‹ Essais de morale et de critique (volume 2)Chapitre 33 sur 45 · LES SÉANCES DE HARIRI. . SOS · texte numérisé non relu

LES SÉANCES DE HARIRI. . SOS

tîanne et permet le mieux à l'homme do dé\eli)ppcr loules ses ressources. . Sur ses vieux jours , c'est la profession qu'il recommande à son fils comme la meilleure cl la plus digne. Il lui en explique les principes, cl le supplie de ne pas en laisser altérer les tradilions. Une des plus étranges Séances est la trentième, où Abou-Zeid, arrivé à l'apogée de sa vie de mendiant, est installé roi d'un peuple de vagabonds et de bateleurs, prononce un discours plein de solennité, et, du haut de son royaume de bohème, rend au inonde les mépris qu'il en reçoit. Sur la tin de sa vie, la religion, dont il s'csl joué si souvent, reprend ses droits ; il se convertit, rentre dans la ville de Saroudj, et arrive à être imam de sa paroisse. Ilareth le rencontre une dernière fois devenu honnête homme, et les deux amis se disent adieu pour toujours. Ce dénoùmcnt est-il sérieux, ou la conversion d'Abou-Zeid n'est-ellc qu'une dernière comédie après tant d'autres ? On ne sait : Hariri maintient jusqu'au bout le mvslèru qui enveloppe la conscience de son héros; la conception de la vie reste ainsi suspendue dans une espèce de mirage où le rire touche aux larmes, le sérieux au frivole, l'ironie au respect.

11 faut voir avec quelle admirable variété d'invention et quelle finesse d'observation morale Hariri a su conduire ainsi son mendiant a travers cinquante situations

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diverses pour comprendre ce qu'il y a d'ingénieux cl d'original dans le plan des Séances. Celte comédie humaine qu'on avait c: : ..^ue pour la société du dix-neuvième siècle, cl qu'on n'aurait certainement pas su renfermer dans un cadre acceptable, Ilariri l'a réalisée pour la société musulmane du douzième siècle. Son insaisissable héros, traversant avec ironie tous les rôles, cl ne laissant voir chaque fois sous son masqua à l'œil pénétrant de ilarclb qu'un comédien habile et goguenard, a manqué à H. de Balzac; et, disons-le ù l'honneur de la sociclé moderne, si pour son malheur elle renferme plus d'un Abou-Zeid, il faut convenir au moins qu'un tel personnage est chez nous impossible au point do vue de l'art. Le monde contemporain est trop compliqué, trop mêle de. bien et de mal, pour qu'il puisse être représenté d'une manière complète par le type d'un fripon, comme aussi par le type d'un honnéle homme. L'idée d'un drôle éhonté, également exercé en finesses [/laiiimalicaleset eu escroqueries, ne faisant servir ses connaissances littéraires qu'à extorquer un dîner ou quelque aumône, peut un instant

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que le dégoût.

Pour les Arabes, an contraire, Abou-Zeid n'est nullement un-ôlre méprisable. Harki n'a pas pour lui un mol serions de blâme ; il le fait mourir en honnSto

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