'Italie : c'est à vous tju'il appartient i le dégager îles évouemoEils li lu il ii i i:t i'i'l'v i|ii"y ii eeli'u l'iiiteiliwiKu de Dieu, [.'lu-loire iiiLaii usl in Kï:iui;ilc, Saint-l'ère, parce ipie lu Verbe du Seigneur ni' rayonne pas jeulement ilims l'infini de la pensée divine, mais péni'/lre ni féi'oudo I û-s en:r.iilles du i'IiiiLiiaiiilij iiui smift'nr et espère, lit la (tour de tel Inintain Ev.iiijjile, c'est l'histoire di' notre liai il' : car uiiriiu ]i.ni|ili' i,';l pu L'onlier il sus annales un martyre plus prolongé ut plus fort (piu le m'ilru; aucun peuple n'a pu montrer a la postérité m, Uol^ullia plus semblable à ccliii

passé, el liuiium.;'./ ii'.i i.i;ilti-ii;:nt de 1:0 j. o..riirs si nom sommerfils lie ces Lombards, qui, ayant assaeié le pcmtifu romain !i la liberté de la patrie, surent le défendre île leur sang immaculé.

< Il en An.- no il s, Saint-Pure, l'étendard qu'A les m idée III, au jour île son ;i'io.n]il:e. suspr.uilil au :onn.iLi".u do ,aiu! l'iuvre. L'heure a sonné ; l'Ininianilé vous attend... Accourez pour bénir le solennel mariage de la charité ut du droit avec le pouvoir drs clefs. Que le bruit dusévéneinenls humains, t|Uc les colères Jl-s princes ne vous troublent pas ; la parole de Dion, quand ullo crue ou rachète, est toujours il éeéilé : île la u>k k i iil !o de-, tviiipi h ;. Mais votre [è l'ijio restera ferme sur le fondement des rmurs allranrliis dans la liberté du Clirist ; s'il s'appuyait sur la tele des hommes, il tomberait. Osez dans le Seigneur. Le probe nn"mo îles multitudes est souvent dans les desseins de Dieu lu tonne du Lieu. Le jour où vos fils se laisseraient aller à nue folle idolâtrie, vous, dc-ceudanl de la'hautour du Vatican, vous briseriez lus tables de pierre de la loi : et alors la parole de Dieu, esprit pur, habiterait dans le temple de la raison humaine; vous prolongeriez voire regard

ilmis riimni'usili 1 du Irmps cl de l'e^iai-e «ms ! reni er une lunilo au Li'i f.iil dont vous série? le paz-leur. Aile; ;hi -ilcvnol du jum- (In .Si-t(;iii'iit'. Dans l'ei-si'iH-f de l'inilii iiliulili'' italienne, Dieu a mis l'idée du [ionlilit.il romain. Yniilez-vous nous priver d'un si «rarid ministère? Voulei-vous en honorer un autre peuple) Faites-le : uinis finise/ mie; iùiis devrez auparavant réveiller les apôtres du reimj'de leurs sépuliTr;, el uri-ai-lsfr te sii'ije pouliNo qui .i jeli' ses rm-inrs dan- ihiLiv fiil par une série île deux cent cinquante-neuf pontifus. Non; riiomme ne saurait séparer ee que Dieu a réuni, et, le jour où cela arriverait, Dieu suspendrai! les Alpes aux confins de la terre, et le momie entier serait Italie.

• Bénisse*, Saint-Pire, te volume; bénissez la mémoire des a'ieus, les e.-qu'r.wes du |n.'-wiil, lu gloire il- revenir. Iléuissei r.elui qui l'a écrit, et par ia voie de la prière vous verre/ owumenl, dan? une l'une élrau-èrc aut ruiisiiljilinns de ia terre, l'amour de la pairie s>' traiisl'unuo eu l'amour saeré de Dieu'. *

Le nom do Dot» LuifJ Tusli, autour do ces lignes, est peu connu parmi nous. Les réputations littéraires sont en Italie lotîtes locales, cl nous aurions en Fiance quoique peine ù comprendre tant d'oïislences dévouées nu culte du beau et du vrai, dont la sphère 'd'action so borne à quelques disciples ou a un cercle restreint. Il m'a été donné d'apprécier, en connaissant Tosti, ce que la robe d'un moine italien peut couvrir encore d'entliousiasmc et de sentiments élevés. Je voudrais l'aire comprendre par cet illustre exemple comment les

' Staria délia Legti Lombanln (.Vieille Cassiiiu. ISjBj.

203 non LVIGI TOSII.

mêmes tendances peuvent, suivant les lieux, revêtir les formes les plus opposées, et quelle est la riche synonymie de la langue mie parlent les belles ûmes. 11 faudrait renoncer à s'appeler philosophe, si, pour conserver ce nom, il était défendu de sympathiser avec la noblesse du cœur partout où Von croit la trouver.

L'étal moral du clergé italien, son rôle dans le mouvement intellectuel et politique du pays, sont peut-être le trait des affaires italiennes qu'il esl le plus difficile de saisir à distance. Ce ne sont guère les exemples du clergé français qui peuvent nous faire comprendre la possibilité d'un libéralisme sincère dans les rangs de l'Église officielle; la liberté, pour le parti qu'on appelle chez nous ultramonlain, n'est en général qnc le droit de régner seul. Mais liàtons-nous (le le dire : il n'y aura bienlûl d'nllramonlams qu'en deçà des Alpes; l'inconséquence esl heureusement un élément essentiel dans les choses humaines ; il serait injuste et cruel de refuser do croire aux aspirations généreuses d'hommes qui, pour penser librement, sont obligés de mentira l'habit qu'ils portent, aux lieux qu'ils habitent, et de soulever de dessus leur poitrine dix siècles d'oppression .

