L'HISTOIRE SECRÈTE DE PH0COPE
gîslation universelle des peuples civilisé, jouait parmi les jurisconsultes lerùte cr.nilorili": i crrlVjignblc, comme celui il'Arislole p;'.nui !e- philosophes, comme la Bible parmi les théologiens. Assise à coté de lui, la courtisane Théodora participait aux mêmes hommages, cl la mosaïque de- Saint- Vital de Rayonne, nous les montranl tous deux dans le sanctuaire et presque au rang des saints, n'était qu'un écho de l'opinion accréditée par les siècles.
Celte opinion paraissait sans appel, lorsqu'un habile helléniste, Nicolas Alcmanni, découvrit, vers 1020, parmi les manuscrits du Vatican, les pages qui devaient exposerle monarque si longtemps adulé à toutes les sévérités de l'histoire. On savait, par de vagues renseignements, qu'à la suite des huit livres officiels consacrés par l'historien Proeopedc Césarée à la gloire de Jusliuien, figurait un neuvième livre, portant le litre suspect i'Ànekdolon (inédit), où l'autour s'était vengé île ses Huileries pur de Millilitres médisances. C'est ce document, rangé depuis longlemps parmi les pièces perdues ou d'une existence incertaine, qu'Alemanni venait de rendre à la science. Dés les premières lignes du perfide appendice, l'autour fait de complets aveux ; sous le coup de la terreur, en butte à un espionnage continuel, il n'a pu, dans son histoire officielle, présenter les faits sous leur véritable jour : maintenant,
on révélant les turpitudes qu'il :i dû cacher d'abord, il suit fort bien à quoi il s'expose ; la postérité jugera en qu'il va dire invraisemblable et le rangera parmi les faiseurs de tragédies.
L'imagination la plus féconde, en effet, ne saurait dépasser les sombres horreurs du tableau que nous oltrc l'Histoire secrète. Qu'on se figure une socîÊtt dûnuée de sens moral, où lu grossière avidité de natures perverses soit l'unique loi, un enfer où deux funestes génies régnent en ïuc du mal, le cultivent avec art, l'aiment rour lui-même et pour le plaisir qu'ils trouvent à le faire, une vénalité inouïe, une dégradation de mœurs à peine croyable, le vol organisé, nulle sûreté pour les personnes, le bon sens mime atteint et la raison menacée, Byzan ce transformée tantôt en une cage de fous, tantôt en un épouvantable coupegorge où l'assassinat de milliers de personnes se coin- ■ mettait de gaieté de cœur et en plein jour, un monda d'empoisonneurs et d'assassins, de frénétiques et dé fous; voilà l'effroyable cauchemar que déroule en deux cents pages l'écrit singulier que nous analysons. Ce n'est point le crime grandiose de l'Italie du quinzième siècle, le crime commis par l'emportement de natures fougueuses, tel que nous le trouvons chez les scélérats héroïques de l'école des Uorgia; Ce n'est point le crime commis par théorie et avec raisonne-
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ment, dont notre Terreur a donné l'exemple unique peut-être; non, c'est le crime biche cl vil, la perversilè par épuisement, une honteuse partie de débauche d'eunuques avinés. L'Histoire secrète est, sous ce rapport , une œuvre précieuse et sans pareille, une véritable œuvre d'arl, sans que l'auteur s'en soit douté. L'idéal de la platitude el du mal, le tableau d'un siècle bas et méchant, ne trouvera jamais un te! maître poulie peindre. Après avoir lu ce livre étrange, on ne s'étonne plus de L' hypothèse à laquelle l'auleur a recours pour expliquer tant de crimes; c'est que Justinien et Théodora ne sont pas des hommes, mais des démons qui, pour faire le plus de mal possible, ont pris la forme d'êtres humains.
Une question se présenta tout d'abord lors de la publication de l'Histoire secrète, et lient encore aujourd'hui la critique en suspens. De Procope adulateur ou Procope pamphlétaire, lequel mérite de taire foi? lin menteur dévoilant lui-même ses mensonges ne doit être cru que sur preuves ; les motifs qui l'ont porté à «aller ont bien pu le porter à calomnier, et si, par son aveu, il enlève toute créance à ses premiers récils, il discrédite du même coup ceux qu'il y substitue. De là un doute grave quia partagé les historiens en deuît camps : les uns comme Montesquieu et Gibbon, ont accordé une confiance entière à l'Histoire secrète;
L'insToiru; secuéti-: du niocoi'E. 'm d'autres, comme Ludewig, la Itavalière, el en génfrl'a! l'école des jurisconsultes, n'ont vu dans l'Histoire secrète qu'un libelle calomnieux cl ont cherché à expliquer par des motifs intéressés cette étrange palinodie.
