‹ Essais de morale et de critique (volume 2)Chapitre 28 sur 45 · LES II ÉVOLUTIONS D'ITALIE, ISS · texte numérisé non relu

LES II ÉVOLUTIONS D'ITALIE, ISS

arcs, les colonnes et les statues, je vois les tours désertes de nos aïeux ; mais la- gloire, je ne la vois plus, o Italie! née pour étonner les nations par ta bonne comme par (a mauvaise fortune, » L'époque de la Révolution et de l'Empire, qui a laissé au delà des Alpes une si profonde empreinte, apprit à l'Italie ce dont elle ne s'était pas doutée jusque-là, qu'elle était inférieure et déshéritée. L'Italie trouva alors que sa prtmatie spirituelle In consolait peu d'être la dernière des nations; on entendit pour la première fois ce blasphème : Nous avons honte d'être Italiens. Un vaste parti, plus on moins imbu des niées françaises, se forma, dans ie nord surtout, aspirant à faire do l'Italie un pays comme un autre, maudissant le pape, maudissant Charlemagne, regrettant hautement que la péninsule entière n'eut point Pavie pour capitale et ne s'appelât point Lombardic.

Ce mouvement, auquel "cinquante années de constants efforts ont donné une puissance irrésistible, est beaucoup trop lancé pour qu'il puisse être arrêté. Je crois à l'avenir national de l'Italie. Mais ce qu'il importe de maintenir, c'est que cet avenir national, où l'Italie serait un pays fort, indépendant, ayant une armée, se mêlant de ses affaires et non de celles des autres, n'est nullement dans la tradition italienne, et qu'en un sens l'Italie s'en trouverait amoindrie. La

LUS DÉVOLUTIONS D'ITALIE.

vraie grandeur de l'Italie n'est pas eu tout cela. Même à ses plus mauuiises époques, l'Ilalie sans indépendance, sans forces militaires, sans unité, a tenu une. bien plus grande place dans le monde ijue des nations très-fortement constituées. L'Espagne est certainement undespay^sde l'Europe dont l'intégrité nalionaJe est le plus garantie ; et pourtant qui voudrait comparer l'importance du rôle actuel de l'Iïspayne à l'importance du rôle de l'Italie, toute vaincue et humiliée qu'elle est? On ne saurait être deux, choses à la fois, et si l'Italie devient un pays comme un autre, il faut qu'elle renonce à être une tribu de Lévi, ne possédant rien à litre terrestre, parce qu'elle possède tout par le ciel. J'éprouve une sorte de respect religieux devant le patriote ilalieii : car il fonde pour l'avenir. Mais, à mes jeux, ce n'est pas là le vrai Italien. Le vrai Italien, c'est (et prélat de la cour de Home, qui ne, croit pas dans sa lierté avoir rien à.envier à ces barbares qu'il voit mendier sa faveur. Le vrai Italien, c'est tel moine néo-guelfe, proclamant du fond de son couvent l'Italie reine du monde ou à la vaille de le devenir. Le vrai Italien, e'csl ce sectaire dangereux, je l'avoue, qui ne veut de la résurrection de l'Italie que pour régner au nom d'une nouvelle et chimérique papauté. Le vrai Italien, c'esl l'impénitent M. Ferrari, exaltant la gloire de su patrie, divisée, anarcliique, impuissante, et

trouvant que la pari de l'Italie esl assez belle pont' repousser la pitié et les regrets.

iji livre de M. Ferrari répand sur tous ces problèmes de vives et pénétrantes clartés. L'Italie y- parait dans sa grandeurel ses misères : mûre de tout bien et de tuut mal, de toute erreur et de toute vérité ; digne tour à tour des hommages et des malédictions du monde, comme la maîtresse savante qui l'a formé, la courtisane qui l'a séduit, le bouffon ijui l'amuse. Une seule cliuseluia inanimé, chose UumMo en apparence, mais en réalité la plus grande de toutes, l'honnêteté. Artiste jusque dans le crime, regardant presque comme des dupesceux qui s'arrêtent à celte prosaïque distinction du bien cl du mal, qu'elle crut inconciliable avec l'art de réussir, elle n'envisagea la vie que comme une stratégie à la manière de Braccio, ou une partie de scélératesse à la façon des Borgin. l-e patriotisme iuimènie se montre chez elle peu scrupuleux : ses plus vertueux citoyens professent le dédain de l'espèce humaine, cl parlent de ce principe que le monde étant peuple de sots, il faut pour le gouverner simuler la folle. «Je l'avoue, dit Jlienzi, pour le bien du peuple, je me suis fait tantôt fou, tantôt histrion, tantôt homme grave, tantôt homme simple, taulùt rusé, tantôt limide, tantôt Tourbe. » Il y a des réactions, je le sais, contre ces éclipses éli au-cs du sens moral ; mais

L'HISTOIRE SECRÈTE DE PROCOl'E

De tous les problèmes quo soulève la critique historique, il n'en est pas de plus singulier que celui auquel a donne lieu Y Histoire secrète de Procope'. Jusqu'au commencement du dix-septième siècle, l'histoire n'avait èlè pour Jusliriien qu'un long panégyrique. Peu de ligures apparaissaient dans le passé avec autant de majesté. Dernier héritier de la grandeur romaine, Justinien semblait en avoir groupé tous les rayons, à l'entrée de la nuit du moyen âge. Son nom, attaché à la grande compilation qui est devenue la lé-

1 Voir la traduction, accompagnée d'amples commentaires, qu'en a donnée SI. lumbert. Taris, lobfl.

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