J'ai parcouru toutes les parties de l'Italie en 1810 et 1850, et je dois dire que c'est dans des prêtres et des moines que j'ai trouvé le plus caractérisées les Icn-

DO M I.UIGI TOSTI. Î00

dances à la réforme religieuse el à l'indépendance politique qui travaillent ce pays. Le royaume de >'aplos est sans conti'odit la partie la plus trisle du l'Italie : il y a là assez de ilé^radalioiL morale cl d'instincts rcli-

cenx qui pui'slsloul à vmiloir I'uiuIit l'édifice de l'humanité sur la dégradation ili! la nature humaine. Or c'est précisément à roté île la religion abjecte du liizzaronc qu'est apparue l'expression la plus pure du sentiment religieux, tel que peut le concevoir l'Italie. I.a vieille abbaye du Îlont-Cassîn est devenue, .111 milieu de la barbarie officielle d'un pays où tout ce qui pense est suspectée centra d'un mouvement intellectuel plein d'originalité. 11 est une certaine élévation d'âme qui ne s,'obtient que par l'habitude du mépris. Naples a toujours été le pays des penseurs, parce qu'elle a toujours été le pays de la vile pnpuUicc et des rois selon son cœur ; on y devient philosophe par l'indignation, de même qu'on ne comprend nulle part .mieux qu'à Miseuo ou à V>nï;i l'hymne d'IlippulyU' ;'i la pudeur.

cl poliliques de l'école du Mout-Cassin, dont Tosti est le plus éloquent interprète, je ne trouve pas de dénomination plus jusLe que celle de parti guelfe. Il est dans l'histoire certains groupes d'idées qui, sans avoir en apparence de lien bien nécessaire, descendent M

DO M H l t; T TOSTI. 1

rer leurs propres consciences, el ravis d'être patrioics, je dirai presque révolulionn aires, sous prétexte de n'être qu'ultra- catholiques.

Tosti débuta dans les travaux littéraires par l'histoire de son abbaye'. Ce livre, précieux pour la richesse des matériaux inédits 'qu'H. renferme, n'est qu'une longue apologie du monachisme ; apologie liabile, en ce qu'elle prend le monachisme ù sa belle époque, durant la première moitié du moyen âge, et dans sa plus belle l'orme, la forme bénédictine, avant l'apparition des ordres mendiants. Tosli entreprit ensuite une lâche aiiln ni dif'lieile, en essayant la réhabilitation de. la papauté dans la personne de Boni- Face VIU*. L'histoire avait accepté comme irrévocable ia sentence de. Philippe le Ucl, qui, après avoir renversé de sa chaire papale le pontife intraitable, avait écrit sur son tombeau : hérétique et ttimouiaque, et avait fait sceller sa royale décision de l'anneau même de saint Pierre 1 . L'école néo-catholique triompha en voyant so-

1 Sloriadella Badia dd Honte Casino (Wipoli, IBM), <Stmiadil)onifmh lïll edesuoi tempi. (MontcC;i5siiio,i84G.) » l.c rqjislie authentique (li s lettres de Iloniface VIU se voit encore- ans ardmc- (lu Yalii-.ni, grctft.' clans tous "les passages n(feiisiiitf]Hjiii' le rui île Traiio- T.e notaire o|>osLolii|iie dépare iivnii- pi'uti'ili'' à ci>s sini|!i-('S!.i(iris ynr Wmke île < lii'-iiumE V, successeur île lînnifare, tic .'j:juv>sti aiaadata Ikv. Curdintitiam.... parte SU. t'ntrU t',h an Mis V.'/ai hoc. fia pluriel taaiittaccrat.

m - D03I-LDIG1 T05TI.

lenuellemcnt élevé au rang des grands hommes (jiiî ont bien mérité de l'humanité et dcl'llaltclc pape damné par Uanlc, persiflé par fi à Jacoponc. Comprenait-on bien Tosli'.' Tosli possédait-]] dès lors parfaite ment sa propre pensée? Déjà, il est vrai, l'Église scinblail pur moment ne signifiera ses yeux que la souveraineté de l'esprit sur la force ; derrière la papauté et les Guelfes se cachait déjà pour lui le principe italien et la démocratie. Toutefois l'intention politique s'enveloppait encore des formes orlhonoxes de l'apologiste ; il u 'était pas bien clair laquelle des deux pensées servait de prétexte à l'autre, et de cet équilibre indécis pouvait sortir également un Monlalcmbert ou un Lamennais 1 .

C'est dans l'Histoire île h Lvjue lombarde, composée pendant les mois qui précédèrent l'explosion de 1848, que se dévoile tout entier le système qui devait bientôt entraîner une partie de l'Italie aux cris de : Vive Pie IX! et donner ace mouvement un si étrange caractère d'entraînement et de faiblesse, de niaiserie et de sincérité. Disons tout d'abord que l'absence d'arrièrepeusée dans les hommes que nous essayons do caractériser (les politiques sont évidemment ailleurs) doit exclure fout soupçon sur la parliiile innocence de leurs convictions et la, naïveté de leur enthousiasme. La

•CetarlicloaitéciïlenlSâl,

lutte des principes modernes et des antiennes croyances n'a pas chez l'Italien la netteté et In décision que l'esprit français a coutume d'y porter. Que se passc-l-il d'ordinaire chez nous dans la conscience des hommes qui, à une certaine époque de leur carrière iutelecluellc, oui cru pouvoir concilier le catholicisme avec les tendances modernes '.' De deux choses Tune : ou le catholicisme l'emporte chez eux sur l'esprit moderne, et alors, reniant cet esprit, ils redeviennent catholiques ;'i l'ancienne manière ; ou l'esprit moderne remporte, et alors ils ne sont plus catholiques, au moins dans le sens d'une rigoureuse mthoi]u\ie. Lus choses ne se passent pas ainsi en Italie. L'Italien est naturellement catholique ; mais l'italien aime sa patrie, il veut la liberté et la démocratie : bon gré, mal gré, il faut que le catholicisme se plie à ses exigences, serve sou patriotisme. Quant à voir les contradictions de ce système, les impossibilités dont il fourmille, la discordance dos éléments qui y sont accouplés, il a rarement assez de sérieux et de profondeur d'esprit pour cela.

Si la question de la régénération do l'Italie n'était qu'une simple question de nationalilé, il faudrait accepter sans réserve le concours d'un parti appuyé sur les traditions du passé, el dont le trait caractéristique est l'horreur pour les institutions étrangères. Mais le problème est loin d'élre aussi simple. Il ne s'agit pas

EU tiOH Lllllil TOSTI

pour l'Hall ilo reconquérii' une précaire indépendance, qu'elle perdrait infailliblement le lendemain de sa victoire, taule de discipline el d éducation, politique j il s'agit pour elle de s'organiser suivant les principes de l'esprilmoderne : le jour où elle seracapable de garde]' lalibcrlÈ, elle l'aura. Or, pour celte œuvre plus difficile et plus profonde, l'influence du parti guelfe peut-elle être efficace et salutaire? 11 est permis d'en douter. Représentants de ce patriotisme étroit el exclusif qui a toujours été celui de l'Italie, les Guelfes diront bicii comme Jules 11 : Fuoriibarburi! mais avouer qu'on a beaucoup à apprendre de ces barbares, leur demander des leçons cl une tutelle, ce serai t trop de condescendance de la part de ceux qui rêvent encore la domination universelle et la primauté de l'Italie sur le inonde entier. Si le patriotisme est aux nations ce que la vanité est aux individus, c'est-à-dire le parfait contentement de soi-même, excluant le désir d'emprunter au dehors el de se compléter par autrui, c'est dans le clergé italien qu'il faut chercher les types du plus parlait patriotisme. Las prétentions les plus iiimiinléiées du iji'rmumsnie n'oiil jamais approché de cet itulitiiiium: uilrail;ibie; à tel point que par moments la pitié queidoil inspirer une nation noble el malheureuse disparaît [n esipie devant le plaisir de voir humilié le plus indomptable orgueil qui fut jamais.