A lojit esprit non préoccupé, cl antérieurement à tout examen, il paraîtra naturel de donner la préférence à l'Histoire secrète. La critique est soupçonneuse : tonfe atteinte portée à la liberté de parler ou d'écrire l'inquiète ; le crime qu'elle pardonne le moins aux souverains, c'est d'avoir voulu là tromper. Certes, au point de vue de la moralité do l'histoire, la présomption doit toujours être faite contre ceux qui se délient de la liberté. Cependant, quand il s'agit d'une histoire vieille de treize cents ans, l'impartialité est permise, surtout quand des motifs particuliers commandent à l'historien de se tenir en garde et de suspendre son jugement.
La nature humaine, en effet, n'est jamais mauvaise sans compensation, et toutes les fois qu'un caractère nous est présenté comme absolument pervers, c'est une raison do douter de la vérité du portrait. Il faut dire que si les récils de Trocopc sont exacts, Juslinien et Théodore ont été, depuis le£ t temps historiques, les deux êtres les plus méchants qui aient existé. Je laisse de roté Théudora ; il appartient à d'autres d'examiné!
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si les infamies dont on In charge sont possibles ou doivent Être envisagées comme le fruit d'une imagination souillée rcvnrit des aimes chimériques. Me bornant à Juslinien, je dirai que la thèse fondamentale de Procope se détruit par son exagération mima. Celle thèse, répétée à chaque nage, c'est que Juslinien fut un ennemi gratuit de î'espéee humaine et en particulier de l'empire romain. Tous les actes de son gouvernement, les mesures les plus in offensives et parfois les plus jnsles de son administration sont interprétées en ce sens. Or, si l'on excepte quelques-uns des premiers Césars à qui un pouvoir inouï jusque-là dans l'humanité donna le vertige, il ne semble pas que l'amour du mal pour le mal ait jamais été un mobile suffisant pour soulenir une vie entière el servir de principe à un système de gouvernement. Tout en faisant la part aussi large que possible au mensonge officiel, tout en séparant profond:mcnt le caractère personnel des souverains el leur rôle historique, tout en avouant que des scélérats eut pu faire de grandes choses et passer pour de grands hommes, il m'est impossible de croire qu'un frénétique eût laissé dans l'histoire une ligure comme celle de Juslinien, ni d'admettre qu'un, régne aussi glorieux j^r l'administration, la législation et la conquête, ait pu être l'œuvre d'un Domilien assisté d'une Slessaline. Des hommes exécrables, je le
1,'nisToinE SBCnfiTE ni! rnocorr,. ai.i sais, ont rrgnc à Rome sans que Rome pour cela ait cesse d'Être la maîtresse du monde ; mais ici le problème est tout différent ; il faut expliquer une renaissance, un dernier moment de vie dans un corps exténue; il faut expliquer comment l'empire, sur son déclin, put ressaisir encore le sceptre universel, exercer la suzeraineté depuis la Bretagne et le Sahara jusqu'au Tigre, et teniron échec le monde barbare déjà plus qu'a moitié victorieux.
La défiance augmente quand on examine de prés les promlcs de cnlirjur familiers à notre historien et ses habitudes d'esprit. Tantôt ce sontdes déclamations vagues sans faits articulés; tantôt des commérage 3 de cre< qu>'s des propos di- valets de chambre, des phuuli- ili: ilomu'li :iks d'une incroyable absurdité'. Souvent, par de singulières distractions, le même fait sert de base à des griefs opposés. Justinicn est à la fois un astucieux tyran qui a dépensé une prodigieuse activité d'esprit pour torturer le genre humain, et o un sot comme il ne s'en est jamais vu, un lourdaud, un àne qui obéit a la bride en remuant les oreilles. » Frocope ne songe pas qu'en montrant l'objet de son antipathie sous ces couleurs ridicules, ils oie le droit de le ppésenler comme atroce. Un parti pris violent lui fait
' Voir pages t&l, 18U, par exemple.
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accepter les dires les plus contradictoires quand il s'agit de noircir ceux qu'il hait.