DfW LU ICI T08TI. 215 On se rerail mit! grave illusion sur l'état do l'Italie, si l'on croyait que les probjisbes qui s'y agitent sont ceux île l'esprit moderne, si l'on croyait, par exemple, que ^situation des partis y est à peu près ce qu'elle était en France à l'époque du la Révolution. J'appelle esprtl moderne en religion cl eu politique la grande résultante du mouvement intellectuel et social, qui, latent et obscur durant les premiers sièclea du moyen âge, s'est développé depuis le doiuième siècle d'une manière continue, et a trouvé sa formule définitive en 1780. Cc-qui fut proclamé cette année-là, ce fut l'Avènement de l'humanité à la cotiBOieîictf, ce fut l'acte de majorité de l'esprit humain prenant possession de sa souveraineté, ce lui l'avénemcnt de la raison au pouvoir organisateur et réformateur que le hasard, la passion ou les causes inconnues classées obscurément sous le nom de l'rovidencc s'étaient arrogé jusque-là. Souveraineté de la raison, organisation rationnelle de la société par la réflexion, voilà loul l'esprit moderne'.

1 Je crois devoir rappeler in les e\pl irions cpii oui ùli données dans la préface fin piY-enl volume. J'ai i-ermmu depuis qiio la Révolution française ne marque pas une èra aussi importante ni siii'lonl aussi I n i 1 1 Ta i s n n 1 1; en ses ri'.ullals qui: j-; le croyais à lï'luHiie mï fui ,'vrit ci'! mlii-le. M.i i>. c ipic j,, dis ici cl; l'c^iiil mui!i:n:c comme, selon moi, sa ïciilë.

310 DÛM LUIGI T0ST1.

Or, en étudiant le développement de l'Italie, on reconnaît que celle marche vers la conscience, c'est-àdirc vers la souverain été de la raison, n'a nullement été la sienne. Si l'on veut appeler protestantisme, philosophie, révolution, les trois phases du développement moderne, il faut dire que l'Italie est restée également étrangère à ces trois manifestations. Le protestantisme n'y a gagné que des partisans isolés ; l'Italie est resléc catholique. Vollairc a passé, cl l'Italie est restée religieuse ii l'ancienne manière, i.a Révolution a créé dans le monde l'idéal indéfiniment perfectible d'une société rationnelle, et l'Italie est restée un pays mal organisé, où le droit n'existe que sous forme.de privilège et le bien que sons l'orme d'abus.

Et ne dites pas qu'une compression extérieure a étouffé la liberté de ce peuple et l'a empêché de suivre les voies de son développement naturel. Cette compression existait hors de l'Italie, et n'a point empêché Je destin de s'accomplir. Croyez-vous, par exemple, que si l'Italie eût été réellement faite pour être protestante, elle n'eût pas su le devenir? Ce n'est pas le fanatisme de Won X ou de Bembo, son secrétaire apostolique, qui l'en eût empêchée. Qui a opposé une barrière infranchissable aux progrès de la Réforme, acceptée avec enthousiasme, devancée même par tous les esprits éclairés et sincèrement religieux que comptait

DOS LUIUI TOSTI. 217

nlors i'Ilalic? Qui a coupé court à ce libertinage d'esprit, qui, ii la lin ilu quinzième, et au commencement <hl seizième siècle, n'allaïl à rien inoins qu'à effacer la dernière Irace du christianisme en ce pays? Le peuple. Il est si peu juste d'envisager la religion de I'Ilalic comme imposée, que le peuple s'y montre presque toujours plus superstitieux que ses prêtres, cl <[t:c le rélc de ceux-ci se borne souvent à interdire les pratiques tinp grossières ou immorales. L'Italie savante cl lettrée, l'Italie des cours el des universités, était païenne ; le peuple était dévot. Ouvrez les écrits de tous les libres penseurs de l'Italie, Machiavel, Pomponat, Cisalpin, Cardan, Yanini; vous y trouvère/ ii chaque pâte l'humanité divisée en deux parts : d'un cûté le pciiple qui croit aux saints et aux miracles, qui se laisse mener par les prêtres; de l'autre, les hommes distingués, traitant avec mépris la foule crédule. Depuis le douzième sièclejusqu'à nos jours, il serait facile de suivre danstoutc l'histoire de l'Italie la trace d'un parti libéral, composé d'une minorité impopulaire d'esprits cultivés, hardis, souvent exaspérés et faussés par la contrainte, toujours vaincus par une majorité livrée sans critique à ses instincts irréfléchis. De là ce mépris de ia foule, ce sentiment combiné de révolte el d'impuissance, ce quelque chose de ferme, d'âpre, de sloique, qui est le trait dislinclif des fortes ames italiennes. Anciens dé-

ÎÎ1 M 1)011 LIIGI TOSII.

paysés, patriciens nés Irop tard, ils semblent encore garder rancune au culte qui a détrôné Jupiter Capilolin et revêtu de tableaux d'indulgences le noble portique du Panthéon d' Agrippa.

Il n'est dune pas exact d'envisager le concile, de Trente, Charles Borromée, Pie V et les Jésuites comme ayant serré autour de ce peuple les bandelettes funèbres. ?i'oii-;culcnient l'Italie se laissa faire ; mais clic accepta sa chaîne de si bon cœur, qu'il serait plus juste de dire qu'elle se la donna. La grande réaction dévote et catholique, qui, dans la seconde moitié du seizième siècle, vint arrêter le développement de l'Italie, fut bien réellement une œuvre italienne. Quand on étudie de près celle curieuse réaction, un lruu\e que le peuple et les laïques y eurent encore plusde partque le clergé, on sent que l'Italie, fatiguée do son rationalisme,

si elle n'est pas devenue moderne en politique cl en religion, comme elle l a été de si bonne heure dans l'art et la littérature, c'est qu'elle n'était pas organisée pour le devenir.