Illais c'est surtout dans lesjugemcnls sur la politique extérieure de Juslinicn qu'on sent le réquisitoire où tout csl systématiquement interprété dans le sens du mal. Les affaires étrangères furent le grand côté slu règne de Juslinicn. Ce prince donna le modèle de la vraie politique qu'il eût fallu suivre avec les barbares; en les cantonnant et les attachant ù l'Empire, il fit en Orient pour les Slaves ce qu'on aurait dû essayer en Occident pour les Germains. Or, il faut le dire, soit sottise, soit aveuglement volontaire, Trocopc n'a rien compris à cette habile conduite qui assura à l'empire d'Orient un prolongement de mille années de vie. Les conquêtes de Juslinien, s'il fallait en croireson détracteur, ne furent motivées que par le désir d'avoir plus d'hommes à tyranniser! 11 est évident que Procape appartenait à un parti exclusif, conservateur des vieilles traditions romaines, opposé à l'adoption des Slaves cl à loulc entente avec eux. Jamais les tendances étroites de l'esprit grec et son dédain pour l'étranger ne se sont trahis avec plus de naïveté. Certes Procope élait excusable, comme tous ses contemporains, de ne point apercevoir l'élément de sérieux et de moralité que les races germaniques et slaves apportaient dans le monde, et le service qu'elles rendaient en faisant contre-poids
aux peuples légers du Midi. Mais comment expliquer autrement que par une Étrange petitesse de vues les reproches qu'il adresse à Justinien a propos des dépenses de ce prince pour accroitre au dehors l'action de l'Empire? La grande politique extérieure coûte toujours cher : Justinien, pour relever sa marine et soutenir jusqu'au bout du monde son rôle de suzerain, fut obligé à d'énormes sacrifices : tout cela parait à i'rocope un effet de la.résolution que l'empereur availprisecie fuira passer ifs richesses des Romains aux barbares. Uésolu à tout blâmer, il ne veut pas qu'on pactise avec les ennemis du dehors, et il trouve mauvais qu'on lève des subsides pour les combattre. La seule pensée des barbares l'impatiente cl lui ôlc le sens ; il croit, en se fermant ics yeux, écarter les dangers qui menacent l'ordre social où il se complaît.
Cet esprit du Va:i:>rioUr dédaigneux, n'adinctlaol rien en dehors du petit monde où il est h;ibiluê a vivre, me parait le trait essentiel du caractère de Procope. On sent qu'une grande partie de sou antipathie contre Justinien et son prédéu»teur Justin vient de ce que l'un cl l'autre représentaient l'intrusion des Slaves et des Albanais dans les affairas de finance. Nés en Albanie, sachant à peine écrire et parlant trés-mal le grec, n'ayant point les manières délicates de l'ancienne classe aristocratique, ces empereurs barbares élaient
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fort impopulaires parmi les Grecs raffinés de Conslantinople. On voit partout derrière Procope un pelit cénacle de mécontents, dont les deux derniers règnes avaient offensé les prétentions ou froissé les instincts, cl dont les confidences allaient grossir ie carton secret d'où est sortie la plus atroce vengeance qu'ait méditée l'orgueil des patriciens blessés.
C'est une oxpîii'iiSion [iicilement accueillie delà multitude (|ue celle dieivhe l'origine de toute opposition dans un mécontentement personnel. Aussi les défenseurs de Juslinien ont-il attribue les calomnies de IYocope à une disgrâce ou au\ regrets d'une ambition déçue. Rien ne prouve la réalité d'une telle supposition. La carrière du lYoeope ]>ni ait avoir été aussi régulière et aussi honorable que peut L'être une carrière sous un gouvernement despotique. Je me le figure bien plutôt comme un bomme honnête, mais faible, qui a été servile à conire-oœur et qui cherche à se réhabiliter par le dénigrement. On sont en lui une haine sincère pour le mal, un goùl naturel pour l'ordre, mais un esprit borné qui apprécie toute chose aveu des préjugés de coterie. Ses griels sont bien plus des griefs do castes que des griefs d'intérêt personnel. Les hommes appartenant aux classes habituées a jouer un rôle ol'liciel écrivent eu général assez mal l'histoire de Leur temps. Ils sentent vivement l'injure; mais ils ne
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savent point assez s'y soustraire. Se croyant nécessaires au spectacle de eu monde, et s' imaginant que les choses humaines ne sauraient se passer (t'eus, ils pensent faire acte d'abnégation en sacrifiant leur fierté pour rosier aux affaires. Puis, ils se vengent de leurs humiliations par des dédains do gentilshommes et d'injustes sévérités. C'est lit. je l'avoue, l'objection que je suis toujours tenté de faire à Saint-Simon. Si votre siècle était si mauvais que vous le dites, si le séjour à lu cour était si humiliant, pourquoi y restiez-vous 1 J'en dis autant de rmr.npe. Quand le snïte qui a accopié l'obscurité sans regret me dévoile les faiblesses de son siècle, je le. crois volontiers. Mais un sénateur mécontent qui vient se plaindre des avanies qu'il a endurées, diffamer le maître qu'il a servi, conter ses doléances parce qu'il a t'a il. antichambre parmi les laquais (p, 184), parce qu'un de ses amis a été berné parles eunuques (p. \HTi). qu'un jour l'impéra-
trice l'a reçu d'une façon sommaire au milieu d'un troupeau de solliciteurs (p. 181), un tel critique m'est un témoin suspect 11 prouve dans un sens général contre le gouvernement qui l'a employé, car le propre des mauvais gouvernements es! d'humilier cous qui les servent; mais il mérite peu de confiance, car la rancune la plus implacable est celle de la fierté blessée, cl l'homme qui pardonne le moins à son siècle est
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celui qui, n'ayant pas eu le courage de renoncer au monde, se venge sur le monde des mépris qu'il a soufferts.