Et défait, par toute son histoire, l'Italie s'est mise en dehors du courant des événements qui ont contribué à fonder l'esprit moderne. Tandis que, chez tous les peuples occidentaux, la vie provient de deux sources, et résulte de la combinaison de l 'élément 10-

riOll LL'IGI TOSTI. 2I1J

muitt ol do l'élément germanique, l'Italie est restée simple et antique. L'élément germanique y a été promptei nt ni éliminé par h i'oicc dos municipalités restées laLines. La vie atilique, la vie do la cilû, avuc son forum, ses cirques, ses spectacles, ses orateurs, ses grammairiens, s'y est continuée presque indéfini meut pondant le moyen âge. L'histoire des républiques italiennes formées au douzième siècle représente li ait pour trait la vie des petite, i épultliques de la Grèce ; les principautés du quatorzième. et du quinzième siècle sont dos tyrannies à l'antique; un citoyen [dus puissant que lous les autres devient le personnage principal do sa ville, sans aucune prétention de droit divin, ni idée bien arrêtée d'hérédité. Huns l'art, dans la poésie, je dirai mémo dans l'écriture, rien de germanique encore. D'un bunt ii l'antre île l'Italie, il n'y a pas un monument vraiment indigène que l'on puisse appeler gothique. L'art italien, comme l'art antique, parlait dans ses étroites limites, manque absolument do ce sentiment de l'infini qui est lo fond de la donnée barbare, et qui devait déplacer pour des siècles l'idéal de la beauté.

Mais c'est surtout par son antipathie contre toute centralisation que l'Italie resta fidèle à l'esprit municipal de l'antiquité. La maison de Iluhcuslaulou était seule capable de l'muler en llalie |e principe imi.'.i nie

île l'unité nalionale. L'Italie l'a minée. La papauté Jui oppose, d'une part, la ligue uns républiques italiennes, de l'autre, la chevalerie barbare représentée par la maison d'Anjou, et ainsi frappe du même coup et l'Italie, qui s'enfonce plus que jamais dans ses luttes intestines, et l'Allemagne, dont cette illustre maison pouvait seule devenir le centre el le point générateur.

Celle liaine contre l'Empire, qui est le fond de lu politique guelfe, Tosti l'applique avec une l igueur implacable et vraiment monacale à tout le système de l'histoire d'Italie. L'unité s'idcnlifiant pour lui avec le despotisme, il ne pardonne iti ;i l'unai'inie Rome d'avoir voulu emprisonner l'univers dans l'Empire, ni à la dynastie cailovinuieiiiic <l';noir cherché à réaliser en un pouvoir matériel l'unité de la chrétienté. La création du Saint-Empire fut, o ses yeux, une faute immense de la papauté.

• Funeste couronnement I A Charles Auguste, couronné de Dieu, vie et victoire! s'écrie le pontife, ft avec ces mois commença lliisloire des infortunes italiennes. D'une main, il pose une couronne d'nr sur In tète do cet étranger; de l'autre, une couronne d'épiura sur la tilc de U pauvre Italie. Plutôt les liarliares «jn'un empereur : les uns n'étaient qu'une tcmpéle qui pn-siiit et ne I liait fins le ïiniic ; l'an lie longeait sourdement la mcello de la vertu iuilii'iuic, cl consumait la j>:i Iris dans le princijtc mémo de sa vie. • ,

0011 LîîlGl TOSII. 221'

La féodalité lombarde, continue Tosli, valait mieux, car elle était mnlli[ile : elle rapprochait le pouvoir de In nation; le peuple pouvait plus fa ci le m eut respirer par les porcs de ces masses disjointes. Tout ce qui a contribué il désunir, à 1 1 1 1 1 1 1 ï | > 1 1 o i - les maître*, ;'i affaiblir le lien impérial, a servi la cause de l'Italie, en Taisant tomber le pouvoir des mains des i-ni|iOi eni^ entre celles des ducs et des comtes, des mains des ducs cl des comtes entre celles des vavasseurs, et des mains tics vu vasseurs tarife celles du peuple. Cul individualisme excessif, quia rendu impossible jusqu'ici eu Italie loulc fédération durable, cl n'a permis que des ligues d'un moment, voilà ce qui, aux yeux des écrivains néo-guelfes, constitue la gloire cl le titre de noblesse de l'Italie. Les peuples étrangers,, disent-ils, fiers de leur imité artificielle imposée par la volonté extérieure d'un homme, s'apitoient sur l'impuissance de l'Italie pour arriver à l'unité. Hypocrite cl orgueilleuse pitié! Ils se tiennent pour bien heureux de la force qui les attache à un trùne. L'Italie, du premier coup, a réalisé le chefd'œuvre de la civilisation parfaite, le gouvernement ci- \il, la République, l'ioivnce, Milan, Venise, cent autres villes, étaient des républiques, quand l'Angleterre, l'Kspagno, la France, l'Allemagne, étaient des mo- . narchies. Les Italiens, encore animés de l'esprit romain, s'élevaient à la grande idée d'un gouvernement

22? DOJJ LUIfil TORTI.

cnmTiuin, tandis que tous les an 1res peuples expiraient sous la massue (Je l'esprit germanique. Paris, Londres, ne furent que des villes; mais chacune de nos cités fut un tilat, parce que dans l'enceinte de leurs murs vivait un esprit, une âme, et non la matière d'un principal. Cette chose sainte qu'on appelle pairie, l'Italie seule l'a connue, pendant que le reste de l'Europe appartenait à des maîtres, et trouvait dans leur volonté sa règle et sa loi. Quelle nation du moyen âge a eu le Caroceio, ce symbole de la pall ie italienne? L'Italien qui va au combat n'est pas un soldat mercenaire, qui verse son sang pur métier : c'est un citoyen qui veut que lu putric le suive. Là est centralisé fout ce qui fait la vie de lu cité : le mût où flotte l'étendard, lu croix que l'on porte dnns les supplications publiques, la cloche qui convoque les citoyens, les trompettes qui

tères; lii se tiennent les conseils militaires, lu se rend la justice comme en plein forum ; le blessé vient y mourir et y trouve ses prêtres qui l'absolvent. C'est la patrie en campagne ; l'effort suprême est.de lu défondre, et tout est perdu, quand ce palladium roulant est tombé entre les mains de l'ennemi.

■ Voilà pourquoi, dit encore Tosti, aucun peuple n'a aimôet n'a haï comme l'Italie. Ses cri mes mêmes sonldes exagérations de son patriotisme. Le supplice d'Lgulin

île la Kherardesca rions rampHl d'horreur. Mois on di- suit qu'il avait voulu livrer le châleau. Quelle suinte idée delà pairie qiu; celle qui, pimr expier mi soupçon de félonie, n'exige rien moins que la mort In plus cruelle! Dans le reste de l'Europe, où il nc^s'agissait quede fidélité à un homme, l'opinion publique ne pouvait avoir de telles indignations contre le traître. Le connétable de Bourbon, en combattant contre la France, ne faisait nue se venger d'une cabale, et restait aux jeux du monde un loyal chevalier.

Voilà pourquoi aussi l'Italie n'a pas eu de chevalerie, ha chevalerie, fruit, selon Tosli, d'un senliment tout germanique, ne pouvait naître que dans un pays où il n'y avait ni patrie ni vie civile. Posséder le cœur d'une femme, voilà le but suprême du chevalier. Quand il n'a plus do guerres véritables, il se renferme en champ clos, combat deseiinemis imaginaires, ef meurt pour un regard. L'Italien n'éprouve pas le besoin de ce vain déploiement de sa force. Le chevalier vainqueur reçoit en récompense un château, c'est-à-dire le droit d'asservir ses semblables. Trouvons-nous que les vainqueurs de Legnano, à leur retour de la victoire, aient reçu des fiefs ',' Non ; il leur suffit, d'avoir vaincu le Tudesque et affranchi la patrie.

Ce puritanisme de démocratie n'étonnera que ceux qui ne connaissent pas l'Italie. L'Italie est sans con-

2Ï4 non luici TOSTI.

tredit le pays de l'Europe le plus démocratique, le seul qui Irouve la démocratie dans son histoire. La royauté n'y a jamais eu déracines, si ce n'est dans celle partie méridionale que son abaissement moral a toujours livrée au gouvernement absolu; l'aristocratie féodale y a été bien vite assimilée à la nation. Cela lui donnc-t-il le droit d'être à notre égard fiere et dédaigneuse '.''Non, certes. Du moment où l'on admet que le passé n'est qu'un préambule, une ébauche sacrifiée au dessin futur , pourquoi s'indigner contre des superstitions utiles, qui ont préparé la base sur laquelle devait s'asseoir lï'diiicc de la société moderne? Soit l'hérédité, par exemple. Voilà certes la négation la plus directe de la souveraineté civile, comme l'entendaient les Grecs cl les ltomains, comme l'entend l'Italie ; voilà une idée de barbares, un vestige direct de la conquête, un principe dont on ne trouve pas la plus légère trace dans l'antiquité classique. La royauté envisagée comme une propriété, de telle sorte que, si on dépouille le roi de sa couronne, on lui fait une injustice, on le prive d'un droit ; une telle notion du gouvernement ne peut se rencontrer que chez un peuple dont on a pris la souveraineté sans lui en demander la permission. L'Italie, qui, malgré les conquêtes barbares, a toujours vécu de la tradition grecque et romaine, n'a jamais compris l'hérédité.

Faut-il l'en fêliciler? Peut-être, si, comme nous, elle avili! subi ki houle d'un roi, ne serait-elle pas réduite aujourd'hui a pleurer sa gloire et à regretter (|u*im tyran heureux ne lui ail pas procuré les biens que des pays pins obscurs doivent à leurs dynasties héréditaires et à leur longue sujétion.

I,c mouvement qui entraîne les Étals modernes ne les porte pas vers la vie individuelle et municipale de l'antiquité, mais bien plutôt Vers la vie collective grâce à laquelle une nation pensa et agit sur un point donné. L'Italie comprend peu celle subordination et ce sacrifice de l'individualité à un lui commun ; son idée de In liberté est beaucoup plus superficielle : il faut que la souveraineté mil plus prés d'elle; elle veut voir la part qu'elle y a et ne sentir dans l'obéissance que la réaction de sa propre action. Or une telle forme sociale, excellente ii l'origine îles civilisations, devient faible et impossible à maintenir en présence d'une organisation plus forte de l'humanité. I.a civilisation et la vie politique ne peuvent naître que dans des villes indépendantes et d'un territoire borné ; voilà pourquoi, il une époque où l'Europe ignorait la vie civile, celte vie Hérissait, comme aux jours les plus brillants de la Grèce, sur les bords de l'Arno, en l.ombardie, au milieu des lagunes de l'Adriatique. Mais le rôle de ces sociétés restreintes est Uni le jour où l'humanité s'ag-

glorniVe en plus grandes masses. Ce n'est pas !n trailû dcCampo Forniio qui a détruit la république de Venise, après quatorze siècles d'existence ; c'csl que Venise, uniî ville-Étal, était devenue une anomalie d ans l'Europe moderne : elle n'avait plus qu'à mourir.

La catastrophe surprit Tosti écrivant les dernières pages de sa patriotique histoire :

g Taudis que j'étais tenta ces récits, dil-i! en terminant, fit celle année de sa lui ISIS, il s'est l'ail un tri éelat d'événements humains que le minium de l'iiislmre est devenu intempesli 1 ' .récrivais, pour des Italiens ie ii'i i L des ^li'ircs dalicimcs, quand l'Italie loul entière s'esl levée pnur s'élancer où l'appellent les eieus apaisés,. Libre des entraves njne lui eut imposées poiulant lin demi-siècle ce-us qui vivaient dan. le passé, elle ■éest ébranlée, et lu fracas de sa marche s'est lait emrr.dre ju-que dans le- profondeurs de ma retraite. Je levai alors lu plume de ces pages, et à la pairie qui sort comme d'un clùli au féodal de., pali-sades du moyen âge, moi, Lui urne du nu .yen m 1 ' - j ! ■ dédie ce \i.dume comme lin document et des droils qui lui a^ii;uent nti sii-ye dans le coupla dei nations, el de l'amour démesuré que je lui pnrle. Ainsi, quelcsèriiilils n'aillent uasclierchea' dans ces pa.L'es de; choses rares et difliciles, des faits inconnus-, des vérités péniblement découverles; ceci n'est qu'un simple récit que j'ai fait à mes frères, assis au foyer domestique de la patrie, à la veille d'un yraud vojage.