Loin de nous celte complaisante philosophie Je l'histoire qui, sous le prétexte du bien commun, sait trouver une excuse pour toutes les tyrannies; mais gardons-nous aussi d'accepter sans contrôle le témoignage des mécontents froissés par la fatalité des temps. L'abus dans le monde résulte toujours d'un privilège, et le crime obligé des réformateurs est de porter atteinte a des droits consacrés. Les privilégiés atteints par ces réformes présentent naturellement comme des tyrans les souverains qui s'en font les promoteurs. Ils ont raison, car la suppression des droits anciens ne peitt avoir lieu sans amener le despotisme ; mais ils manquent d'étendue d'esprit, en ce qu'ils ne voient pas que les droits anciens deviennent avec le temps injustice, et produisent un tissu de maux aussi préjudiciable pour le peuple que le despotisme des réformateurs. L'espèce humaine, dans sa marche boiteuse, s'avance en s'appuyant alternativement sur deux douleurs : le privilège amenant le despotismede plusieurs, la réforme des privilèges amenant le despotisme d'un seul.
Justinien fut au'plus liant degré ce qu'on peut appeler un souverain révolutionnaire. Quoi qu'en dise
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Procopo, je suis persuadé que le zélé désintéressé du bien le guida souvent dans ses réformes. Mais pour remédier au mal il commit une faute plus grave peutêtre que le mal : il substitua sa volonté aux institutions ; il affaiblit lous les corps, abaissa les caractères. Les hommes élevés dans les anciens principes de dignité personnelle, sans cesse humiliés devant les fonctionnaires (ie la domesticité de l'empereur, perdirent 1* estime d'eux-mêmes. 11 ne resta debout que l'empereur cl son entourage, le palais, une sorte de Versailles, où l'on s'étouffait cl où les fimes perdaient toute valeur. Le cœur saigne en voyant les deux classes d'hommes d'où l'on aurait ilù attendre quelque peu de vertu on d'honneur, les évéques et les milifaircs, à genou* [levant Théodora, et attendant de leur servilité L'avancement de leur fortune. Qu'on joigne à cela une administration iracassiérc et se mêlant de tout, une centralisation qui supprimait tous les pouvoirs intermédiaires enlro le souverain et les sujets, on aura une iiîêc du débordement d'intrigues que dut amener un tel régime et de 1'imporlance colossale que prirent dans les affaires du monde les travers d'esprit et les caprices du souverain.
Quant aux mœurs infâmes que l'rocopc attribue ù Jusliuien, elles sont difficiles à concilier avec la sobriété, l'activité infatigable et l'ardeur pour le travail
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que son détracteur ne lui refuse pas. La vérité' est, je crois, que, sous ce rapport comme sous laut d'autres,
et la disparition presque totale des idées de noblesse héréditaire avaient abaissé à un degré incroyable les mœurs de la liante société. I.a naissance n'étant plus comptée pour rieu chez les femmes, et le charme des qualités morales étant peu compris d'un siècle aussi grossier, les hommes riches ou puissants n'étaient guidés dans leurs unions que par des appétits intérieurs, et ainsi presque tous les mariages importants se faisaient par le lliéiUrc. Ou porta une loi pour défendre aux sénateurs et au* grands officiers d'épouser des comédiennes ; l'empereur la viola tout le premier. Ces femmes conservaient dans leur position nouvelle des mœurs détestables, et leur fortune était un encouragement public donné à t'aventure et à la légè-
Je pense qu'il y a aussi quelque exagération, mais un fond réel de vérité, dans ce que l'roeopc nous dit de la sottise de Juslinicn : ce fut un esprit sérieux et appliqué, mais lourd et grossier. Les exercices de chevaux et les ballets paraissant avoir été toute sa littérature. Ces défauts auraient été de peu de conséquents; chez un particulier; mais dans les gouvernements
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absolus le goût des souverains n'est pas chose Indifférente; il n'est pas permis à celui dont les pn'l'érencei sosl des lois d'avoir telle littérature qu'il lui plaît. La sottise encouragée pur l'empereur lit d'énormes progrès. Pour comble de malheur, elle aboutit il un goût effréné des controverses Ihéologiques. Esprit étroit et absolu, Juslinien croyait sérieusement avoir raison en ces sortes de matières, et versa pour d'insigniliau^s subtilités des torrents de sang. L'Asie Mineure, le plus beau pays du monde, en devint un désert. On peut dire sans exagération qu'aucun souverain, pas même Philippe II, n'a ordonné tant de supplices pour ses opinions religieuse.-;. Sévère, cmwieiifieux à sa manière, il porta en religion la férocité de la loi antique et la sombre dévotion du persécuteur laïque.