DOM LUIRI TOSTI. Ml ■ Allez, frères, et que votre aine soit à la hauteur non-seulement lie votre nation, mais île toute l'humanité ; que votre cceur se dilate d'un iiranil amour qui dépasse le, i-ûii(iiis des Alpes et

ja perlidie des autres ; l'or et lu force les font vivre ; lo siècle les luera.... Si le Christ a vaincu, il a égalisé, il a affranchi les castes; il a égalisé, il a affranchi les peuples. Il vient tenir le lit du justice non d'une cité ou d'un peuple, mais do toute la ùuiille humaine ; en sa pré.encc chaque nation devra s'asseoir sur son siège. Italiens, placcj le nètre sur l'éternel rucher du tlapilole ; car c'est de là que sera proclamée la scnLencj de fra-

» L'histoire de- hommes est Unie. Ili'iircns qui éi'rira la première pajje de l'Iii-tiiiri' de i'Iiiunruiilé ! Moi, Italien, étranger à une vie féconde de tant d'avenir, assis sur les mW.es d'un lemps qui n'est plus, je vous accompagnerai île loin de mon amour. El si une main vient nie frapper l'épaule pour m'mvilcr à vous suivre, elle me trouvera sur le hord du saint lomheau; là je vous révélerai le corruptible suaire îles fuî mes humaines qui tombent, et l'incorruptible esprit de l'humanité qui ne meurt jamais. »

Il faut avoir vu les étincelles de ce feu vivantes encore après deux années de déceptions et de douleurs fonr concevoir tout ce qui roula d'espérances et de nobles rêves dans des âmes exallées par la solitude, étrangères d'ailleurs à ces nuances ctà ces tempéraments que la pratique des affaires et l'expérience du monde peuvent seules enseigner. Nous ne sommes plus capables d'une telle naïveté, nous-mitres, vieux en révolutions, liobttués dès le premier instant à faire dans nos espérances la part de l'cnlliousiasmc et à

complet' sur les déceptions futures. Critiques pour 1g passé, nous le sommes devenus pour nous-mêmes. Car enfin, si dans les trois mille ans d'Iiisloirc qui nous oui précédés, n "osl aucun mouvement que nous ne puissions absolument ni condamner ni absoudre, n'oslil pas infiniment probable que l'avenir nous jugera tomme nous jugeons le passé, et ne partagera pas plus nos colères que nous ne partageons celles du passé? Comment espérer d'avoir absolument raison, quand, depuis l'origine île l'Immunité, aucun parti ni aucune cause n'a eu ce privilège '.' Kl pourquoi se fatiguer d'enthousiasme el de haine, quand il est sûr que l'avenir ne comprendra pas ces sentiments, cl donnera raison pour une part a nos adversaires et pour une part à nous-mêmes'.'

Ce n'est pas à l'Italie, ce n'est pas à un moine surtout qu'il faut demander ceLle haute placidité de la critique. L'année 1848 fui pour Tosti un long accès d'enthousiasme mystique. A quelques semaines de distance, et comme trois. cris de guerre, sortirent du îlonl-Cussin sa Uijue lombarde, son Voyant du dixnenvième siècle cl son Psautier du pèlerin'. C'est surtout dansées deux derniers opuscules que sa lui ardente à la pairie, ses espérances iliimilces dans l'ave-

1 U Veggmtt dcl tecato XIX. — Il Salarie del pelUgrino (Mptlla Cassino, 1848).

nirde l'Halte, arrivèrent à une Mntttc cj poétique expression. Quand il écrivit ces jiupes di; flamme, Tosli ne connaissait pas Lamennais. H ne demanda qu'à sou imagination et à ses habitudes d'esprit sacerdotales le secret d'un style qu'une passion égale sinon semblable à la sienne avait révélé quinze ans plus loi à un autre prêtre -inspiré- Je voudrais pouvoir transcrire ici la Prière du soldat, pour faire comprendre l'étrange allitudc de ces moines criant aux aunes du fond des déserts de l'Apennin :

...... Venez, fils des AI]tos, accourez, (ils ils U mer, chus

la vallée lombarde, c'est là que le Seigneur vous attend. . . .

■ Hontrei à nu ces poitrines que prélève le Seigneur, cl que soulèvent au dedans les battements d'un cœur enivré de ven-

« En avant I que vos pieds s'enfoncent dans culte vallée lombarde, toute molle eueore, Mule molle du sang de vos frères. . .

• Aiguillonne, Seigneur, les chevaux de ton char, et bénis les ministres de tes vengeances. . . .

■ Itappelle de la nuit des siècles te soleil de liellicc, et que les rayons dardés par nos boucliers aillent éblouir les yeux des hommes du Sont qui nous font l'ace.

■ Arrache aux comètes, servantes de la colère, leur chevelure ajiiL'lante, rtuidcnse-la sur la crête de nos casques, et que la menace de ti.is tè les. épouvante et mette en fuite les méchants. , ,

• Heureux cens qui meurent pour Dieu et La patrie ! leurs os produisent la Heur île l'iiinuoi lidité, quand leurs corps, luniiueiii de gloire, sont tombés d.ius le sein de la terre. . . .

IhOSI LUIGI T08TI.

t Heureux qui au retour de la bataille rougit de ses lilessiitrs le sein de sa bien- aimée ! Il sera père des forts et son nom resplendira comme un soleil daus le ciel de l'éternité. . . . »

La vision apocalyptique du cavalier brillerait notre les belles pages des Paroles d'un croyant .-

i II eherauchail par une roule pnvèc du dos e! de la 16te de mille peuples, qui rn'uiu-lnie::! ..un; lui, If? mains liées aux reins.

a Et j'entendais sur ces lètes et sur ces dos le choc sourd de l'ongle de celle bêle, et j'en avais pitié.

a Et quand le cheval avait passé, loutes ces Iflcs, semblables aux épis qui frcuiiisenL oiuliilcs par le veut, levaient leur face ii: de larmes. t

« El tous élevaient en uu'iue temps une prière lamentable, (jui semblait (Lie d'une seule bouche :

< Kotre Père (|ui es aui cieu\, que ta volonté soit faite ; nous savmis que iimi^ Kirimit's de pair/res pécheurs.

• Sous savons que celle-ei n'est point la terre des vivants ;

' Mais pourtant, lout pécheurs que nous sommes, reconnais^ nous pour l'ouvre de les mains ; vois sur nos fronts le sceau de la divine face.

• Faim, soif, douleur, mort, tout ce que Lu voudras, Seigneur ; mai; non pas l'ongle, l'ongle de celte béte qui danse et bondit sur nos lëles. ■

Puis, comme des îles cncliantées ou milieu de ces fiols de colère, des rêves tels qu'on en doit faire en clii

• Et la noble dame (l'hnmanilé), pleine du Hainl-Esprît, se tint devant Gabriel mimne la palme qui secoue sa chevelure devant le soleil levant et le salue.

i Ll l'ange lui dit :. Dis-moi , femme, que seus-lu daim lou cœur! ftiutlie-lc, el vois ce qu'il le répond.

t Elleporla sa main sur son cœur, et, immobile, la pauptèro incertaine, elle en attendait la réponse.

" Messager de Dieu, dit-elle, je sens un immense désir Je Dieu on loule chose ; je sens la flamme qui s'appelle amour sur la lerre et Dieu dans lo Ciel.

■ Et l'ange : Dis-moi ce que lu sens dans la raison ; consultela el vois cv qu'elle le répond.

a Les mains jointes et la tète im-linée, elle se lut ; puis levant la lace vers le ciel : Vérité ! vérité ! s'écria t -elle.

a — Que l'amour el la vérité soient aiee lui 1 lui dit Gabriel.

. (Jue l'amour soit ton e™i|ia-mni d.ms le chemin de la vie, et l.i iéiilé ton ^uide en toute voie.

■ Que l'amour soit le pain qui lu rassasie, que l'amour soit l'eau qui te désaltère; que l'amour suit le tranquille soumieil de la nuit qui te rafraîchit.

. Qu'il soit la robe dont tu le revéls, le liaudeau qui couvre ton sein; un collier pour ton cou, pour ta tfle un ornement d'épouse.

■ Que l'amour soit l'eau limpide de tes eblulions matinales, le uai'd et le luiune qui pu ('muent la téle, el répandent autour de toi l'udeur du Saron au printemps.

• Que la ïérilé tuarebe devant loi comme une lampe dans les ténèbres.

i Que la vérité siège au baul de la raison, comme le hoeber qui de la proue étudie l'étoile du malin.

i Que la vérité enseigne à la jeune pensée a voler loujoliM plus baul, jusqu'à ec que tu arrives palpitante de joie eu lorroe DÛ l'on ne vole plus au delà. »

S'il n'avait fallu à l'Italie que de pieuses prières el de poétiques aspirations pour être libre, dit: le serait

IZi DO 31 LU1C1 TOSTI.

aujourd'hui . Mais le ciel, en lui faisant des dons plus brillants, lui refusa ce qui fait les nalions libres, la force, le sérieux, la mâle et ferme altitude,

A gaisa di leon qiiando si poSa.

Peut-élre esl-il un sexe pour les nations, comme pour les êtres vivants, et les dons do la nature sont-ils des exclusions. Moins faible, l'Italie serait sans doule. moins belle. Qui voudra la plaindre cl dire qu'elle n'a , pas la meilleure part?

En mai 1850, j'allais seul, un dimanche, de Venise au Lido : la lagune était déserte, on n'entendait nue le son des cloches de Sainl-Marc qui se prolongeait sur la surface tranquille de la plage. T.e bnrannolo, vrai type de cette intelligente vivacité qui caractérise le peuple de Venise, parlait du siège avec larmes et fierté, el chantait à demi-voix le chant de l'indépendance italienne : Benedetta la santa bandiera , ehe 7 Vieario di Cristo inuultdl C'était le ton d'un cantique comme ceux qu'on entendait tous les soirs devant les madones. Ces airs-là ne font pas vaincre. Ce fut un outre sentiment qui tira de la poitrine de nos pères cet hymne tout plein de Mars : Allons, enfants <le la patrie!... Venise devenue libre n'a rien de plus pressé que de reprendre pour symbole son apocryphe Saint-Marc ; ces soldais qui prétendent marcher au

UOM LUIG1 TOSTI. !M

nom îles idées modernes ne trouvent rien de mieux quede se donner le nom de Croises , ut s 'imminent mettre en fuite avec cette mascarade des années sérieuses. La raison, la modération, la ivllesion positive feront seules vaincre désonnais. Il aura été lion qu'une rude leçon ait appris à l'Italie à ne plus s'appuyer sur un ais vermoulu qui blesse la main au lieu Je la soutenir, cl il faudra que tous ceux qui ont généreusement espéré tirer la vie moderne de ee qui en est la négation marchent ainsi de déception en déception, jusqu'à ce que toute espérance soit scellée dans leur cœur.

Tosti a très-bien vu que le secret de l'histoire de l'Italie est à Rome ; mais il n'a pas compris que l'action du pontificat romain dans l'histoire italienne a été directement contraire au 1ml iju'il veut atteindre. C'est parce que l'Italie est le siège d'un pouvoir spirituel s'étendant sur le monde entier, qu'elle ne saurait aspirer à l'unité territoriale et à l'indépendance. L'Italie a voulu prendre pour elle le monopole de l'infaillibilité, elle s'est faile nation théologiquc, elle a imposé au monde ses oracles, et le monde en échange lui a imposé de n'être pas, et le jour où elle a voulu exister par elle-même, cllu a rencontré l'Europe catholique qui lui D dit : Arrête, lu nous appartiens. La papauté du moyen âge était loin d'offrir celte criante anomalie.

S3i DOH LlilGl TOSTI.