Le travail de codilieation, qui faille principal titre de gloire de Juslinien, signalait !ui-niémc une décadence : ces travaux, assurent les personnes versées dans l'histoire de la législation, ne s'entreprennent jamais -que quand la génération des grands jurisconsultes est près de seperdre. Il est certain du moins que les époques de codification ne sont pas toujours les mieux douées de l'amour de la justice et du sentiment moral. Jamais des institutions vraiment politiques ne sont sorties d'institutions judiciaires. Les magistrats, excellents conservateurs de quelques-unes
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des garanties sociales, ne savent point fonder les garanties politiques ni In liberté.
Rien d'ailleurs n'est plus dangereux en histoire que d'apprécier la force et la moralité d'un peuple par la perfection abstraite de son Code. Si l'on compare, au sixième siècle, les législations informes du monde germanique etla législation savante de Byzance, au premier coup d'ecit la préférence ne saurait être douteuse. D'un cùfé, c'est la barbarie, le tarif du meurtre, le prix des personnes estimé en argent, de révoltantes anomalies au point de vue de ce que nous appelons civilisation ; de l'autre, c'est le droit philosophique, universel, fondé sur la raison absolue. Et pourtant je n'hôsitepas à le dire : le droit germanique «lait mieux. De l'organisation byzantine est sorti un des plus honteux abaissements dont l'histoire ait gardé Je souvenir; de l'esprit germanique est sortie la vraie notion de la dignité humaine par la consécration de l'individu. Le sang avait un prix chez les Germains ; il n'en avait pas à Constantinople. Mieux vaut pour la liberté le droit le plus subordonné que l'égalité dans la sujétion. La personne du moyen âge féodal subissait le privilège, mais elle l'exerçait à son tour. Elle avait dans ce
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contrefont pouvoir humain. Chaque homme possédait une sorie de charte qu'il transmettait comme un do-
Liiïtmod t. G
L'HISTOIRE SECRÈTE Di; PnOCOPE. . !S5 inaine à ses enfants. L'État, cet autocrale sans pareil, qui a des droits contre tous et contre qui personneu'a tic droits, n'existait point encore. Voilà pourquoi le* moyen âge féodal, dont la législation est, ou point de vue philosophique, si imparfaite, n'a point eu de tyran eomme Juslinien. Si un pouvoir analogue à celui du César byzantin eut essayé de s'y former, les fendataires, les évèques, les abbés, les communes, les hommes libres de tout état, mille droits, en un mol, organisés contre celui du souverain, se fussent ligués ensemble, i.c pape eût appuyé la ligue ; le tyran eût été excommunié et arrêté dés ses premiers pas.
Sans être aussi mauvais que le voudrait Procape, le siècle de Juslinien fut en réalité un siècle abominable. Sans être des démons à face humaine, Juslinien el Théodore furent de fort mauvais souverains. L'Histoire secrète fût-elle un mensonge d'un bout à l'autre, son existence seule esl une pièce de conviction irréfragable ; car, pour que la haine n'ait pu se satisfaire sans cet énorme raffinement de malice, pour qu'elle soil arrivée ii cet épouvantable degré de concentration, il a fallu un despotisme vraiment inouï. Juslinien peut n'être point coupable de tous les méfaits dont le pamphlet de l'rocopc l'accuse ; mais il esl coupable de l'abaissement des ames et de la servilité que suppose ce chefd'œuvre do rancune et d'hypocrisie. La vérité eompri-