La papauté à cette .époque n'est |ius une institution italienne; elle est bien réellement catholique. Le pape, presque toujours étranger à l'Italie, se considère comme le chef de la chrétienté, et non comme prince italien. Sa principauté temporelle n'est, à beaucoup d'égards, que nominale. Il ne règne pas chez lui; son royaume, c'est le monde, et parmi ses trois couronnes il n'en est pas une pour le petit coin de terre quisoul lui donne place aujourd'hui parmi les souverains. On s'étonne que les papes au moyeu âge aient si peu bâti il Home; cela se conçoit: leur pensée était pour la catholicité. Rome leur importait assez peu ; et quandhi papauté au quatorzième siècle crut pouvoir quitter l'Italie, cl le ne fut que conséquente à sa propre définition. La translation de la papauté à Avignon, légitime dans son principe, était la plus belle occasion offerte ù l'Italie do détacher sa destinée de celle <lc l'Église. L'Italie commit la faute irréparable de renouer des liens qui allaient se briser. C'est elle .qui rappelle à grands cris le pape et la cour papale ; c'est elle qui anathématisc les papes français, cl proclame niaisement sa victoire : Nwtquum Gattuscatitabitin Strncta Sede. Elle a voulu une papauté italienne, elle l'aura, et a la place du vieux jjfit) iarchivm de l.alian, tombé eu ruine dm nul le grand schisme, s' élèvera bientôt le palais tout italien du Vatican, un palais comme ceux de Florence, sans au-

cnn caractère rr.li^înii-v ni ealliolique. L'Italie l'emporte, sur la catholicité. l'L'^lisi' dcieiiL su propriété, Ii; pnpo n'est plus qu'un prince italien, à la mauiùi'u des Médicis de Florence, îles Sforzcs et des Visconlî de Milan, des laRovèrc d'tlrbin. Adieu les grandes prétentions des Grégoire et des Innocent! adieu la monarchie universelle! Qu'importe à ces petits princes, Borgta, la Rovëre, Médias, Aldobrandini, Farnèse; que leur importe (en dehors des revenus qu'ils en récoltent) tout ce monde, sans relation avec eux, d'Allemagne, d'Angleterre, de Norvège, de Suéde, que le pape du moyen ;ige embrassait sans effort dans sa vaste paler-' nilé '.' Ceux-ci ont bien d'autres soucis : arrondir leurs petits Liais d'après les préreples de Machiavel, établir leurs neveux, lutter par les armes avec les petits princes ou les petits Ktals voisins, et par l'intrigue avec les deux grandes puissances qui désormais feront la balance des affaires italiennes.

Suivez les conséquences de cette révolution jusque dans les temps modernes, vous arriverez à cet étrange spectacle que présentent le dix- septième et le dix-huiticme siècle. Que faut-il à celte époque pour l'emporter dans les luttes théologiqnes ? litre bien en cour de Home, entretenir à Home des agents habiles dans toutes les pratiques italiennes, avoir raison auprès des congrégations, toutes composées d'italiens. Quel spectacle que

celui d'un Fénelon, l'âme la plus élevée de son siècle, conseillant à Ûl rejug>j par quelques I talions qui n'avaient assurément ni sa pureté de cœur ni sa distinction d'esprit I La catholicité est devenue un licf de l'Italie, mais aussi l'Italie a cessé d'exister. Si I.atran représente excellemment la grande papauté du moyen âge, si le Vatican est l'image de la papauté profane et italienne delà renaissance, le Quirinal est la 'vraie résidence de la papauté moderne ; une mesquine réunion de bureaux, le centre d'un petit gouvernement, ne vivant que de diplomatie. Les soins de l'Etat sont devenus, dans les temps modernes, une affaire si compliquée qu'ils ne peuvent souffrir de partage. Ce méchant coin de terre suffit pour absorber les pensées du cher de la catholicité. Quelle déchéance, grand Dieu I L'antique roi des âmes réduit à négocier avec les hérétiques, à nouer mille intrigues pour iignrer parmi les souverains do troisième ou quatrième ordre 1 . Le pape du moyen âge régne partout et ne règne nulle part : il pèse peu sur l'Italie, car son royaume embrassant l'univers, il n'a pas le temps de songer aux municipalités indépendantes et toujours rebelles qui forment son apanage spécial. Le pape du quinzième cl de la première muitié du seizième siècle s'envisage bien connues souverain direct de ses petits Étals; mais au moins est ce un souverain nalional et tout ila-

DOU LUIGI TOSTI. r.7

lien. Le pape de nos jours, au contraire, est bien plus lourd à porter ; car en môme temps qu'il est le souverain absolu et direct (l'une p.irlicde l'Italie, ilest universel cl sans nationalité dans sa politique. En réalité, de nosjours comme au moyen ;V>', Home est {!0\i\ernéepar on souverain étranger, bien nue portant un nom italien et né en Unité ; car sitôt (pic cet Italien de naissance veut cire Italien de politique, les impossibilités flunntilcnl sous ses pas, el il faut, pour qu'il reste fidèle à ses devoirs de pontife, qu'il revienne à sa politique d'étranger. Eh bien! les deux situations analogues amèneront des effets analogues. Si l'Europe el l'Italie continuent à marcher dans la voie où elles sont engagées, je crois qu'avant peu de temps on sera amené à séparer de nouveau la papauté de l'Italie. Ce sera là au fond une innovation assez peu considérable, puisque le pape, encore Italien de nom, ne saurait plus l'èlre de tendance. Où est maintenant le centre de la catholicité? Qui tient les clefs de saint Pierre? One l'Italie, se garde au moins celle fois de courir après elles. Car ce grand dépari poserait la première et la plus indispensable condition de son indépendance.

Les habitudes religieuses sont trop prolbndesen Italie pour qu'on puisse songer à se passer d'un tel mobile ^uand il s'agit de la réforme politique de ce pays. A

33* ROSI MUGI TOSTÏ.

t'inverse de In France, où presque toutes les conquêtes communales uni eu un cai-aclèrerévolutionnaireel trèsprofane, les mouvements qui, au moyen âge, ont fondé on Italie la liberté municipale se sont produits sous (orme religieuse. La révolution qui, dans l'avenir, rendra à la péninsule son existence politique aura trèsprobablement le même caractère, illais ce n'est pas au vieux catholicisme, dont le sort est désormais attaché aux principes qui ont fait la mine de l'Italie, qu'il faut demander ce levain nouveau. line noble illusion a pu seule faire espérer au parti guelfe qu'on créerait une Italie forte et libre, au nom de saint Pierre. L'âge des Jules I! est passé. Que ceux qui ont espéré de te Cillé déposent loule espérance. H ne s'agit plus de dire : Pic IX et l'Italie ; il faut dire : Pic IX ou l'Italie. Si l'Italie est contente d'elle-même, si elle veut rester ce qu'elle est depuis le concile de Trente, qu'elle demeure à l'école des jésuites, qui lui apprendront à se passer de patrie. Que si elle aspire à tenir son rang parmi les nations modernes, si elle veut être une nation sérieuse, forte, modérée, raisonnable, qu'elle commence par dire, avec Pétrarque :

Dell' empia Babilonia, on<T â.fUggita Ogni ïergoi;i!;i, oiul' uiini hem: fari, , Albergo di dolor, madré d'errori, Son fuggil' io pci' allimgar la tila.

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